Vie du campus

Focus sur l’École de Journalisme de Sciences Po

l_ecole_de_journalisme.jpgToi aussi tu as déjà grimpé ces marches en te disant que c’est quand même classe le 117 boulevard Saint Germain…? Toi aussi tu participes à la bataille quotidienne des journaux en Péniche et tu ravales difficilement ta rage quand, à 10h02, le dernier Monde vient de te passer sous le nez ? Chroniqueur en herbe, tu rêves déjà de voir ta marionnette remplacer celle de PPDA sur Canal + ? Le Master journalisme tu y as déjà pensé mais tout cela te paraît bien loin ? Pour toi, LaPéniche.net a enquêté.

La toute jeune école de journalisme de Sciences Po a en effet le vent en poupe! Fondée il y a seulement quatre ans, elle fait aujourd’hui partie des treize écoles reconnues par la profession. A l’issue de leur diplomation, les étudiants auront ainsi l’opportunité d’accéder aux stages et concours les plus prestigieux (Radio France, Le Monde, l’AFP…) et décrocheront le sésame: après avoir dignement fait leurs preuves, la carte de presse est à eux! La compétition avec les autres écoles de journalisme demeure malgré tout rude: ainsi, impossible de soutirer la moindre information auprès de l’administration sur les éventuels retards ou points faibles de l’École par rapport à ses concurrentes.

Comment donc forme-t-on des journalistes à Sciences Po ?
La première année, consacrée à l’étude des différents médias, se divise entre des amphis théoriques le matin et un apprentissage pratique l’après-midi (réaliser une prise de son, passer au JT, faire un flash info…). Une spécialisation (presse, radio, web ou télévision) est possible en deuxième année, entièrement dédiée à la pratique, tandis que le suivi d’un autre cours très pointu (droit, économie ou autres) dans un autre Master est obligatoire. Douze semaines de stage au total, en France ou à l’étranger, sont requises pour valider le Master. Mais pas de panique ! Les profs, journalistes professionnels, vous ouvriront volontiers leur carnet d’adresses… Un programme en alternance est même envisageable (bonus? L’entreprise paye vos droits de scolarité à Sciences Po!). La polyvalence et l’expérience du monde professionnel sont donc les principales qualités que peuvent mettre en avant les diplômés de l’Ecole de Journalisme sur un marché du travail sans pitié. Pour beaucoup, le simple étiquetage «Sciences Po » fait également son petit effet auprès des recruteurs.

Cerise sur le gâteau, quelques chanceux pourront faire valoir sur leur CV un double diplôme avec la célèbre Columbia University. Mais attention, une première année de Master à Sciences Po, la deuxième au cœur de New York, ça se mérite: il vous faudra ainsi attester d’un niveau de 114 sur 120 au TOEFL, briller lors du test écrit organisé par Columbia et charmer un jury exigeant au cours de votre entretien individuel… Seul hic, et de taille: les droits de scolarité doivent être payés directement à l’université américaine. En tous cas, ça fait rêver, et l’administration a des étoiles plein les yeux en évoquant ce partenariat si prestigieux. Vous remarquerez dans un sourire qu’à travers ce double diplôme se dessine distinctement « le pari Richie »: faire de Sciences Po une université de rang international.

Mais comment intégrer l’École de journalisme, qui demeure l’un des Masters les plus sélectifs avec seulement 30 à 40 places par promo (1/3 de l’étranger, 1/3 de « nouveaux » issus de cursus français et 1/3 de Sciences Po) ?
Un dossier à remplir et un entretien suffisent à départager les candidats sciencespistes. Gros avantage à notre actif donc, car pas d’épreuve écrite. Yann Thompson, étudiant en première année de Master journalisme, nous a indiqué que le jury cherche essentiellement à tester la connaissance de l’actualité et la motivation des candidats; une première expérience est à ce titre un réel plus. Il s’agit de montrer que « tu n’es pas le mec qui vient de lire Tintin et qui se dit que c’est cool! ». Et comme l’entretien a lieu au beau milieu de ta troisième année, tu le passeras par Skype! Gare aux bugs informatiques et… au décalage horaire!

Mais pourquoi donc une telle sélection ?
La réponse est cinglante de réalisme: le marché du travail demeure très restreint. Le Master journalisme est par ailleurs le moins lucratif de tous les Masters, avec selon l’enquête jeunes diplômés 2008, un salaire annuel de 26 556€ un an après la diplomation, contre 40 325€ pour le Master Finance et Stratégies… Et pourtant, l’investissement personnel n’est pas négligeable: dès la première année, le directeur de l’école Bruno Patino vous le rappellera, le travail est plus dense ici que dans aucun autre master… Yann nous chuchote cette fameuse rengaine propre aux 4A : « Tu n’as plus de vie sociale… en dehors du Master! »

Malgré tout, le mythe qui entoure la dynamique Ecole de journalisme perdure, affirme Yann, sourire jusqu’aux oreilles! Le retour à des cours format lycée, dispensés en petits groupes d’une petite dizaine d’étudiants, favorise l’émergence d’un véritable esprit de groupe. « On est déjà comme une petite rédaction! » s’enthousiasme Yann, les professeurs considérant les étudiants comme de futurs collègues. Autre consolation? 40 Mac flambants neufs seront à ta disposition (mais la nouvelle bibliothèque fait désormais concurrence !). Et même si le matériel n’est pas toujours aussi luxuriant, « il fonctionne vraiment pas mal! », avec en particulier de superbes logiciels de montage. Enfin, gros soulagement : il n’y a plus de fiches techniques !

Rédacteurs: Gaétane Lefèvre, Kevin Dubouis, Hortense N.

5 Comments

  • anonyme

    Rien ne sert de critiquer tout ce qui se fait… Il y a du positif dans cette école, c’est incontestable, et ce commentaire me semble en de nombreux points un peu trop radical…

  • Antoine

    Oh oui, « pouet », montre nous cet article de mediapart, un vrai exemple de journalisme d’investigation, un modèle d’intelligence et de culture, oh oui! L’EdJ ne vise qu’à former les chantres de Sciences Po et de Richie, tout est dit. Les gens qui en sortent n’ont pas d’esprit critique, et surtout, ce sont vraiment cons. Je loue ton intelligence et ton courage, mais aussi ta superbe argumentation sur ce sujet. Quant à mettre Eric Zemmour et Alain Finkielkraut au rang de journalistes… Je me marre. Les autres journalistes que tu cites ne sont pas passés par l’EdJ je crois. Quant à tes chiffres, je n’ai que la promo 2006: 38% d’opinion excellente, 45% de bonne opinion, 13% de moyenne opinion, 4% de mauvaise opinion. C’est ça, « le plus d’avis négatifs »?

    Fais le procès des journalistes, pas celui de l’Ecole de Journalisme. Appuie donc tes idées sur des faits tangibles, pas sur des conneries sans nom. Je crois d’ailleurs que c’est ce qu’on leur apprend, à l’EdJ. Et va donc y faire un tour, au 117, pour y rencontrer les élèves. Yann, et les autres: ils ont la passion du journalisme, ils veulent faire cela depuis des années. Ils sortiront de cette école avec brio, et je serai fier de lire/voir/écouter leurs travaux tant j’ai confiance en leur objectivité et en leur intelligence.

  • pouet

    L’École de Journalisme de Sciences Po ? Nous parlons bien de cette école où l’on forme les futurs journalistes à faire la publicité de l’IEP de Paris et de son directeur ? A ma connaissance, il me semble que seul médiapart a eu l’audace de publier un article critique sur notre vénérable institution qui semble intouchable dans le gratin médiatique. Quand à la qualité de la formation, parlons en ! Il n’y a qu’à voir les enquêtes sur les jeunes diplômés, le master de journalisme est celui recueillant le plus d’avis négatifs (ou le moins d’avis positifs selon les points de vue). Quelques théories économiques et juridiques par-ci, quelques débats historiographiques et géopolitiques par-là histoire d’ergoter sur des sujets complexes auxquels on ne maîtrise au final pas grand chose. Au moins, les vieux de la vieille comme Alain Duhamel, Eric Zemmour ou Alain Finkielkraut pouvaient se targuer d’une véritable culture littéraire et politique. Aujourd’hui, que sortent de nos écoles de journalisme ? Des Bruno Roger-Petit, des Frédéric Bonnaud, des Eric Brunet et j’en passe ! Ah décadence du temps présent…

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