Conférence : « Darfour : un conflit ethnique et politique »

Mardi soir se tenait la première conférence de la semaine consacrée au Darfour organisée par l’association Sciences Po pour l’Afrique. Sur le thème « Darfour : un conflit ethnique et politique », cette conférence animée par Eric Denis (géographe et chercheur au CNRS-SEDET, qui travaille sur le Soudan depuis 1994), Camille Bauer (journaliste à L’Humanité) et Mohamed Nagi (rédacteur en chef de Sudan Tribune) avait pour objectif de poser les fondements du débat autour du Darfour, en rappelant les origines ethniques et politiques du conflit qui mine cette région du globe trop souvent méconnue.

Quatre millions de personnes ont été et sont toujours affectées par le conflit sanglant qui embrase le Darfour, une région du Soudan marginalisée tant économiquement que politiquement, souffrant de graves problèmes d’accès à l’eau, et qui est le théâtre de la plus vaste opération humanitaire du globe.

Le Darfour, une démographie, un territoire

Le Darfour, c’est tout d’abord une région désertique mais qui dispose, en raison de son irrigation par le massif volcanique du Djebel Marra, d’un potentiel agricole non négligeable. Le Darfour, c’est aussi, avec ses 7.4 millions d’habitants, la région la plus peuplée du Soudan. Répartie dans 9000 villages, la population demeure toutefois relativement cloisonnée et les échanges entre villages sont de nature essentiellement économique. Le Darfour, c’est enfin un territoire clivé autour de la dichotomie entre un Est jouissant des richesses pétrolières et donc prospère, et une périphérie pauvre.

Le Darfour, des identités plurielles

S’il est une expression résumant la réalité identitaire du Soudan, il s’agit sans nul doute de « mosaïque ethnique ». Comprendre l’influence de l’Islam est un prérequis pour comprendre le Soudan contemporain, car les dynamiques démographiques des grands groupes en opposition sont au coeur des tensions. Tandis que la présence d’arabes baggaras était prégnante au début du XXe, ceux-ci sont devenus minoritaires sur l’ensemble du Darfour mais demeurent fortement implantés dans le Darfour Sud et les conflits depuis 2006 ont pour objet de maintenir un pouvoir arabe localement. Autre mutation notoire : les populations du Darfour se sont sédentarisées, les chameliers qui perpétuaient la tradition séculaire de nomadisme se sont tournés vers l’agriculture, et ces mutations n’ont fait qu’accroître la concurrence pour le sol, exacerbant ipso facto les conflits ethniques. De surcroît, la raréfaction des ressources a également mis à mal la cohabitation entre nomades et sédentaires.

De la crise ethnique à la crise politique

On assiste, sous l’impulsion des jeunes générations de chefs locaux, à une résurgence de l’identité nomade et de l’Islam. En 2003 émergent deux groupes rebelles : le SLM (Mouvement pour la Libération du Soudan) et le Mouvement pour la Justice et l’Egalité. Ces deux mouvement revendiquent un plus grand accès aux richesses et au pouvoir du pays. Il est nécessaire de garder à l’esprit que le Mouvement pour la Justice et l’Egalité est intimement lié à Hassan al-Tourabi, fondamentaliste membre des Frères musulmans et mentor du pouvoir islamiste à Khartoum. Tourabi s’était fait remarqué en 2000, lorsque, avec la publication de son Black Book, il avait relancé une offensive idéologique en faveur de l’Islam, avec pour objectif de porter les islamistes au pouvoir.

Un conflit qui transcende les frontières

La Libye et le Tchad sont fortement impliqués dans le conflit du Darfour. En effet, dans les années 1980, Khadafi se tourne vers le pan-arabisme et le bellicisme, lorsqu’il créé les Légions arabes, composées de mercenaires libyens, tchadiens et soudanais. Khadafi accepte de financer la guerre que mène le Tchad dans le Sud en échange d’une implantation de ses Légions arabes au Darfour. Dès lors, les armes n’ont cessé de proliférer faisant du Darfour une véritable poudrière. Le banditisme s’est implanté et les Janjawids se sont livrés au pillage de la région. Un des faits marquants demeure sans nul doute l’attaque contre Al Fasher, ville où les rebelles parvinrent à prendre l’aéroport et à détruire des avions de l’armée.

Des millions de personnes ont été déplacées, victimes de viols et de pillage et, malgré la force humanitaire déployée, le conflit peine à trouver une issue.


Mercredi 5 décembre au soir de 19h15 à 21h15 aura lieu, en amphithéâtre Erignac (13 rue de l’Université) une conférence sur l’action des ONG au Darfour. Jeudi soir à la même heure se tiendra une autre conférence, en salle J211 sur le thème « Darfour: un conflit régional ».

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