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Sciences Ô – Rencontre avec les coordinateur.ice.s de la Semaine des Outre-mer

Du 29 mars au 3 avril 2021 se déroulera la Semaine des Outre-mer, rendez-vous annuel de Sciences Ô, l’association des étudiant.e.s ultramarin.e.s de Sciences Po. La Péniche a rencontré Sarahda Latchimy et Jonathan Joseph-Angélique, les deux coordinateur.ice.s de cet évènement, qui marque également les dix ans de l’association.

La Péniche : Pouvez-vous vous présenter en quelques mots : quel est votre rôle au sein de Sciences Ô ?

Sarahda Latchimy : Je m’appelle Sarahda Latchimy et je suis en première année du Master politiques publiques spécialité sécurité et défense, à l’École d’affaires publiques. J’ai adhéré à Sciences Ô cette année. J’ai fait quelques entretiens pour nos cycles « Ô Tour de la Santé » [l’une des actions de l’association, ndlr] et j’ai travaillé sur la SOM [Semaine des Outre-mer] avec Magalie [Danican, présidente de sciences Ô] et Jonathan.

Jonathan Joseph-Angélique : Moi c’est Jonathan Joseph-Angélique, je suis en M1 Finance et Stratégie. Depuis la première année, je suis dans l’association et cette année j’en suis le trésorier en plus d’organiser avec Sarahda et Magalie la SOM 2021.

LPN : Concrètement, en quoi consiste le travail de l’association ? Quelles sont ses principales actions ?

Jonathan : Sciences Ô est l’association des outre-mer de Sciences Po. Elle existe depuis dix ans donc cette année, la SOM est un peu la SOM anniversaire de l’association. On a deux principales missions qui sont : premièrement, la promotion des outre-mer, qu’il s’agisse de parler de leurs problématiques ou de faire la promotion de leurs différentes cultures en fonction des différents territoires ; en plus, on accompagne les candidats au concours de Sciences Po qui sont issus des territoires d’outre-mer et une fois qu’ils ont été pris, on les accompagne dans ce processus qui est non seulement d’intégrer le supérieur mais aussi d’être déracinés de leur territoire d’origine, [or ce sont] des choses un peu délicates. C’est pour ça qu’on vient les aider à ce niveau-là.

LPN : À l’heure où nous parlons, quelques jours nous séparent de votre traditionnelle Semaine des Outre-mer – la SOM : quel est le principe de cet évènement ? En quoi constitue-t-il un rendez-vous important pour la vie de votre association ?

Sarahda : La Semaine des Outre-mer consiste à organiser plusieurs évènements qui ont lieu sur une semaine, totalement liés aux territoires ultramarins. Habituellement, les SOM ont un thème mais cette année, on a décidé d’élargir le champ des sujets qui seront abordés. On va parler de géostratégie, de problèmes sociétaux notamment en abordant le colorisme et la stratification sociale ou encore de sujets un peu plus polémiques comme le chlordécone. C’est le rendez-vous annuel de Sciences Ô par excellence car c’est vraiment durant cette semaine que l’association a le plus de visibilité au sein de l’école. Cette année, exceptionnellement et pour marquer le coup des dix ans, il y aura une exposition photo qui sera faite au 28 rue des Saints-Pères. On a choisi des photos qui datent de la première année de l’association donc ça fera une chronologie de la vie associative de Sciences Ô depuis sa création.

Jonathan : Historiquement, on a toujours eu un thème pour la Semaine des Outre-mer. Cette fois-ci, c’était un parti pris de ne pas avoir un thème précis – hormis les dix ans de l’association – parce qu’on s’est rendu compte qu’avec la pandémie, il y avait beaucoup moins d’évènements et d’interactions. Le but est donc que cette Semaine des Outre-mer soit la plus inclusive possible. On a [donc] choisi des thématiques qui concernent bien évidemment les outre-mer mais qui ont aussi une résonance chez d’autres populations, dans d’autres pays ou d’autres régions, que ce soit le colorisme, les statues coloniales, la continuité territoriale, etc.

LPN : Quelle est la particularité de cette édition 2021 ? Si vous deviez la résumer en trois mots…

Sarahda : Cette SOM va se faire intégralement en ligne donc elle sera plus accessible et on espère qu’il y aura des participants externes, plus que les années précédentes.

Jonathan : L’exposition est [aussi] quelque chose qui est important parce que ça marque vraiment les dix ans de l’association.

Sarahda et Jonathan : [Pour qualifier cette SOM en trois mots, on peut dire] : inédit, diversité et inclusive.

LPN : Pendant cette semaine, vous aborderez des thèmes qui ont suscité beaucoup de débats cette année avec notamment une conférence sur la remise en question des récits coloniaux : en quoi est-il important de traiter un tel sujet avec une perspective spécifiquement ultramarine ?

Jonathan : Cette question a pris une résonance particulière cette année parce que ça ne concerne pas seulement les outre-mer. Pour le coup, c’est un débat qui dure depuis assez longtemps dans les outre-mer. […] C’est très récemment que l’on a entendu parler du déboulonnage des statues mais c’est un mouvement qui a pris son origine en Martinique, avec la destruction d’une statue de Victor Schoelcher à l’occasion de la commémoration de l’abolition de l’esclavage. À ce moment-là s’est posée la question non seulement du caractère systémique [de cette problématique], que ce soit à Paris puis à l’échelle mondiale, mais également la question des mémoires : il y a un élément d’interaction entre une origine ultramarine, une résonance internationale et une présence médiatique, compte tenu [de la sortie du] rapport sur les mémoires [de la colonisation et de la guerre d’Algérie] qui avait été demandé par le Président de la République.

Sarahda : Pour la conférence concernant le colorisme et la stratification sociale, on s’est rendu compte que ces thèmes étaient de plus en plus prégnants dans l’actualité mais pour autant, ce n’était pas des sujets qu’on allait forcément traiter à Sciences Po. […] Comme ce sont des problèmes intrinsèques aux territoires ultramarins, on s’est dit que ça allait être intéressant d’aborder ça pendant cette semaine.

LPN : Le but est donc aussi de s’adresser à des personnes qui ne connaissent pas toujours bien ces sujets ?

Sarahda : Oui, l’idée de la SOM n’est pas juste de rester entre ultramarins mais aussi de faire rayonner ces sujets-là et de faire en sorte que la population métropolitaine prenne conscience des enjeux et des problématiques liés à ces territoires.

Jonathan : Au-delà de la population hexagonale, [on s’adresse même aussi à la] population internationale. On a une conférence en anglais le mercredi, [intitulée] « Introduction to the French overseas regions », qui s’adresse aux personnes qui ne connaissent pas particulièrement les territoires et souhaitent en savoir davantage, mais elle s’est aussi voulue en anglais pour qu’elle puisse intéresser les étudiants en échange, etc.

LPN : Autre sujet fort de cette SOM 2021, le chlordécone, que vous souhaitez traiter « d’un point de vue politique et scientifique » : pourquoi est-il nécessaire pour Sciences Ô d’aborder un tel sujet ? Avez-vous l’ambition de pallier un certain silence (médiatique, politique) ?

Jonathan : Le but de cette conférence est non seulement de mettre la lumière sur ce sujet […] qui, malgré sa gravité, n’est pas très connu – même s’il tend à l’être aujourd’hui avec une médiatisation croissante – mais cette dimension qui comporte un élément politique [s’explique aussi par le fait qu’au-delà] de l’enjeu sanitaire, cela pose un enjeu social extrêmement important pour les populations antillaises. [En effet], les terres [seront] contaminées pendant des centaines d’années encore donc des agricultures ne sont pas possibles, des terrains sont contaminés et ont laissé des agriculteurs sans élément de travail pour pouvoir dégager des revenus… Cela est doublé du fait qu’en ce moment [est soulevé le] problème du dédommagement de ces personnes qui ont été victimes, à la fois sur le plan sanitaire et sur le plan social, du chlordécone.

LPN : 2021 marque également les dix ans de Sciences Ô : lorsque vous regardez en arrière, que retenez-vous de ces années d’engagement ? Comment l’association a-t-elle évolué par rapport au projet initial de 2011 ?

Sarahda : Même si je n’avais pas adhéré à l’association dès mon arrivée à Sciences Po, j’avais tout de même participé aux évènements organisés et j’ai vu une évolution à travers les thèmes et les sujets traités. J’ai vraiment l’impression que l’association ose prendre parti dans le choix des conférences et des évènements. Je veux dire par là que maintenant, on a moins peur d’aborder des sujets qui font un peu polémiques, notamment le chlordécone etc. Avant, [on abordait plutôt] des sujets assez généraux.

LPN : Comment expliquer ce changement ? Est-ce l’association qui a changé ou l’époque ?

Sarahda : Je pense que c’est un mélange des deux. L’équipe du bureau doit jouer aussi puisque les thèmes sont choisis par le bureau, même si les membres en proposent. Je pense que c’est aussi la période que l’on traverse qui fait que l’on ose plus aborder ce genre de thèmes. On s’aligne [aussi] avec l’actualité.

LPN : Vous proposerez dans les jours qui viennent une exposition au 28 rue des Saints-Pères pour fêter cet anniversaire : quelles en sont les modalités d’accès et que peut-on espérer y voir ?

Sarahda : L’idée était de faire l’exposition dans un endroit de passage pour qu’il n’y ait pas d’effet de masse. On a donc décidé de faire ça dans le hall du 28 rue des Saints-Pères. C’est un espace assez large mais hormis du gel [hydroalcoolique] et les principes de distanciation sociale instaurés par Sciences Po, on n’a rien prévu de plus donc ce sera vraiment une exposition en libre accès. Par contre, il s’agira de photos encadrées donc il n’y aura pas à toucher ou à manipuler [des objets]. On pourra voir des affiches des anciennes SOM, des photos d’évènements, d’invités que l’association a pu recevoir et des photos de l’évènement de cette année, c’est-à-dire le pique-nique de rentrée.

LPN : Ce dixième anniversaire est évidemment marqué par la crise sanitaire : quel a été l’impact du Covid-19 sur l’action de Sciences Ô depuis le début de la pandémie ?

Jonathan : Cela n’est pas propre à Sciences Ô mais ça a été délicat dans le sens où on n’avait pas une ligne d’horizon assez grande pour prévoir à l’avance la SOM ou les autres évènements que l’on organise tout au long de l’année. Même si on avait déjà les thèmes de certaines conférences, les modalités ont été décidées relativement tard et ça nous a forcés à travailler à la dernière minute. On a dû faire des plans des différents scénarios [en fonction des mesures sanitaires]. C’est quelque chose qui nous a forcés à agir avec plus de risques mais [aussi avec] plus de prévoyance pour compenser.

Sarahda : C’est vrai que l’on a dû tout anticiper. Je trouve que c’était assez formateur. En dehors de la SOM, on a essayé de repenser la vie associative de [Sciences Ô]. On a notamment mis en place des « Study with Sciences Ô » : ce sont des sessions Zoom qui ont lieu le samedi de 18h à 21h […] dans l’optique de garder une cohésion et de faire en sorte que la vie étudiante reste animée. Pour l’instant, il n’y a pas eu beaucoup de connexions mais on espère que ça va changer d’ici la fin du semestre. En tout cas, on essaie de mettre en place des petits dispositifs pour faire en sorte que l’association puisse continuer à vivre et que les étudiants puissent se rencontrer, échanger et passer des moments ensemble, même si ça reste virtuel. 

Jonathan : [Au niveau des intervenants de la SOM], il a fallu préciser que les modalités pouvaient être changées à la dernière minute et ça a un causé un certain préjudice pour avoir des personnes qui ont des très grandes fonctions et un emploi du temps très millimétré.

LPN : Comment voyez-vous l’action de Sciences Ô dans le futur, à court terme et à long terme ? Quels sont les projets de l’association ?

Sarahda : Avec la pandémie, l’avenir de l’association reste encore incertain mais on prévoit de garder quelques évènements sous format numérique. D’ici la fin du semestre, on a encore quelques capsules vidéo qui sortiront dans le cadre du « Ô Tour de la Santé ». On essaiera de rester le plus actif possible jusqu’à la fin du semestre.

Jonathan : À moyen-long terme, l’objectif est vraiment de démocratiser nos actions au-delà des murs de Sciences Po et de continuer à avoir à la fois cette mission de promotion et d’accompagnement.  En ce qui concerne l’action à Sciences Po, on veut juste continuer et s’améliorer sans cesse pour pouvoir mieux préparer les candidats des territoires.


La programmation et les liens pour s’inscrire aux conférences de la Semaine des Outre-mer sont à retrouver ici.

Crédit image : Sciences Ô