Vie du campus

Sciences Pooo Paris je t’aime !

Avouez-le, en lisant ce titre vous avez entendu résonner les chants du Crit ? Après tout, c’est ce qu’on se répète à longueur de temps, les provinciaux « n’ont qu’un seul rêve, celui d’être à Sciences Po, Sciences Po Paris ! ». En ce morne automne 2012, il ne fait pourtant pas bon étudier à l’IEP de Paris. La pluie d’articles à son sujet est bien loin d’être élogieuse (c’est le moins que l’on puisse dire) et l’institut peine à sortir de la crise déclenchée par le rapport de la Cour des comptes.

Le rapport sanction de la Cour des Comptes

La crispation déclenchée par la remise du rapport de la Cour des Comptes s’est vite transformée en crise-passion. Si les critiques qu’il apporte sur la gestion des finances ou des personnes sont au demeurant fondées, celles qui portent sur le modèle SciencesPo per se semblent beaucoup plus discutables.

La séparation entre IEP et FNSP est systématiquement dénigrée comme une incongruité d’une école déjà singulière : la Cour souhaiterait voir modifier leurs rapports et « clarifier les relations entre l’Etat et SciencesPo ». Pour cela, elle préconise que siègent au conseil d’administration de la FNSP un représentant du ministère de l’économie et un représentant du ministère de la recherche. Ce qui semble gêner, en fait, c’est « l’impossibilité d’un contrôle exercé par l’Etat ». Mais SciencesPo n’a t-elle pas réussi à évoluer et à innover sans lui ? Pourrait-on même pousser le vice jusqu’à se demander si ce n’est pas justement cette absence de supervision qui a permis à l’école d’avancer plus vite ?

La Cour « s’ (interroge) sur ces évolutions et (sa) soutenabilité financière. » Mais plus qu’une interrogation, on sent une remise en cause de la part importante des subventions publiques dans les financements de Sciences Po. Et le verdict sonne comme une punition. Punition surmédiatisée qui ne peut que nuire à l’établissement et à sa « forte ambition », pourtant louée déjà dans le titre.

Bien sûr, il ne faut surtout pas tomber dans la victimisation primaire, la défense hébétée de l’institut dont la gestion des finances fut déplorable ; rien de plus normal à ce que la Cour mène une enquête, rien de plus normal à ce que les contribuables se demandent où sont passés les 70Millions d’euros versés chaque année à la FNSP. Et nous les premiers, payant des frais de scolarité qui sont parfois très lourds, pouvons et devons nous indigner, demander des comptes plutôt que sombrer dans le mépris et la condescendance, comme cela nous l’est (parfois à juste titre) reproché. Le problème est que dans l’analyse manichéenne du rapport de la cour des Comptes étalée par la presse, on en oublie les grandes transformations qui sont à l’oeuvre et qui remodèlent profondément le paysage universitaire français. Les dérives décriées semblent n’être qu’un prétexte pour dénigrer la nature de l’université que Sciences Po pourrait imposer.

Un bilan positif qui dérange ( ?)

double_diplome-.JPGParce qu’il ne faut pas oublier que ça aussi, c’est écrit dans le rapport : le bilan des années 2005 à 2010 est un bilan positif. Le doublement du nombre d’étudiants, l’ouverture sociale (notamment par les voies de CEP) et l’internationalisation, certes. Mais il ne faut pas oublier toutes les réformes sur le cursus même proposé par l’école. En 2009, on étoffe le 1er cycle pour en faire un collège universitaire, qui donne droit à l’obtention d’un Bachelor. Si celui-ci ne vaut pas une licence, il donne une certaine reconnaissance, notamment à l’étranger, et permet de sortir du cursus SciencesPo si on en a l’envie. Les doubles cursus avec Paris I, Paris IV et Paris VI sont créés entre 2009 et 2010 au niveau du collège universitaire, et beaucoup d’autres programmes de doubles diplômes internationaux sont créés, les derniers en date étant SciencesPo/Columbia et SciencesPo/UBC qui accueilleront leurs premiers étudiants à l’automne 2013. Le nombre de campus en région est augmenté : le campus Europe- Asie du Havre est créé en 2008 et celui nord-américain de Reims en 2010. Pour les master, des écoles sont créées : journalisme en 2005, communication en 2007, droit et économie en 2009, puis l’école PSIA en 2010.

N’oublions pas les innovations qui concernent la recherche : même la Cour des Comptes note que « les chercheurs de Sciences Po bénéficient de conditions de travail que l’on rencontre rarement dans les universités françaises de sciences humaines et sociales. » Entre 2009 et 2011, 5 chercheurs de SciencesPo reçoivent une bourse ERC (European Research Council), une des bourses les plus prestigieuses et difficiles à obtenir. C’est ainsi la deuxième institution française hébergeant le plus de lauréats en sciences humaines et sociales, la première même, si on compare le nombre de bourses obtenues au nombre de chercheurs dans l’institution.


SciencesPo est devenue une école très attractive, autant pour les chercheurs que pour les étudiants, à qui on offre des formations variées, parfois bien lointaines de la section « Service Public » d’autrefois. Mais n’est-ce pas là ce qu’on lui reproche, finalement ? Comme le dit Bruno Latour dans une vibrante tribune au Monde , Richard Descoings voulait « modifier enfin la formation des élites politiques de ce pays et servir de laboratoire à la réforme de l’irréformable université française ». On a aujourd’hui l’impression que cette innovation dérange : les cinq années passées à SciencesPo ressemblent aujourd’hui plus à des années de College à l’américaine que d’universités à la française. Les ateliers artistiques, l’enseignement des Humanités Littéraires et Scientifiques sont autant de formations intellectuelles qui, si elles peuvent parfois paraître superficielles aux étudiants, sont une véritable ouverture d’esprit. Non, les étudiants de Sciences Po ne sont plus seulement formés à être de hauts fonctionnaires, non Sciences Po n’est plus simplement une école de préparation à l’ENA, oui on peut trouver un métier directement au sortir de Sciences Po. Plus que la réforme d’une école, c’est la réforme d’une idée de la formation des élites et du paysage universitaire français que Richard Descoings a proposé. Et peu de gens semblent disposés à le suivre.

La rumeur du « Delenda est SciencesPo ! » gronde dans les couloirs des rédactions parisiennes

1784361_5_5766_la-une-de-m-le-magazine-du-monde-en-vente-le-2_1d55962efb118904c37b9f518c29c3e3.jpgComme le faisait remarquer Etienne Wasmer sur son profil facebook, pendant les vacances, Chasse et Pêche, Maison et Jardin ou Modes et Tricots étaient les seules revues dans lesquelles il n’y avait pas d’article sur SciencesPo. 
Le Monde Magazine nous consacre même sa Une (pour un article de trois pages et demie qui brasse beaucoup de vent, était-ce vraiment nécessaire ?). Libération n’est pas en reste et compare la succession de Richard Descoings à « un mauvais feuilleton avec un scénario brouillon et des héros pas toujours sympathiques ».

Les salaires et primes mirobolants sont dénoncés, la mort de Richard Descoings toujours qualifiée de « mystérieuse », la procédure de succession décriée… Bien sûr, certaines décisions de gestion financière de l’Institut sont discutables, certes, la transparence de la procédure de succession est illusoire… Mais qui a entendu parler, le 1er août, de la nomination d’Yves Demay à le tête de l’Ecole Polytechnique ? Combien de journaux ont fait des articles sur la nomination de Marc Mézard à la tête de l’ENS Ulm en avril dernier ? Il se murmure pourtant que certains enseignants de la prestigieuse école avaient envoyé une pétition à Laurent Wauquiez, à l’époque ministre de l’enseignement supérieur et de la recherche pour demander un changement de la procédure, jugée trop opaque et trop rapide. Le fait que de telles pratiques s’observent dans d’autres grandes écoles ne dédouane pas la nôtre, mais alors pourquoi un tel matraquage médiatique? Cette « campagne de presse sans précédent contre notre institution » est d’ailleurs regrettée dans une pétition signée par des enseignants et étudiants, qui appellent au calme.

Pourquoi tant de haine ?

Ce qui ressort de ce déferlement médiatique, c’est surtout une véritable aversion d’une grande partie de la population pour notre école, et nous-mêmes. L’article de Nicolas Jounin dans le Monde n’est qu’un exemple révoltant parmi d’autres. « Il est temps d’en finir avec SciencesPo!» qui « sape l’égalité des chances pour reconduire une classe dirigeante ». Certains commentaires des articles ne sont pas en reste: « L’ENA aussi doit fermer !», « Nos dirigeants sont à bonne école, comme dit l’expression ! », j’en passe et des meilleures. Les étudiants sont qualifiés de décérébrés, d’esprits conformes, de truands (oui, déjà)… On assiste à un SciencesPo-bashing systématique qui, en plus de paraître un peu facile, ne fait pas avancer les choses. Il semblerait presque que certains attendaient depuis longtemps le moindre faux pas de la part de l’établissement. Alors là, imaginez le pain béni ! Une succession d’affaires différentes qui servent de défouloir depuis un an. C’est l’occasion rêvée pour décrier l’école, ses étudiants, et même élargir les accusations au système des grandes écoles ou encore aux hommes politiques français ! Après tout, n’ont-ils pas, eux aussi, étudié à SciencesPo ? Mais c’est justement l’ampleur de la réforme proposée par Richard Descoings : faire en sorte que les étudiants, quel que soit leur avenir, aient eu accès à une formation riche et diversifiée, et qu’on ne puisse plus les mettre tous dans le même panier.

Cet acharnement ne peut, à long terme, que nuire à l’école et à sa réputation même si celle-ci semble pour l’instant plutôt préservée (les journées portes ouvertes ont connu un succès sans précédent). À nous de porter haut et fier le projet Sciences Po, à nous de prendre du recul sur cette affaire, de faire preuve de sang-froid et d’objectivité pour ne pas jeter, le bébé, l’eau du bain, et la baignoire avec ; en somme l’agitation doit cesser pour que les promotions futures, puissent, elles aussi, être fières de dire : Ich bin ein sciencespiste !

22 Comments

  • Alphonse

    Un succès qui dérange ? Sérieux les mecs, vous foutez Pipo au milieu d’université bien plus reconnues. A part en France, tout le monde s’en fout de Pipo, connaissent pas. A l’étranger on s’en sort mieux avec un bon diplôme de la Sorbonne.

  • sens interdit

    Une grande partie des critiques à l’égard du modèle de sciences po réside dans le financement de l’établissement. Il s’agit cependant de reposer les termes d’une équation financière qui n’est pas des plu simples :

    Comment organiser la réduction de la part de l’Etat (d’ailleurs la part de l’Etat est de 55% pas 70%) dans le financement de l’école ? Objectif qu’à titre personnel je cautionne, même si nos bons amis marxistes de l’UNEF ont publié une superbe tribune sur le monde pour expliquer que l’Etat (et les gardes rouges) devraient reprendre la direction de sciences po (d’ailleurs, je précise que le copyright de « la pravda » est disponible, comme blaz si jamais vous songiez à fonder un journal).

    La philosophie de Descoings a été de s’inspirer d’un modèle qui marche, celui des « college », tout en conservant le statut spécial de Scpo qui n’est pas une université privé et ne peut en être une pour des raisons socio historiques. Logiquement cela passe par l’augmentation des FI. La question qui en découle, comment résoudre ce problème « d’entre soi élitiste » tout en augmentant les FI ! C’est là que l’équation se corse et nécessite des choix.
    Mais ces choix (décrié par les uns et les autres) sont contrebalancés pour respecter un équilibre. Aux augmentations des FI correspondent la dégressivité selon l’imposition. A l’augmentation du nombre d’étudiants étrangers et de CSP + (via les procédures d’admission sur dossier qui profitent aux meilleurs lycées) qui sont les plus matraquer correspond la création des CEP.
    Enfin la part de financement privé a augmenté, est-ce grave ? Cela peut donner suite à des facilités d’embauche qui ne peuvent qu’augmenter le % d’étudiants trouvant un travail dans l’année suivant l’obtention de leur diplôme.
    Dans le même temps la part de l’Etat diminue (et cela devrait continuer) et la FNSP demeure une égide sous laquelle la direction de scpo se protège pour éviter toute ingérence de l’appareil d’Etat.

    Passons sur la « cours du roi Descoings » et les abus financiers. Ce fut un problème ponctuel mort avec Descoings. Ce que j’observe c’est simplement que Descoings pourtant idéaliste s’est résigné au principe de réalité. On ne peut pas réformer l’enseignement et la recherche à scpo sur les deniers de l’Etat, on le voit à la fac, on le sait. Ceux qui disent le contraire nient la réalité des modèles universitaires mondiaux (ou du moins des pays ruinés comme le notre). Or cette diminution de la part de l’Etat ne peut pas aller sans certains sacrifices !

    Personne n’a jamais songé à faire une corrélation entre le niveau de la fac en France et les 200 € de FI ?

    Je précise qu’à titre personnel, si l’on pouvait réformer l’université tout en garantissant des FI bas, je voterai pour. Mais big mama doit se mettre au régime et le système universitaire s’adapter. Scpo est entre la fac et les grandes écoles, pourquoi refuser ce compromis acceptable et perfectible ?!

    Deux dernières précisions et je m’arrête.
    *Sur le programme économique principalement en 1A, comment peut on critiquer l’enseignement des règles qui régissent l’économie mondiale ? Etant donné le peu de temps d’enseignement (le semestre en 12 semaines !) vaut-il mieux axer sur ce qu’est la réalité du monde dans lequel nous vivons ou bien sur des théories alternatives qui n’ont pas cours ? Rien n’empêche les étudiants d’apprendre par eux même (le Capital est dispo en bibli pour ceux que ça intéressent)
    *Sur l’UNEF, désolé des tacles, je vous aime !

  • rc

    http://www.lapeniche.net/actualite/

    @chasseur d’autruches : l’article n’est pas centré sur la nomination du nouveau directeur, mais sur les points positifs des dernières années. On a déjà assez souligné les abus de l’institut pour ne pas avoir à tout réécrire à chaque fois. D’autant que le commentaire à notre brève sur la fronde des personnels nous astreint à la nuance.

  • Chasseur d'autruches

    Quand on voit que l’article renvoie à la pétition d’Etienne Wasmer (cité servilement par ailleurs comme tous les grands thuriféraires de Richard Descoings), mais pas à celle-ci (http://www.petitionpublique.fr/?pi=…), on a comme un doute.
    Mais quand la conclusion nous offre une mauvaise paraphrase d’Hervé Crès, on en sourirait presque.

    Il y a deux choses qui me surprennent dans le discours des corporatistes :
    – Premièrement, ils seraient les seuls à savoir faire la part des choses entre les aspects positifs de la transformation de Sciences Po et sa gestion désastreuse. Les seules personnes que je connaisse à Sciences Po qui n’aient pas de vision nuancée sont les adulateurs fanatiques. Quand on n’est pas capable soi-même de faire la part des choses entre un vieil universitaire marxiste un peu rageux qui crache sa bile sans que personne ne l’écoute et ceux qui, à l’intérieur comme à l’extérieur de Sciences Po, font leur travail et/ou leur devoir en dénonçant la gabegie, on n’a pas beaucoup de leçons à donner en matière de nuance et sens des responsabilités.
    – Deuxièmement, cette idée qu’il y aurait un acharnement médiatique porté par des lobbys hostiles à Sciences Po est assez amusante. Que la presse démolisse le piédestal qu’elle avait construit, c’est bien normal : qui a vécu par la surexposition médiatique périra par la surexposition médiatique. Tous ceux qui levaient les yeux de leur nombril connaissaient déjà la gravité de l’opacité du vivant de Richard Descoings, et tout le monde médias y compris a choisi de l’ignorer jusqu’à fin 2011. La presse n’était pas très douée pour la mise en perspective alors, elle ne l’est pas davantage aujourd’hui. Surprise.
    Quant au lobby haineux des universitaires poussiéreux, il n’a d’autre porte-étendard que ce pauvre sociologue de Paris-VIII qui va retourner dans l’oubli le plus profond dès que vous aurez fini de partager son article en poussant des cris d’orfraie. J’attends toujours la tribune de Louis Vogel, le président de la Conférence des présidents d’universités et ennemi juré de Richard Descoings, mais je pense qu’elle ne viendra pas. Peut-être parce que même Vogel, qui a pourfendu toutes les grandes avancées de Richard Descoings (et notamment celle, trop peu mentionnée, qui permet aux diplômés de Sciences Po de passer le barreau), a compris que ce n’était pas le sujet.
    Il ne reste plus que Nicolas Jounin et vous.

  • Un 2A de plus

    Hey, agresse pas les sweat-shirt (oui parce qu’on dit sweat pas sweet), moi je l’aime bien il tient chaud et tout mais ça veut pas dire pour autant que je cautionne le fonctionnement du directoire de l’institution. Cela dit, l’ampleur prise par ce débat est mine de rien un peu disproportionnée, ce n’est pas l’avenir de la France qui se joue dans la succession du directeur de Sciences Po X(

  • 2A de même

    Peliocle, me permets-tu d’utiliser ton commentaire dans mon dictionnaire personnel? Histoire que je l’utilise comme exemple à coté du mot « corporatisme ».

  • Peliocle

    Tout l’argumentaire d’Antoine repose sur l’idée que Sciences Po se doit d’être un modèle pour les autres universités. Un présupposé pour le moins partial, voir carrément orienté (dans une direction qui n’échappe à personne); les universités ne pourront jamais ressembler à notre institution. Pour de multiples raisons ( mais ne chargeons pas plus l’enseignement supérieur français, suffisamment critiqué comme ça), c’est impossible et ça le restera dans les années à venir. Donc non, sacrifier Sciences-Po sur l’autel de l’exemplarité manque de pertinence. L’institut a un statut unique, et le gardera.

  • 2A de même

    De plus, le genre de commentaire style « a que j’en ai marre des gens de sciences po qui disent que sciences po c’est mal, ils ont qu’à partir c’est insupportable », franchement c’est un peu du délire. Faut-il rappeler qu’un étudiant à Sciences Po n’est pas forcement là pour dire « je suis sciencespiste » ? Etre à sciences po parce qu’on y trouve, et je ne le nie pas, un cadre d’étude et des enseignements stimulants ne veut pas dire qu’on est obligé de s’aplatir devant le fonctionnement global de l’institution. Sciences-Po n’est ni une entreprise, ni une église, ni un parti, ni un clan, ni une nation contrairement à ce que certains étudiants semblent penser quand ils perdent toute liberté d’analyse pour s’accrocher à un sweet-shirt de promo, c’est un établissement d’enseignement publique, et à ce titre le critiquer, le repenser sans cesse, c’est à la fois une liberté mais aussi un devoir dans une vraie démocratie.

  • 2A de même

    # 2A
    Le problème, c’est qu’on est ici en présence d’un établissement qui se met dans une situation de reproduction sociale non seulement de fait, mais également dans sa structure même. Aujourd’hui, la direction veut aller vers moins de présence de l’Etat et l’on sait tous que cela passera par la hausse des frais d’inscriptions, or le seul levier d’augmentation des recettes qu’a aujourd’hui Sciences Po, étant donné le système dégressif (dont les abus sont pourtant à dénoncer d’autres part) qui régit le calcul des FI d’un étudiant, de financer sa croissance et son fonctionnement, c’est l’admission d’un maximum d’étudiants fortunés qui peuvent payer le maximum des FI ou alors le plus possible d’étudiants étrangers hors UE qui le paie de toute façon. Quand on s’intéresse de près à l’évolution du nombres d’étudiants enfants de cadre sup à sciences po ainsi qu’au nombre d’étudiants étrangers hors UE ( ce qui n’est pas une mauvaise chose en soi on est d’accord mais c’est tout de même symptomatique qu’il y ait aujourd’hui 36% d’admission à la suite de la procédure internationale pour environ 10% sur concours…), on se rend compte que la gestion actuelle de l’IEP est nécessairement inégalitaire (Cf rapport Tiberj, comptes rendus des récents conseils de direction…). On ne se pose même pas la question de la faute si vous voulez puisque de toute façon Sciences Po verrouille la question en se finançant sur le principe d’une société où les élites qu’elle veut former sont les élites économiques… Après on peut blablater stérilement sur la méchante presse et continuer à chouiner sans réfléchir pour défendre notre glorieux établissement sacrée mais bon c’est pas ça qui niera l’évidence, Sciences po reproduit et reproduira toujours une élite économique, jouant avec une démocratie d’apparence, tant qu’on ne modifiera pas en profondeur ses statuts.

  • 2A

    Rien à voir avec de la béatitude, les élèves ne sont pas débiles ou aveuglés, tout le monde est conscient qu’il y a de gros problèmes de gestion et d’organisation qui doivent être résolus, je ne remets pas en cause le fait qu’on puisse être critique à l’égard de CES problèmes. Mais ce qui est réellement insupportable c’est ces élèves à Sciences Po qui s’indignent du fait que c’est un établissement d’excellence qui forcément n’est pas représentatif socialement (citez moi un établissement d’excellence dans le monde qui le soit?) et qui vont jusqu’à soutenir un article qui propose de supprimer Sciences Po. je me demande dans ce cas ce qu’ils font la, personne ne les a forcé à choisir Sciences Po, si ils voulaient un établissement démocratique socialement, ils n’avaient qu’à aller à la fac. Mais BIZARREMENT ils ont choisi cette institution de reproduction de l’élite…

  • 2A aussi

    Je suis d’accord avec une partie de l’article notamment tout le bilan positif qui est rarement rappelé dans les articles de presse qui, il ne faut pas se leurrer, aiment le sensationnel.
    Cependant, il ne faut pas être naïf et je suis en partie d’accord avec « rc » : Sciences Po a pour but premier de développer notre esprit critique, de nous apprendre à prendre du recul et d’analyser ce qui nous entoure. Je ne renie pas Sciences Po et je suis fière d’être une sciencepiste. Néanmoins, je pense que c’est prouver que nous ne sommes pas des « snobs sciences pipo » que de savoir dire ce qui ne va pas et ce qu’il faut changer dans notre établissement. Concernant les représentants de l’Etat en Conseil d’Administration, c’est normal : tout institution (ici l’Etat) qui investit de l’argent (plus de 50%) dans une autre institution veut savoir ce qu’on fait de cet argent. Les arrangements financiers et la procédure de désignation d’Hervé Crès sont hallucinants pour une école qui veut en partie nous apprendre la démocratie. Vous donnez l’exemple de l’ENS ou d’HEC mais ce ne sont pas des écoles qui ont vocation à fournir les futurs grands fonctionnaires de l’Etat. Ce n’est certes plus le seul but de Sciences Po grâce à sa diversification mais la filière Affaires Publiques restent très importante. Exemple simple : c’est paradoxal que JC Casanova fasse partie de la commission Jospin de rénovation et de déontologie de la vie publique alors que niveau éthique, il laisse plutôt à désirer.
    Oui soyons fiers de notre école, de son enseignement, de son originalité, mais ne soyons ni dans un mouvement de self-defence face aux attaques virulentes ni dans une vénération aliénante de notre établissement.

  • Le provincial masqué

    @Antoine :
    Tu as peut-être raison sur le management d’entreprise des enseignants et la non-existence d’un esprit de corps enseignant.
    1 En quoi c’est Mal ?
    2 La présence d’un corps enseignant soudé n’est PAS une caractéristique de l’Université française, c’est justement un avatar de l’entresoi élitiste des Grandes Ecoles (les professeurs jouent aux golf avec les parents d’élève, toussa toussa)

    La proportion d’enfants de cadres et professions intellectuelles supérieures a augmenté ?

    Oui, en même temps d’ailleurs que la proportion de provinciaux. Ce qui est un élément de renouvellement des élites franco-parisiennes (est-ce qu’un beauf de la Creuse qui se trouve être cadre appartient à l’élite ?).

    Et puis en chiffres absolus (c’est-à-dire la vraie question, puisqu’il s’agit de savoir combien de futurs maîtres du monde SciencesPo lâche chaque année), le nombre d’enfants de pauvres en capital culturel et/ou économique a augmenté.

    Voilà. Je crois que ça compte plus que la visibilité dans les médias. Après, pour le fundraising privé, je suis pas Totalement (hahaha..) d’accord avec toi mais c’est un point de détail comme disait l’ami neuneuil.

  • Tristan

    Très bon article, mais n’oublions pas que cet « acharnement » sur SciencesPo peut aussi se comprendre au vu de la morgue souvent affichée par l’établissement et les étudiants vis-à-vis du commun des mortels.
    À nous de défendre avec fierté mais lucidité notre établissement, de reconnaître ce qu’il nous apporte sans mentir sur ses défaillances. Arrêtons de nous sentir si supérieurs et nous serons vraiment intéressants…

  • rc

    @2A heureusement que le fait d’étudier à Sciences Po ne nous astreint pas à un devoir de béatitude à l’égard de l’institut, c’est d’ailleurs ce qu’il cherche à nous apprendre ; objectivité, lucidité, rigueur. Le problème est que tout soutien à Sciences Po (comme l’article de ce soir) est taxé immédiatement de panurgisme ou de naiveté bienpensante. Pétons un coup, ça ira mieux pour tout le monde ; je suis d’ailleurs bien d’accord avec Periclès : on ne va quand même pas nous faire porter toute la responsabilité de l’échec du système scolaire français.

  • 2A

    @Hayek, qui n’est pas enseigné en première année.

    Si tu veux ma fiche de lecture de La Route de la Servitude, c’est bien volontiers que je te la file. Parce qu’en effet, Hayek est bel est bien enseigné en première année (en tout cas au deuxième semestre, en science politique).

  • 2A

    @Antoine, casse toi si cette école est si terrible. Ca commence à être fatiguant ces gens qui dénigrent Sciences Po en permanence alors qu’ils ont choisi d’y venir, pourquoi t’es pas allée à la fac si tu veux pas prendre part à la « reproduction sociale des élites » ?

  • Périclès

    @Antoine, tu nous expliques que « comme cela est très bien montré par Jounin dans son article, chiffres à l’appui, lors des dernières années, la proportion d’enfants de cadres et professions intellectuelles supérieures a augmenté malgré les CEP. ».

    N’oublies-tu pas de te poser la question de la responsabilité de l’école publique dans tout ça? Si seulement l’école publique jouait parfaitement son rôle et remplissait sa mission, alors la part d’enfants d’ouvriers augmenterait naturellement. L’école ne peut pas tout et n’offrira jamais une parfaite égalité des chances mais elle peut tout de même agir et là ce qu’il faut mettre en cause ce n’est pas la sélectivité de Sciences Po mais les insuffisances de l’école publique.

    C’est donc bien bête et bien naïf de vouloir faire porter le chapeau à Sciences Po, comme si le rôle de l’enseignement supérieur était de remplir la mission des enseignements primaire et secondaire.

  • Hayek, qui n'est pas enseigné en 1ère année

    L’orientation unique libérale de l’économie en première année… Keynes, star du programme de 1A, vient de se retourner dans sa tombe.

  • Antoine

    Cet article est un exemple édifiant de la surdité dont font preuve bon nombre d’étudiants de l’IEP.
    Tout, d’abord, pourquoi parle t on tant de sciences po, de la procédure de succession de Richard Descoing par rapport à d’autres grandes écoles. Tout simplement, parce que sciences po a été, pendant toute l’ère Descoing, un objet de glorification médiatique, chaque journal y allant de sont petit article annuel pontifiant à la gloire de Richard Descoing et de ses réformes. D’autre part, vous le dites vous même, sciences po, notamment à travers le modèle qu’il prend depuis l’ère Descoing est érigé en modèle à suivre pour la réforme de l’université française. Il est donc évident que l’enjeu autour de notre école est plus important que s’agissant d’autres puisqu’il dépasse le cadre de l’institut. Justement, ce modèle proposé par sciences po pour l’université française, examinons le: des frais de scolarité allants jusqu’à plus de 10K euros par ans, un management d’entreprise pour ce qui s’agit du personnel et notamment des professeurs, absence totale de corps enseignant soudé et proche. Rappelons aussi la volonté d’augmenter le fundraising auprès d’entreprises privés dans le financement de siences po (cf Total et le campus de Menton, c’était pas glorieux…). D’autre part, il ne relève pas du mensonge, de la calomnie ou de l’absurdité de dire que sciences po participe de la reproduction sociale des élites. En effet, comme cela est très bien montré par Jounin dans son article, chiffres à l’appui, lors des dernières années, la proportion d’enfants de cadres et professions intellectuelles supérieures a augmenté malgré les CEP. Quant à a volonté de contrôle de l’Etat, il parait normal pour ma part qu’il s’assure qu’une institution qu’il finance autour de 70% accomplisse bien une mission de service public, d’interet général faute de quoi je ne vois pas au nom de quoi elle peut prétendre continuer à être financé par l’impot de la collectivité (ce qui pose, notamment, la question des statuts).
    Evidemment, comme il ne faut pas caricaturer, il y a des aspects positifs dans le modèle éducatif proposé par sciences po notamment, un programme varié et généraliste (bien que l’orientation unique libérale de certaines matières notamment l’économie en première année pourrait aussi être critiqué).

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