Alain Duhamel suspendu d’antenne suite à des propos partisans tenus à Sciences Po (+ M.A.J)

Alain Duhamel, commentateur de la vie politique française depuis presque 40 ans, vient d’être suspendu par France Télévisions. Il n’interviendra plus sur ses antennes « jusqu’à la fin de la campagne électorale » dixit le communiqué émanant de l’esplanade Henri-de-France. Dans la foulée, RTL a décidé « d’un commun accord » avec Alain Duhamel (!) « d’interrompre, pendant le temps de la campagne pour la présidentielle, l’éditorial quotidien du journaliste à 7H40« . Voilà, le passionné de politique, l’observateur du microcosme, la « figure emblématique du journalisme politique français » (je laisse à Wikipedia la responsabilité de tels propos) condamné à regarder en silence la suite du déroulement des festivités pré-présidentielles.

Pourquoi ? Et surtout pourquoi en parler sur LaPeniche.net ? Mais parce que cette mise à l’écart est due à des propos pro-bayrouïstes qu’a tenus le journaliste lors d’une réunion organisée le 27 novembre dernier en Chapsal par l’UDF-Sciences Po.

Les propos en question ont été mis en ligne le 5 février sur Dailymotion, puis (opportunément ?) relayés par le blog de Guy Birenbaum et enfin portés à l’attention des mass medias le jour même – c’est décidément pas de chance – où le journaliste devait interroger le candidat centriste sur France 2.

Nos lecteurs attentifs se rappellent que LaPeniche.net avait couvert, par l’intermédiaire de Max, cette conférence intitulée « L’Europe dans les élections présidentielles : un enjeu ? » et en avait rendu compte dans un billet baptisé « Et l’Europe dans tout ça ? » daté du 20 décembre. Mais aucun d’entre eux, pas plus que le directeur de la rédaction de notre webzine, à savoir très immodestement moi-même, n’avait remarqué que l’aveu aujourd’hui tant décrié d’Alain Duhamel figurait noir sur blanc dans le compte-rendu de Max. Je cite (car le billet en question comme une bonne partie du site est actuellement informatiquement vérolé) :

Les problèmes ne seront pas réglés par des débats absurdes : camp contre camp et il faut arrêter de gouverner parti contre parti. Après ce discours, le chemin semble tout tracé pour la voie centriste de Bayrou. Et Alain Duhamel de confirmer : il votera François Bayrou. Le système politique français est aujourd’hui extraordinairement inefficace. Bayrou, homme providentiel ? Cependant, il modère son propos en montrant du doigt les méthodes de propagande et de critique de Bayrou qui sont à l’opposé de son dessein politique et que la caricature à outrance (des attitudes des meneurs N. Sarkozy et S. Royal) finit par le desservir.

Bien évidemment, une telle sortie conduit inévitablement à se demander s’il est éthiquement acceptable qu’un journaliste régulièrement amené à interroger des personnalités politiques diverses et variées à une heure de grande écoute sur un média très regardé et entendu, en période pré-électorale qui plus est, rende publique son intention de vote. Cela entre-t-il en contradiction avec la déontologie journalistique ? En tout cas, cet incident médiatique pose clairement la question de l’existence d’un « devoir de réserve » pour les journalistes politiques. Pour Rachid Arhab, ancien journaliste justement et tout nouveau membre du Conseil supérieur de l’audiovisuel, cette réserve est souhaitable. D’autres ne voient dans cette péripétie qu’une gigantesque hypocrisie et appellent à la « libération » d’Alain Duhamel. D’autres encore déroulent la pelote jusqu’au bout et pointent du doigt le risque désormais bien réel d’édulcoration des propos y compris (et surtout) face à une audience restreinte.

Comme le rappelle l’UDF-Sciences Po dans un communiqué publié sur son site aujourd’hui, et ainsi que le rapportait fidèlement Max à l’époque, l’honnêteté commande de reconnaître que si le journaliste a bel et bien avoué publiquement son soutien au candidat centriste, il l’avait quelques minutes auparavant durement étrillé en critiquant le ton de sa campagne et plus particulièrement son attitude à l’égard des médias.

Quoi qu’il en soit, depuis presque deux mois, nous étions à LaPeniche.net en possession d’un scoop aux conséquences considérables et nous n’en avions pas conscience. Dût-ce notre notoriété en souffrir, c’est sans doute mieux ainsi.

Mise à jour du vendredi 16 février :

Dans un entretien avec Jean-Michel Aphatie vendredi à 7h50 sur RTL, Alain Duhamel est revenu sur sa suspension. Il a tout d’abord relativisé son intention de vote pour François Bayrou en indiquant que son clivage personnel avait certes toujours été la question européenne, mais que pour autant le reste de la campagne du président de l’UDF ne le satisfaisait pas entièrement. Concernant l' »incident » dont il juge les conséquences « disproportionnées« , il a déclaré qu’il ne savait pas que le débat était filmé. Il a aussi précisé qu’il considérait les propros tenus dans l’amphi de Sciences Po, où il a par ailleurs été étudiant puis maître de conférence, comme des « propos privés » (argument que conteste Maître Eolas). Dans ces conditions, toujours selon Alain Duhamel, exprimer une intention de vote dans un amphi, « ce n’est pas comme crier avec un mégaphone sur la place de la Concorde« . Il a enfin souligné le côté à certains égards « totalitaire » de l’Internet en regrettant que la moindre confidence faite devant un auditoire (grand ou petit) soit immédiatement répercutée sur la toile.

En tant qu’étudiants de Sciences Po, on ne peut que regretter cet emballement net-médiatique. Il est en effet malheureusement probable que cette affaire aura des conséquences à moyen-long terme sur la spontanéité des propos formulés lors des futures conférences organisées à l’IEP et partant de là, sur leur intérêt même.

10 réflexions au sujet de “Alain Duhamel suspendu d’antenne suite à des propos partisans tenus à Sciences Po (+ M.A.J)”

  1. Sans reprendre les vives critiques parues dans les quotidiens sur cette fausse polémique, je trouve ça plutôt utile de savoir pour qui il vote. La complète indépendance n’existera jamais, et ce n’est pas parce que le journaliste ne va pas évoquer ses choix de vote qu’il restera détaché du débat.
    Quel est le pire : un journaliste honnête qui donne ses aspirations personnelles (et donc il est facile de juger de son impartialité par la suite) ou un journaliste dont on ne sait pas vraiment si ses propres idées n’influencent pas son travail ?

    Sans compter les autres journalistes qui restent encore en place alors que leurs opinions politiques sont plus qu’affichées. Comme hector, je dis que l’impartialité est un devoir, mais celui-ci n’entraine certainement pas un devoir de réserve (sans compter que cette allocution était dans un cadre relativement privé).

    Honnêtement, arrêtons cette chasse aux sorcières : A; Duhamel ne va pas devenir partial parce qu’il a évoqué un choix possible de candidat.

  2. Najmeddine, ils sont où les clichés ?
    Dans cet article, je rapporte des faits.
    T’arrives à faire la distinction ou tu veux que je te fasse un dessin ?

  3. Je trouve tout à fait justifié d’avoir mis en ligne cette vidéo. Une conférence est par définition publique! Or tout journaliste est tenu d’un point de vue déontologique de ne pas afficher publiquement ses opinions politiques, c’est l’une des conditions d’une démocratie saine. Serait-il normal, maintenant que l’opinion est informée des intentions de vote de Mr. Duhamel, que celui-ci interroge François Bayrou? L’impartialité et la réserve doivent être le credo de tout bon journaliste politique.

  4. arrêtons un peu les leçons de bien pensance, virons mustafa el atrassi, sevran boule de merde, gerald dahan
    on a enlevé, l’alcool, la clope, si on veut une télé sans idées sans couilles faut l’dire dès maintenant, mais dans ce cas j’me remets aux k7 vidéo

    "Quoi qu’il en soit, depuis presque deux mois, nous étions à LaPeniche.net en possession d’un scoop aux conséquences considérables et nous n’en avions pas conscience"

    pour rester dans les clichés, puisque cet article est un photo-montage-phrase-toute-faite-tiroirs-rangement-ikea: "faites votre boulot les journaleux"

    pour rester dans le ton de l’article, je cite juste son auteur qui s’exprimait à titre "forumique"

    "Non, mais c’est bien. C’était un de ces tocards qui s’y croyait trop. 40 ans qu’ils était là. Aucune remise en question. Toujours les mêmes petites interviews à la con, les petits pas de deux avec le pouvoir, les vannes par devant et les cocktails et les petits fours par derrière. Allez, de l’air. "

    Et je signe: N’zoo

  5. C’est un scandale d’avoir filmé et surtout mis en ligne ladite conférence, ce qui revient à trahir la confiance et l’intimité de l’intervenant. Merci au traître en question grâce à qui à terme il n’y aura plus de conférences à Sc po, ou dumoins plus dignes de ce nom puisque aseptisées et réduites à une banale intervention télévisée. C’est grave et cela m’inquiète, m’indigne plus précisement.

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