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« Le Crayon » t’aide à tracer tes contours !

L’équipe du Crayon. De gauche à droite : Jules, Wallerand, Antonin et Sixtine

Dans la dernière étude du Cevipof de mai 2021, 51% des Français estiment que « Les médias traditionnels répandent de fausses informations sur la Covid-19. » En pleine crise sanitaire, ces chiffres ne font que confirmer la crise médiatique profonde que traversent les journaux papiers, mais aussi les émissions télévisées ou encore les chaînes d’information, souvent pointées du doigt.

Comment raviver la soif d’apprendre, de comprendre et de décrypter l’actualité ?

Antonin, Jules, Wallerand et Sixtine sont quatre jeunes qui ont décidé de traiter sérieusement cette problématique. Pour ce faire, ils ont choisi de créer Le Crayon, un média indépendant prônant le débat d’idées et l’ouverture d’esprit. Leur chaîne YouTube a pour ambition de réconcilier les jeunes (et les moins jeunes !) avec les sujets d’actualité mais aussi avec des thèmes plus ardus liés à la science, l’économie, la démocratie…

Cet article vise à retracer le parcours de ces quatre jeunes qui se sont lancés dans cette aventure folle et osée, qui vient tout juste de débuter. Derrière ces quatre profils, se cachent des parcours personnels et académiques différents, démontrant ainsi que ce genre d’aventure est à la portée de tous… Alors qu’Antonin, 24 ans, est titulaire d’un bac Scientifique et a effectué une classe préparatoire en MPSI puis MP*, Wallerand est davantage dans l’entrepreneuriat. À 24 ans, il a déjà monté une agence d’événementiel, de community management et de musique (Teddy’s Records). Incroyable chemin parcouru qu’il a décidé de continuer avec Le Crayon, aux côtés de sa sœur, Sixtine. À 19 ans, plongée dans des études de communication marketing, c’est à elle que l’on doit l’idée initiale du Crayon… Enfin, Jules, ancien sciencespiste, est passé par le campus de Nancy avant de rejoindre la capitale. La politique imprègne son quotidien, c’est pourquoi l’engagement dans ce média était l’occasion rêvée pour mettre en application ses connaissances théoriques.

La Péniche : Comment l’idée du Crayon vous est-elle apparue ? Pourquoi ce nom et ce slogan « Trace tes contours » ?

Sixtine : Le Crayon, c’était mon idée ! Depuis toujours, j’ai été passionnée par les sujets politiques et par l’actualité. Il faut dire que j’ai baigné dans cela : aux repas de famille, la discussion déviait rapidement vers la politique… Étant la « petite dernière », j’ai dû m’adapter ! Pourtant, j’étais frappée de voir que les seules personnes avec lesquelles je pouvais discuter de ces thèmes étaient mes professeurs de lycée et non pas les jeunes de mon âge. Alors, en classe de terminale, j’ai parlé de mon projet à mon grand frère Wallerand, qui a immédiatement adhéré !

Antonin : « Trace tes contours », c’est un slogan qui me parle énormément. J’aime l’idée que l’on puisse écrire… mais aussi effacer ! À la manière d’un crayon finalement. Il y a cette idée que rien ne doit être figé, gelé ou tenu pour acquis. C’est la volonté d’affirmer et d’assumer sa jeunesse : oui tu es jeune, oui tu peux te tromper, mais ce n’est pas grave, au contraire ! Tu n’as qu’à gommer et réécrire. Bref, tu traces tes contours !

Jules : Il y a un esprit Charlie dans Le Crayon. C’est le crayon de la liberté d’expression, sans concession.

LPN : Concrètement, lorsque l’on a entre 20 et 25 ans et que l’on souhaite monter son projet, son média par exemple, par quoi commence-t-on ? Quels sont les premiers pas à réaliser, les premières initiatives à prendre ?

: Je pense que la clé, c’est de trouver LES bonnes personnes pour monter le projet. Mais trouver les bonnes personnes, ça veut aussi dire s’ouvrir à la diversité ! Typiquement, nous sommes quatre et complètement différents ce qui permet de nous compléter les uns les autres.

Les premières initiatives, après avoir trouvé le bon pilier, c’est de prévoir le projet au long terme. Quel est le but de ce projet finalement ? Où cela va-t-il nous mener concrètement ? Quelle sera la valeur ajoutée pour notre communauté, pour la société en générale ?

: En effet, il faut justement tracer les contours du projet que l’on souhaite créer, ce qui revient à faire des rencontres qui vont t’abonder d’expériences et influencer le projet que tu vas faire. Si tu es déterminé à lancer un projet dont tu as déjà une idée précise, alors débrouille-toi pour rencontrer des gens qui peuvent y apporter quelque chose. Si tu ne sais pas où tu vas, alors va en soirée, à des événements (y compris en ligne), parle à des gens : en rencontrant différentes personnalités, tu t’ouvriras des horizons variés.

A : Les « premiers pas à réaliser » ? Le conseil le plus simple et trivial que je pourrais donner : c’est de les faire ! Ne pas hésiter à tenter, se lancer, et voir ce qu’il advient ! Je dis cela en connaissance de causes… Je me souviens des toutes premières vidéos, la qualité de l’image était vraiment « deg », pas professionnelle et pas soignée… Mais on l’a fait parce que ça nous faisait « kiffer » ! Et c’est le point de départ à tout projet selon moi, c’est comme cela que tu peux progresser ensuite.

Wallerand : Il faut « faire, agir et tester » selon moi. Le risque est de rester dans l’abstrait et le théorique, sans doute par peur… Comme dans le sport, seul le terrain dicte ce qu’il va advenir d’un projet. Il faut tester ses idées, quitte à ce que ce soit un peu brouillon au début… C’est en faisant des erreurs sur les « versions initiales » que les suivantes s’améliorent, puis celles d’après encore, et ainsi de suite…

LPN : Aviez-vous des connaissances préalables pour la création d’un compte professionnel comme celui du Crayon sur Instagram, ou d’une chaîne YouTube. J’imagine qu’il y a des « codes » à adopter, des étapes à respecter pour voir le nombre d’abonnés augmenter… Les connaissiez-vous ? Une formation a-t-elle été nécessaire ?

: Alors là, je pense que nous pouvons tous les quatre assumer notre amateurisme en la matière ! Nous étions tous novices, et personne ne connaissait véritablement les « codes » à avoir pour ce genre d’aventure. C’est justement en testant que l’on a appris ! On fait parfois des « bides » … Mais on s’en rend compte et on rectifie la ligne de tir. Donc pas de formation pour nous. Ceci dit, on a la chance de vivre à une époque (même si cette époque comporte ses travers aussi…) où tout peut se trouver sur internet. On est jeune et il suffit de faire une recherche, de regarder une ou deux vidéos YouTube pour se faire sa propre formation !

Je pense aussi que le Covid-19 et le confinement nous ont imposé une réflexion et une introspection spécifique sur notre concept du Crayon. Wallerand et moi sommes restés ensemble pour le confinement et on a énormément travaillé sur notre projet. Même s’il faut admettre que le Covid a empêché un grand nombre de nos rencontres avec des invités…

: Pour Instagram, je pense qu’il faut soigner sa « vitrine », veiller à ce que les couleurs s’accordent bien pour donner envie de cliquer !

: Je connaissais les codes des réseaux vu mon activité précédente de community management, mais ce qui m’a le plus aidé c’est la passion que j’avais pour le monde de YouTube et d’Instagram. J’aime les formats de « vulgarisation » des sujets d’actualité, les débats politiques et les interviews. Je suis le premier spectateur du Crayon ! Donc on ne fait que façonner le média de la manière dont on aimerait consommer un média. On est des fans inconditionnels de notre industrie et on voulait apporter notre pierre à l’édifice des créateurs de contenus sur les réseaux.

En revanche, entre le moment où on a commencé et aujourd’hui, il y a un fossé. C’est bien le fait d’entreprendre qui nous a formé.

J : Pas de meilleure formation que la pratique !

LPN : Pouvez-vous présenter brièvement aux lecteurs les divers formats adoptés par Le Crayon ? Quel est votre format préféré ?

: On peut dire qu’il existe trois grands formats dans Le Crayon, et un quatrième qui devrait arriver à la rentrée prochaine. Le premier est l’interview, le second la table ronde et le dernier, le débat (souvent appelé « Ring »). Le format de l’interview couvre différents domaines : celui de la politique, de la culture, de la société, de l’entrepreneuriat.

Arrivent en septembre les vidéos de vulgarisation. Mon format préféré est le Ring car le cœur de notre projet, c’est de permettre des rencontres et des débats entre des personnalités que beaucoup de choses opposent mais dont les thématiques sont les mêmes.

: C’est vrai que le Ring est le format qui dépeint le mieux les valeurs du Crayon !

: On peut pousser nos invités dans leurs retranchements : ceux qui défendent la Superligue au foot ou bien ceux ayant une certaine idée de la « culture française » ou encore ceux qui revendiquent les bénéfices de la téléréalité …

Selon moi, le format le plus intéressant est celui de la table ronde, « Au Coeur », parce que j’ai la conviction que réunir autour de la table des personnes différentes est un chemin indispensable vers la vérité.

LPN : Caroline Fourest, Christophe Barbier, Rachida Dati, Arnaud Montebourg, Nicolas Dupont-Aignan, Bernard Cazeneuve, Cédric Villani et même Bob Sinclar… Donnez-nous votre secret ! Comment réussir à faire venir autant de personnalités célèbres, et appartenant aussi bien au monde de la musique qu’à celui de la politique ?

: Le plus incroyable… C’est qu’il n’y a pas vraiment de « secret ».

: C’est notre boulot ! Plus sérieusement, je pense que le fait d’être très respectueux, rigoureux et bienveillants aide forcément. C’est même la base. Et c’est d’ailleurs le compliment que nous avaient fait Caroline Fourest et Nicolas Dupont-Aignan : on est différent. On s’adresse aux jeunes, on apporte cette fraicheur au monde des médias, et ça fait du bien. Le temps de parole qu’on leur accorde fait également plaisir, c’est plus intéressant que la ridicule minute trente qu’ils ont sur les plateaux télé traditionnels.

: On envoie des mails, parfois des « DM » sur Instagram, des Tweets… Et puis, on a aussi beaucoup de chance. En réalité, ce sont les « débuts » qui sont complexes… Mais une fois que la machine est lancée, il n’y a plus qu’à ! Najat Vallaud-Belkacem était l’une des premières à apparaître au Crayon, en tant que personnalité politique, après Jordan Bardella. Or une fois que ces premières personnalités ont accepté nos invitations, on a gagné en crédibilité et en notoriété.

: Oui on se renseigne au préalable sur nos invités, sur leurs livres, sur leurs travaux : c’est ce qui donne de la légitimité à notre travail et permet de faire venir des invités connus et reconnus. Il arrive d’ailleurs que l’on soit recommandé par d’anciens invités.

À côté de cela, je pense que notre particularité fait notre force. Au Crayon, on ne fait pas dans la complaisance, on propose des débats contradictoires, on confronte des opinions totalement opposées…

LPN : Votre plus belle rencontre/interview ?

: Je ne sais pas si les « débuts » sont toujours plus marquants car il s’agit justement de la découverte… mais ma plus belle rencontre reste Najat Vallaud-Belkacem. Elle m’est apparue assez impressionnante tout en étant accessible. Elle a un véritable charisme selon moi, qui transparaît même lors d’une simple discussion ! Mais je dois avouer que ma rencontre avec Cédric Villani était incroyable, surtout pour un mathématicien dans l’âme comme moi… Enfin, Bob Sinclar reste et restera une légende musicale. D’ailleurs, petite anecdote à propos de cette star des platines : lorsque l’on s’est retrouvé dans le minuscule ascenseur tous les deux, après l’interview, il m’a tout bonnement demandé si sa prestation avait été convaincante, en gros, s’il n’avait pas été « trop mauvais ». Ce n’est qu’après que j’ai réalisé que Bob Sinclar m’avait demandé, à moi, s’il était bien passé à la caméra… J’ai trouvé ça fou et me suis dit que j’avais une chance incroyable !

: Pour moi, c’est l’interview avec le fondateur de SensCritique, Guillaume Boutin, qui m’a le plus marqué. Les sujets sérieux et d’actualité ne sont pas réservés aux politiques ! Dans cette vidéo, on parle de l’avenir du cinéma, avec l’avènement de plateformes comme Amazon ou Netflix… L’analyse de Guillaume est d’une pertinence que j’ai rarement vu dans ma courte vie et je recommande la vidéo à tous ceux qui s’intéressent au cinéma ou aux plateformes. Je glisse également une de ses phrases mythiques, à retrouver dans l’interview : « les mecs qui vendaient des bougies ont fait faillite quand l’électricité est arrivée car ils ont oublié que leur travail n’était pas simplement de vendre des bougies, mais d’allumer la lumière ».

LPN : Quel est le statut juridique du Crayon actuellement ? Et comment imaginez-vous Le Crayon dans 5 ans… voire 10 ans ?

: Pour l’instant, nous sommes encore une SAS (Société par Actions Simplifiées) « en formation » mais dans quelques semaines, on aura le statut définitif de SAS.

Contrairement à ce que certains pensent, la « YouTube monnaie » n’est pas ce qui nous fait gagner le plus aujourd’hui… Elle ne nous rapporte qu’une centaine d’euros par mois. Cependant, on peut gagner notre vie en faisant de la production de contenus publicitaires, d’émissions, de contenus d’entreprises ou de contenus média.  

Dans dix ans, j’espère que Le Crayon sera un média français reconnu et bien implanté. Un média qui aura plusieurs cordes à son arc, qui produira plusieurs émissions variées et pourquoi pas, qui aura sa propre chaîne de télévision ! Bref, j’aimerais que Le Crayon devienne une marque à part entière, qu’il évoque la diversité d’opinions dans l’esprit des gens. 

Crédit image : Le Crayon. De gauche à droite : Jules, Wallerand, Antonin et Sixtine