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L’Océan, avenir de la planète – Rencontre avec Isabelle Autissier

Par Elise Ceyral et Emma Lambert

A l’instar de la leçon inaugurale du premier semestre lors de laquelle Bruno Latour nous parlait d’anthropocène, Sciences Po a de nouveau choisi d’axer sa pré-rentrée autour du thème de la préservation de notre chère Planète Terre. Ou plutôt, comme l’a dit si bien la grande invitée de cette conférence : notre chère Planète Mer. La Mer. L’Océan. Ces espaces qui nous sont encore trop inconnus, mais qui font de la Terre la plus jolie des planètes bleues. À la Péniche, les bateaux ça nous connaît, alors embarquons à la rencontre d’Isabelle Autissier et de ce monde marin qu’elle connait si bien.

Isabelle Autissier, avant toute chose, est une ingénieure spécialisée dans l’halieutique (les poissons, en très gros), qui s’est également illustrée en tant que navigatrice. En plus de réveiller la fibre écologique en chacun d’entre nous, elle est une sportive française remarquable, première femme à embarquer pour le Vendée Globe, célèbre course sans escale en solitaire.  Par ailleurs, elle bat un record, en reliant New York et San Francisco en 14 jours de moins que le détenteur précédent.

Impressionnante

Aujourd’hui, elle préside le WWF France, siège au Conseil Économique Social et Environnemental, est Chevalier des Arts et des Lettres, s’étant illustrée également grâce à de beaux romans axés sur les problématiques de l’Océan.

Indéniablement, ce que Madame Autissier inspire c’est de l’admiration. Mais surtout, elle tente de nous transmettre sa passion pour les océans et leur préservation. Son intervention s’est ainsi axée autour d’une question plus que fondamentale : « L’océan, avenir de la planète ? ». Cet espace de prédilection de l’ingénieure et navigatrice représente en effet à lui seul 96% de la biosphère terrestre et un enjeu capital dans la préservation de l’environnement.

Paradoxalement, les océans restent encore aujourd’hui très méconnus, y compris de la communauté scientifique qui n’a, à ce jour, recensé que quelques 250 000 espèces dans un environnement qui, selon les estimations, pourrait en héberger 2 à 10 millions.

Pourtant, l’océan est un acteur central de la régulation du climat. Isabelle Autissier nous explique, avec une déconcertante simplicité, comment la biodiversité marine, et plus précisément les phytoplanctons, absorbent une partie du dioxyde de carbone, gaz à effet de serre d’une grande importance dans le réchauffement climatique, et rejettent du dioxygène. C’est ainsi que les océans régulent les flux de température mondiaux et absorbent 90% de l’excès de chaleur. Selon une étude de l’IFREMER (Institut français de recherche pour l’exploitation de la mer), le phytoplancton, « véritable poumon de notre planète », serait à l’origine de plus de la moitié de l’oxygène que nous respirons. En somme, l’océan occupe un rôle plus que déterminant.

Comme la plupart des ressources naturelles, celui-ci est cependant menacé par l’activité humaine. 90% des espèces se trouvent ainsi en situation de surpêche, laissant présager la raréfaction, voire la disparition, de certains pans entiers de la biodiversité sous-marine. Les espèces océaniques telles que les coraux ou phytoplanctons, acteurs centraux de la régulation climatique, sont également menacées par l’acidification des eaux et leur stratification, entraînant une désoxygénation des océans. Sans oublier le plastique et les microparticules issues de sa fragmentation, probablement les plus dangereuses pour la biodiversité marine.

L’ingénieure et navigatrice nous démontre de plus comment ces modifications bouleversent l’intégralité des écosystèmes marins. C’est ainsi que la raréfaction des baleines oblige les orques à changer de proie pour les otaries, qui, elles-mêmes, se nourrissent d’oursins. Le nombre d’oursins augmente ainsi, menaçant les prairies sous-marines. Par effet de ricochet, le nombre de poissons diminue, allant jusqu’à perturber les activités humaines, démontrant une véritable relation d’interdépendance.

Isabelle Autissier nous explique ainsi dans quelle mesure la protection de cet environnement, source de régulation climatique, réservoir de molécules (utilisables dans de nombreuses industries) et d’énergie en quantités impressionnantes, serait bénéfique aux activités de l’Homme. La moitié du PIB mondial repose en effet, d’après le WWF, sur ces espaces aujourd’hui menacés. De la même façon, l’organisation estime les océans comme représentant la 7e puissance mondiale. Sans oublier, bien sûr, les enjeux des migrations climatiques ou la menace de la disparition de territoires entiers.

L’ingénieure considère que nous sommes aujourd’hui capables de développer des écosystèmes gagnants-gagnants, d’avoir une gestion rationnelle des ressources naturelles. Par une très belle formule, Isabelle Autissier nous rappelle que nous ne pouvons pas « être en combat contre la nature ». Nous ne pouvons nous battre qu’en sa compagnie.

Une question s’impose : comment faire pour y remédier ?

Isabelle Autissier nous recommande tout d’abord de consommer moins de protéines animales, de préférer des produits locaux, une pêche durable… En bref, d’adopter une attitude de consommation plus responsable.

Bien évidemment, la question ne peut être résolue uniquement par ces gestes de quotidien et représente un enjeu majeur de gouvernance mondiale. Comment faire en sorte de limiter la surpêche, par exemple, dans des zones comme la haute mer, dans lesquelles les contrôles sont difficiles ? L’enjeu est aujourd’hui immense. Isabelle Autissier nous recommande donc de consommer éthique, certes. Mais aussi de nous engager, de faire entendre à nos parents ce message qu’elle trouve très fort : « Que vais-je devenir ? » 

Ce que nous retenons de la fin de cette conférence, c’est un magnifique appel à la mobilisation. Une question a émergé de la salle très rapidement à ce propos : « Mais comment fait-on, nous, pour convaincre ceux que cela ne touche pas ? ».

La réponse de Mme Autissier est très idyllique, invoquant l’amour d’une génération à laquelle on veut trop vite lâcher un « Ok Boomer ».

Mais ce n’est pas tout. A la fin de la conférence, Mme Autissier termine avec un joli message d’espoir. Tout comme Bruno Latour, elle nous interpelle sur le fait que nous sommes face à la plus grande révolution que l’humain doit mener : changer pour survivre, et voir les autres survivre.

Et puis surtout, Madame Autissier, femme si inspirante, nous dit que la mobilisation des jeunes, c’est plus qu’essentiel. Elle semble fière. Peut-être que notre génération, y arrivera.

Ces jeunes qui se lèvent pour le climat semblent l’inspirer, elle qui a tant accompli.

Crédit image : Loïc Venance – AFP

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