Vie du campus

Bons Baisers de Russie

Camarades! Vous êtes russophones, dijonais, vous allez partir en Russie l’année prochaine, vous vous posez alors cette question fondamentale: quelle est la place du russe à Sciences Po ?

Comme toujours, Richard Descoings en avance sur son temps avait senti le vent tourner du côté de l´Europe. C´est pourquoi il crée en 2001 le cycle délocalisé à Dijon. L´Europe est à la mode, et Richie a compris que certains pays de l´Est vont entrer dans la grande famille européenne dès 2004. Toutes les lumières sont alors braquées sur Dijon, qui devient le site où il faut être pour participer au réveil de l´Est. Au programme de l´école, pour les wannabes commissaires européens ou autres investisseurs du froid, des colloques sur l´histoire de l´URSS, les relations commerciales et diplomatiques entre les PECO, la sociologie du communisme, des écoles d´hiver, des séminaires sur l´élargissement de l´Europe. A ce bouillonnement slave, s´ajoutent les fameux cours de langues − car un site délocalisé sans supers cours de langues n´est plus aussi prestigieux − qui en plus de vous rendre bilingue voire trilingue, vous plongent dans la culture de l´Est, l´âme slave diraient certains. Et c´est là que le bât blesse. Seuls le polonais, le hongrois et le tchèque bénéficient d´un traitement de faveur : cours de langue approfondis mais aussi civilisation, parce que, eux, font partie de l´Europe. Le russe arrive seulement en LV3, bon perdant derrière l´hégémonie de la zone centrorientale et l´anglais. Le russe exclu de la zone Europe de l´Est, et le voilà entre deux chaises, tiraillé entre Paris et la LV3 dijonnaise.

Heureusement, une minorité parisienne continue à faire vivre cette langue. Preuve que le russe attire encore, un double diplôme a même été créé en partenariat avec l´université russe du MGIMO à Moscou. Mais la Russie ne semble pas avoir autant le vent en poupe que l´Inde, la Chine, le Japon ou la Corée heureux élus du programme Asie lancé par un Descoings toujours dans le coup en 2006. En effet, le service audio visuel a résilié son abonnement à la télévision russe, le Kommersant lutte pour s´imposer dans la salle de lecture et les professeurs usent d´ingéniosité pour captiver leurs rares élèves. Alors même que les langues mortes bénéficient d´un traitement de faveur, le russe n´offre ni programme spécial, ni cours magistral dédié à sa zone géographique ou à son histoire comme peut offrir l´arabe ou l´hindi.

Cédric Prunier a même enfoncé le clou lors de la réunion pour la troisième année en glissant de façon anecdotique, l´enlèvement de deux élèves en échange l´année dernière à Moscou. Rumeur de panique dans l´amphi Boutmy et questionnement des élèves désirant partir au pays des ex-soviets.

Il paraît alors regrettable que cette langue ne soit pas plus valorisée à Sciences Po à l´heure de la montée en puissance de l´impérialisme russe, alors qu´une des plus grandes consciences russes (Anna Politkovskaya) vient d´être assassinée. Richard Descoings serait-il en train de perdre sa légendaire intuition ? Le Russe semble devenir une des langues incontournables de ce début de siècle : enjeux énergétiques, conflits, enjeux diplomatiques, réveil économique. Pour une institution qui accueille à bras ouverts des étudiants tchétchènes grâce à l´association Etudes sans frontières, il est dommage qu´on ne s´attarde pas plus longtemps sur la langue du pays qui constitue le quatuor BRIC : Brésil, Russie, Inde, Chine ; acteurs majeurs de notre temps.

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