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Bruxelles n’a pas su tenir les rênes des relations serbo-kosovares

Il y a trois semaines a été confirmée la donne que les spécialistes en relations internationales connaissaient déjà fort bien : les relations entre la Serbie et le Kosovo sont toujours tendues. Le fossé qui sépare les deux entités, qui n’en formaient pourtant qu’une seule avant 2008 est « étroit mais profond », pour citer Mme. Ashton. Ainsi, le « dernier effort » que la chef de la diplomatie européenne demandait aux politiciens de consentir n’a pas point.

Un contexte difficile
C’était ce lundi 8 avril que les dirigents serbe et kosovar auraient du se mettre d’accord. Le litige portait sur le statut du Kosovo-Nord, où la population ethniquement serbe est majoritaire. Les frontières, et à plus fortes raisons celles qui séparent dorénavant les pays de l’ex-Yougoslavie, semblent bien artificielles. Depuis le conflit qui mena l’OTAN à bombarder le pays en 1999, les échanges sont restés tendus entre le Kosovo et la Serbie. C’est pourquoi les négociations sur le statut de la minorité serbe dans le jeune Etat patinent.

La question était de savoir si le Kosovo allait en effet octroyer une plus grande indépendance politique aux serbes du Nord en échange d’une reconnaissance par ceux-ci de la souveraineté de Pristina. Mais Belgrade a jugé que l’autonomie dévolue aux communes au Nord du Kosovo était une souveraineté fantoche et que le seul enjeu de l’accord était d’imposer la souveraineté Kosovar sur tout son territoire. La Serbie réclamait en effet une autonomie accrue de la police et de la justice pour sa minorité installée au Kosovo.

Des négociations condamnées
Le résultat des négociations serbo-kosovar, conditions sine qua non pour envisager un jour l’entrée de ces pays dans l’Union Européenne, était déjà connu depuis une semaine : le 2 avril, la dernière rencontre du Premier Ministre serbe Ivica Dačić et du kosovar Hashim Thaç s’été soldée sur un constat de désaccord. La Serbie ne voulait pas « trahir et vendre » le Kosovo selon les mots du patriarche de Belgrade. Difficile alors de faire des miracles. Les deux partis affirment pourtant ne pas être fermés à une continuation du dialogue, ce qui ne représente finalement qu’un « plan B » par rapport à l’accord façonné par Bruxelles.

Cette ouverture vaut d’ailleurs mieux pour la Serbie. Le refus de cet accord signifie un nouveau gel des relations avec l’UE et donc possiblement un gel de ses subventions. En effet, personne ne voudrait sacrifier un enjeu aussi important sur le plan symbolique que la minorité serbe au Kosovo pour une lointaine promesse d’examen de la candidature serbe à l’Union. De plus, même si le plan avait été accepté, la situation sur le terrain n’aurait que peu évolué ; l’objectif de Bruxelles, avant tout politique, était le dialogue des deux Etats avec pour finalité un rapprochement vers l’UE. Ainsi, le plus grand perdant de ces négociations est sans aucun doute Bruxelles.

Par Tom Guilbert.

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