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Brune/Blonde ou le fétichisme capillaire au cinéma

Sans_titre1.pngDe la rivalité très médiatique entre Liz la brune et Marylin la blonde, au duo explosif Johansson/Cruz dans Vicky Cristina Barcelona, il n’est jamais bon de confronter une brune et une blonde au cinéma. Leur rivalité est à vrai dire un peu convenue, relevant presque du cliché, mais effective dans la représentation de la femme au cinéma. En fait, la chevelure féminine, de quelle couleur qu’elle soit, a toujours fasciné les réalisateurs, tout au long de l’histoire du cinéma, parfois jusqu’à l’obsession, certains diront jusqu’au fétichisme. A la cinémathèque, on aime bien les fétichismes, quand ce sont ceux des réalisateurs, et on les expose : l’exposition Brune/Blonde à la cinémathèque de Paris, du 6 octobre au 16 janvier 2010, met en scène l’obsession capillaire au cinéma et les femmes qui l’incarnent. Grâce à des places offertes par le BdA, LaPéniche a testé pour vous cette exposition dès son ouverture, mercredi 6 octobre dans la matinée.

Sans_titre2.pngRousses, chatains, grisonnantes, Auburn, pas de panique, vous avez toute votre place dans cette exposition. « Blonde, brune, rousse et châtain, ça sonnait trop long », nous explique le guide au début de l’exposition. C’est une exposition sur la femme et sa coiffure au cinéma, et les femmes tondues ou voilées ont aussi leur mot à dire, au fil des cinq séquences qui rythment l’exposition : « Le Mythe », « Histoire & géographie de la chevelure », « Les gestes de la chevelure », « la chevelure au cœur de la fiction » et « Vers l’abstraction (cheveu-matière) ». Les nombreux extraits, les photos grandeur nature et une sculpture surprenante (The Isolated Child, d’Alice Anderson, on ne vous en dit pas plus) rendent l’exposition très vivante et animée.

Sans_titre3.pngPour évoquer rapidement les séquences, leur enchainement est assez fluide, rythmé par la projection d’un extrait très esthétique et hypnotisant projeté sur un petit écran au dessus de chaque porte. La cohérence est assez claire : on part du mythe, la représentation brute perçue par le spectateur, on décortique ce mythe en passant en revue son histoire et ses différentes manifestations dans les différents cinéma du Monde. Puis on entre dans la tête du réalisateur, on voit comment un réalisateur met en scène cette chevelure qui le fascine, d’où vient cette obsession, comment se sont forgés les symboles, quels sont les moyens à sa disposition… Une grande cohérence, donc… jusqu’à la dernière séquence. Là, on ne comprend pas très bien ce que les exposants ont voulu montrer… Des œuvres assez étranges, presque toutes sans rapport direct avec le cinéma, assez « hors-propos », qui détonnent avec le reste de l’exposition.

Sans_titre4.pngUne des grandes réussite de cette exposition est sans aucun doute d’avoir réussi à montrer les interactions entre les arts. Une place très importante est reservée à la peinture de tout temps, mais aussi à la sculpture et à la photo. Les passerelles sont très nombreuses entre les arts, on s’en rend rapidement compte, notamment avec le mythe d’Ophélie, qui nourrit depuis toujours la symbolique mortifère de la chevelure féminine. La mise en parallèle d’extraits cinématographiques avec des peintures ou des sculptures (notamment la Danaïde de Rodin) montre à quel point les codes de la chevelure féminine au cinéma sont profondément ancrés dans une longue tradition artistique.

Sans_titre5.pngIl faut quand même avouer la légèreté de certaines analyses, parfois évidentes. Il de faut pas avoir fait la Femis pour deviner l’opposition entre la blonde vénéneuse et inquiétante et la brune tantôt sauvage, tantôt sage et casanière. Pas nécessaire non plus pour deviner que François Ozon n’a pas choisi au hasard la très brune Fanny Ardant et la très blonde Catherine Deneuve pour la célèbre scène de lutte dans Huit Femmes. Comme nous le disions au début de cet article, l’opposition entre brune et blonde peut paraitre un peu convenue, et l’exposition évite parfois assez mal cet écueil.

Sans_titre6.pngAu fur et à mesure qu’on déambule dans les quatre premières salles, on rit, on est saisis voire dérangés par la force de certains extraits (en particulier un mettant en scène la calvitie d’une femme voilée), on est séduit par les têtes à coiffer afro, les photos grandeurs natures de Marylin, une Lana Turner par Warhol et les écrans projetant les plus grands cinéastes du XXe siècle. Esthétiquement, l’exposition est sans aucun doute une réussite. Malgré quelques faiblesses, et l’énigme qui me taraude toujours de la cinquième salle, OVNI, si j’ose dire « cheveu sur la soupe », l’objet reste bien traîté, et, il faut bien le reconnaître, très original.

Sans cinéma ce n’est plus la cinémathèque, l’exposition donne bien entendu lieu à une longue programmation en rapport avec l’exposition. En outre, à la fin de l’exposition sont projetés six courts-métrages réalisés spécialement pour l’exposition par 6 réalisateurs différents, pour tout dire plus ou moins réussis. Brune/Blonde, une exposition Arts et Cinéma

A la cinémathèque de Paris (51 rue de Bercy, métro Bercy)
Du 6 octobre au 16 janvier 2011, du mercredi au lundi (nocturne le jeudi)
8€ plein tarif, 6,5€ moins de 26 ans, 4€ moins de 18 ans

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