Et après ?

« Un homme politique doit être un homme autonome » Conseils et expérience du plus jeune maire de France

A 43 ans, Edouard Philippe, membre de l’UMP, est devenu en 2010 le plus jeune maire de France d’une ville de plus de 150.000 habitants. Portrait et conseils de cet ancien Sciences Piste que nous avons rencontré.

En quelques dates :
1997-2002 : Auditeur puis Maître des Requêtes au Conseil d’Etat
2002-2004 : Directeur général des services de l’UMP
2004-2007 : Avocat – Cabinet Debevoise et Plimpton
Depuis 2012 : député de la 7e circonscription de la Seine-Maritime
Depuis 2010 : maire du Havre

edouard phillipe
C’est au sein de l’imposante mairie du Havre, autrefois bastion communiste, que M. Edouard Philippe, ancien élève de sciences Po et député-maire UMP accepte de me recevoir. Il n’avait jamais entendu parler de Sciences Po alors qu’il était élève à Rouen. C’est lorsqu’il déménage en Allemagne, à Bonn, et suit une scolarité au le lycée français, qu’il est orienté vers l’IEP. Ce sont notamment des professeurs qui virent en lui le bon profil. Passionné d’histoire, intéressé par l’économie et déjà par la fonction publique il tente une première fois le concours de Sciences Po. Puis, après une année d’Hypokhâgne enrichissante et intense, il tente à nouveau d’intégrer l’IEP. Avec un sourire, il me raconte le jour de ses résultats: « je me souviens encore les avoir appris par minitel, j’avais 118 points alors qu’il en fallait 120, je pense donc être l’un des derniers à avoir été pris ! ».

Quand on l’interroge sur ses souvenirs d’étudiant, il insiste sur le fait que Sciences Po est un lieu parfait pour l’épanouissement des étudiants : y règnent à la fois une ambiance de travail et une ambiance d’école au travers de la vie associative, les babyfoots de l’AS, les rencontres en bibliothèque, les bières au Basile… En quelques mots, le souvenir de ces trois années ce sont des moments potaches, de soirée arrosées mais aussi des moments de travail intense, de découvertes et d’élévation intellectuelle. Il met en avant le souci d’autonomie des étudiants, un soin pointilleux de rédaction et d’expression orale bien utile dans la vie publique. Cependant les plans en deux parties et deux sous parties ne correspondent pas aux discours politiques « je réfléchis plutôt à trois grandes idées et un angle qui permet de commencer et de conclure. Un angle un peu surprenant parce qu’il faut toujours essayer de surprendre au début ». Son meilleur souvenir ? La conférence avec le leader tchèque Alexander Dubeck en 1990 après la chute du mur de Berlin : « On voyait nos livres d’histoire bouger entre nos mains ! ». De même il apprend la chute du mur de Berlin à Sciences Po, dans un cours d’Alfred Grosser, spécialiste des relations franco-allemandes : « un moment extraordinaire » se rappelle-t-il avec émotion. Ainsi, il ressort ravi de son expérience à Sciences Po, et m’assure que les seuls points faibles de l’école ont été comblés par la politique de Richard Descoings grâce à l’ouverture sur l’étranger notamment: « j’adorerais faire Sciences Po aujourd’hui » me confie-t-il.

Après sciences Po il suit le chemin de l’ENA où il fait face aux terribles « oraux techniques ». Il se souvient notamment avoir tiré le sujet « les deux Corées ». Cet oral est redoutable puisqu’il faut pouvoir traiter de n’importe quel sujet en 10 minutes, pas plus pas moins, sur des aspects techniques du droit, des relations internationales, …Toutes ses expériences en poche, il décide de se lancer ensuite dans la politique. D’adhérant au PS alors qu’il était à sciences Po, il passe progressivement à droite : « d’une gauche modérée et libérale à une droite modérée et libérale » nous dit-il. L’élément déclencheur ? La façon dont a été traité Rocard par Mitterrand et la gauche, le sectarisme des « fabiusiens » toujours d’actualité selon lui et l’attrait combiné du libéralisme et du gaullisme. Après avoir travaillé au Conseil d’Etat, Alain Juppé lui propose de mettre en place le parti qui devait réunir la droite. Il occupe alors le poste de directeur général de l’UMP. Ce seront « deux ans et demi de stress, de coups bas et de fortes turbulences. Mais ce fut également une expérience très enrichissante sur le métier » résume-t-il lors d’une interview avec un journaliste du Point.

Immergé dans ce milieu depuis quelques années, il nous livre ses conseils pour les étudiants intéressés par la politique: « si vous souhaitez faire de la politique, ne vous gênez pas. On peut en faire de plein de façons différentes (i.e. avec des engagements variables). Il s’agit de contribuer à la vie publique pour essayer d’améliorer les conditions de la population, d’une ville, d’un pays ce qui est extrêmement réjouissant. » Deuxième conseil : l’autonomie intellectuelle. Edouard Philippe très attaché à ce point, souligne l’importance de ne pas se conformer à une famille de pensée politique. L’autonomie intellectuelle ne suffit pas rajoute-t-il, il faut aussi être autonome financièrement : « il n’y a rien de pire que les personnes qui s’engagent dans la politique et qui ont besoin de la politique pour vivre. Il est donc important d’avoir un métier auquel on peut se rattraper le cas échéant. »

Très attaché à Sciences Po, il devient rapidement maitre de conférence à partir de 1997 pour donner des cours de droit. De plus, il est à l’origine du campus Europe Asie au Havre : « je connaissais bien Richard DESCOINGS, on s’est mis d’accord pour mettre en place ce campus dans le premier port d’Asie en France ». Son respect et sa reconnaissance pour notre ancien directeur s’expriment notamment par l’inauguration de l’esplanade Richard Descoings en face des nouveaux bâtiments du campus havrais.

Inauguration esplanade Richard Descoings

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