Vie du campus

De la politique : Comment saluer une connaissance à SciencesPo ?

Il n’est pas rare entre nos murs, d’être rendu témoin de cette scène ou d’une scène équivalente.

Yo

Ici, l’individu en cause se fait la victime de sa frénésie sociale. Ce qui est fâcheux. L’inconfort glacial dont accouche cet échange simple n’est pas seulement préjudiciable, il est une insulte à l’effervescence sociale qui caractérise l’institution. Des études approfondies montrent que chacun d’entre vous croise en moyenne une dizaine de connaissances par JOUR entre Saint-Guillaume et Saints Pères. Entendons nous sur les termes. Une connaissance, ce n’est pas un bon ami. C’est un laron que vous avez été amené à fréquenter par le passé, mais dont vous vous foutez de l’existence dans la majorité des cas. Typiquement, un quidam qui a eu l’idée absurde d’avoir un nom de famille similaire au vôtre et s’est retrouvé dans votre groupe d’intégration. Dans beaucoup de contextes, ce genre de relation n’engage pas nécessairement d’interactions ostentatoires, mais, grand bien vous en fasse, vous êtes à SciencesPo. Aussi, il faut donner le change. Quelques principes d’éducation de base vous permettront peut-être de ne pas passer pour un handicapé social :

1) L’approche et la reconnaissance.

Tout commence par un regard paniqué. Le contact est établi, pas de retour en arrière. Tout va très vite dans votre tête alors que vous évaluez les dommages collatéraux, votre phrase d’accroche est prête, vous avez évalué la durée approximative de la conversation, vous donnez un air impérial et ouvert à vos zygomatiques, et naturellement, vous dites n’importe quoi.

Kikou

Pour éviter ça, il est fortement conseillé de s’en tenir au triptyque « prise de main, prise de nouvelle et prix des clopes ». Il est fondamental de rappeler que la rétractation de dernière minute est passible d’invisibilité sociale et de réclusion. Le choix des formules d’usage est également important. A moins d’être un hipster notoire, les expressions désuètes telles que « ça fait une paye, vieux », « comment vas-tu yau de poële » ou encore « Salut l’ami » sont à mettre à l’index. Choisissez soigneusement vos mots mais restez simples, témoignez d’un plaisir manifeste de rencontrer quiconque croise votre chemin mais n’en faites pas trop. Chacun sait que sobriété et circonspection sont les mamelles de la consécration sociale. C’est la raison pour laquelle il est primordial de ne surtout pas s’essayer à l’humour impromptu. Soyons réalistes, il y a très peu de chances que vous soyez drôle dans cette situation, et si par accident l’êtes quand même, il y a toutes les chances que votre interlocuteur se sente menacé par votre aisance et que vous passiez pour un être abject, opportuniste, hautain, manipulateur et capitaliste. Si toutefois vous vous trouvez dans une situation ou le type essaye de vous faire rire, riez. D’ailleurs, riez dans toutes les situations que vous ne comprenez pas. Riez pour combler les blancs, riez à vous en faire éclater la cage thoracique, riez gras, riez faux, riez pour consacrer le malaise.

2) Développement.

Voilà déjà 12 secondes que vous êtes en communication. Il est alors probable que l’on vous demande comment vous allez. Gardez à l’esprit à chaque instant que cette question est rhétorique et n’engage que deux attitudes possibles.
L’attitude positiviste : « bien, et toi ? » que vous préférerez dans la plupart des cas au très dépassé « tranquille et toi ? » ou au vieillot « on fait aller ».
L’attitude négativiste traduite uniquement par l’interjection consacrée « je suis éclaté et j’ai trop de taff ». Notons toutefois que le mot « taff », est à utiliser avec parcimonie si vous espérez conserver votre place dans le sacro saint ascenseur social. Toute autre attitude est nuisible et auto-déstructrice. Gardez vous bien de répondre sincèrement à la question. Les conséquences de cette honnêteté pourraient être catastrophiques.

Bonjoir

Il n’est d’ailleurs même pas nécessaire de répondre à la question. La scène suivante, bien qu’étrange, est parfaitement acceptable :

INTERIEUR – JOUR, la « Péniche ».

Bruits d’ambiances, excitation syndicale, marasme sociologique.

On découvre BOB et PETE, visiblement heureux de se rencontrer.

BOB : salut

PETE : salut

BOB : ça va ?

PETE : ça va ?

BOB : et toi ?

PETE : et toi ?

regards gênés – fondu en sortie.

Noir.

CREDITS – FIN.


Absurde et fréquente, cette interaction se légitime par la volonté manifeste des participants à ne pas se mettre en avant. Elle a l’avantage d’être brève, parfaitement égalitariste et décomplexante à beaucoup d’égards.


Si vous manquez de sujets de conversation, voici une liste de banalités inoffensives.

– « Tu vas à la Cash ‘n trash/rock ‘n boat/Ivresse ‘n Flacon/Cowboy ‘n Indiens/Chamallow ‘n playmobil… organisée par L’as/Noise/l’ivresse et le flacon/transat’/Une assoc’ dont personne n’a jamais entendu parler ? »

– « Ca va avec ton asso/ton mec/ ta meuf/ton concubin/ton président de la république/ton animal de compagnie/ton elfe de sang niveau 83… ? »

– « Sympa ton pullover/ta moustache/ton écharpe/tes dreadlocks/tes lunettes/tes seins… »

N.B : certaines de ces remarques nécessitent une bonne connaissance des centres d’intérêt de votre interlocuteur, ou à défaut un certain aplomb.

3) Conclusions :

La conclusion du Gentleman : C’est la plus classique et, encore à ce jour, la plus efficace. Elle consiste grosso modo à dire un maximum de civilités dans la même phrase, et avec le sourire. Quelques exemples de civilités :

-« A bientôt l’ami », « bon cours alors, tâche de survivre », « j’espère te voir samedi au Baron », « tu passeras le bonjour à ta femme/mère/belle mère/concubine/sœur »…

La conclusion du Mélomane : Celle ci consiste à s’éloigner progressivement en remettant sur ses oreilles son Senheiser 4000 qui crache du Kalkbrenner en intraveineuse. Bien qu’abrupte, cette attitude trouve sa légitimité dans l’amour de l’art et de la musique.

La conclusion du Businessman : Il faut entendre ici businessman au sens littéral ; « l’homme occupé ». Il faut s’éclipser, prétextant une montagne de responsabilités, en mettant l’accent sur une charge de travail proprement inhumaine et hallucinante. Et n’oubliez pas : il est toujours utile et agréable de consacrer 20 minutes à dresser une liste exhaustive de TOUS vos devoirs pour le mois à venir. De plus, l’expérience montre bien que c’est avec ce genre de tirade qu’on se fait facilement des amis ! Alors n’omettez aucun détail, et gardez à l’esprit que oui, vous êtes bien l’étudiant qui travaille le plus au monde.

Salut

La conclusion du Rugbyman : Il n’y a pas de conclusion du Rugbyman.

Certains lecteurs perspicaces remarqueront que, envers et contre tous, ce mode d’emploi n’est ni en deux parties, ni en deux sous parties. Il faut dés lors considérer qu’à l’instar du code des pirates, ce mode d’emploi n’est pas à prendre à la lettre, mais constitue une sorte de guide, qu’il faut s’approprier pour pouvoir le dépasser. Cette ultime étape fera de vous un être aimé, heureux et accompli dans l’art social.

Au revoir

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