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Conférence de Julian Assange : Wikileaks sonne l’alarme

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En tant que Sciences Piste, j’attends beaucoup de ma 3A : frissons, découvertes, dépaysement. Mais parfois, il faut provoquer sa chance. Prévenue au dernier moment que la prochaine conférence de presse de Wikileaks se tient au sein même de mon université d’accueil, City University London, je m’inscris sur la liste de présence avec peu d’espoir. Le lendemain matin, je reçois un mail positif. 15 minutes après, je me rue hors de la maison, prête à mettre à terre quiconque oserait entraver ma route. Heureusement, aucun accès de violence ne fut nécessaire et dans un état croisant excitation, impatience et nervosité, je prends place dans l’amphi. La conférence a lieu en petit comité, l’organisation n’ayant pas révélé le lieu dans le communiqué de presse.

Malgré ses deux procès pour agression sexuelle et sa possible extradition vers la Suède, Julian Assange apparaît serein face au parterre de caméras braquées sur lui, entouré du panel de journalistes et chercheurs participant à Wikileaks, dont le célèbre hacker Jacob Applebaum. L’enjeu de cette conférence est double : présenter les découvertes sur « l’industrie mondiale de surveillance massive » et annoncer la réouverture du projet de système de contre-surveillance.

Quand elle commence enfin, Assange n’y va pas par quatre chemins. Après avoir demandé qui dans la salle possède un Iphone, Blackberry, compte Gmail, il annonce sans détour que les dits-détenteurs sont « foutus » car certainement espionnés. Un journaliste d’Owni (cocorico), Jean-Marc Manach, appuie cette affirmation avec une vidéo explicative. Selon elle, il suffit qu’un logiciel soit installé via satellite sur votre smartphone pour en prendre le contrôle total aka envoyer des textos, des mails, avoir accès à votre boîte de réception et même, prendre des photos, qu’il soit allumé ou pas.

Jusque là, on n’a pas encore trop peur. Mais cela ne dure pas. Assange enchaîne ensuite avec une révélation-choc dont il a la maîtrise : ces logiciels d’espionnage, majoritairement créés par des compagnies privées occidentales, sont très prisés de pays peu recommandables comme la Syrie et la Libye, et ce, en toute connaissance de cause des gouvernements occidentaux. Jean-Marc Manach stipule ainsi qu’Amesys, société française de sécurité, a fourni feu le Colonel Kadhafi en logiciels de surveillance depuis au moins 2006 , dont il se servait pour espionner ses opposants politiques, qu’ils soient résidents ou réfugiés politiques au Royaume-Uni. En réponse à une question d’un journaliste français, Assange affirme : « le gouvernement Sarkozy était au courant des arrangements entre Amesys et la Libye ».

Pour noircir encore un peu le tableau, le hacker Jacob Applebaum soutient que « la plupart des gens de Syrie, Tunisie, Libye et Egypte ont été espionnés par leur gouvernement suite aux révolutions du printemps arabe », grâce à du matériel d’espionnage acheté à des compagnies occidentales, comme Amesys, l’allemande Elaman ou encore l’espagnole Agnitio. En guise de cerise sur le gâteau, Assange termine la conférence par une carte montrant l’interception des télécommunications par les principales puissances mondiales. On y voit clairement que celles provenant d’Amérique Latine, Australie et Asie passent par les Etats-Unis, tandis que «presque toutes » celles d’Europe sont filtrées par le Royaume-Uni. Selon lui, « tous les pays jouent à ce jeu », sous couvert « d’interception légale », alors qu’il s’agit essentiellement, toujours selon lui, « d’interception stratégique ».

Face à cette représentation apocalyptique des réalités (supposées) géo-politiques, faisant (presque) regretter le temps de la Guerre Froide, la bande à Assange ne manque pas de phrases alarmistes. La palme revenant à Eric King, comparant l’affaire libyenne et ses équivalents aux agissements des Stasis pendant la Guerre Froide, menant à un « génocide » financé par des entreprises privées occidentales simplement motivées par l’appât du gain. Jusque là me direz-vous, rien de bien extraordinaire pour une organisation ayant révélé les warlogs et autres câbles diplomatiques. Détrompez-vous malheureux ! Wikileaks ne veut plus se contenter d’être le petit rapporteur, et Assange tient cette déclaration tonitruante : « La manière dont nous allons gagner cette guerre n’est pas par la législation, mais par la mise en place d’une contre-technologie de surveillance ouverte à tous . » Face à cette surveillance généralisée, concernant « des populations entières, y compris les sources des journalistes », il annonce : « Nous réunirons ce groupe (formé conjointement par Wikileaks et différents journalistes et chercheurs à travers le monde) comme une attaque massive contre cette industrie de surveillance de masse. »

Le hacker Jacob Applebaum conclue la conférence par cette formule qui fera sans doute date : « Qui surveille les espions ? Nous, les 99% », faisant référence au mouvement international des Indignés contre le capitalisme et le partage inéquitable des richesses, soutenu par Assange. Wikileaks a donc décidé de « partir en guerre » pour la protection et le respect de la vie privée, dans un monde qui n’a jamais été aussi ouvert. Prenant au mot la formule bien connue de France Gall : « Résiste, prouve que tu existes ». A tort ou à raison ?

Pour celles et ceux souhaitant en savoir plus, vous pouvez vous rendre sur spyfiles.org, site réalisé par Wikileaks et ses partenaires.

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