Vie du campus

Detachment – Tony Kaye

Detachment 1
Henry Barthes est remplaçant, un de ces profs de passage qui permettent aux élèves de suivre normalement leur programme d’anglais en attendant le prochain titulaire. Dans un lycée au niveau déclinant, où les élèves règnent en maîtres, il creuse tout de même son trou, parvenant à apporter une certaine douceur entre les violences verbales et les crises de nerfs de professeurs. Mais du fait de sa position provisoire, Henry se doit de garder un certain détachement à l’encontre de ceux qui l’entourent. C’est donc une violente critique du système scolaire américain que nous livre Tony Kaye avec Detachment, très bien épaulé dans sa tâche par le jeu d’Adrien Brody.

De grands noms qui provoquent immanquablement une attente particulière. Et on ne pourra nier que le film est beau. Tony Kaye exploite bien sûr une bonne partie des possibilités offertes par sa caméra, jouant notamment de l’aspect documentaire que peut donner cette façon de faire parler Brody et de vrais professeurs seuls, face au public, ou bien de la rapidité de certaines scènes et des plans rapprochés sur les visages des protagonistes. Le personnage de Henry quant à lui est attachant – forcément -. Parachuté « là où il y a du travail », il parvient à se faire respecter sans trop de mal. On le suit plus loin, dans sa vie personnelle, où il lutte, toujours, comme un funambule qui tenterait d’équilibre ses sentiments pour les personnes qu’il côtoie et sa volonté de rester seul et secret. Il incarne en fait une espèce d’éthique de la chevalerie, de la noblesse dans son sens premier, allant jusqu’à recueillir une jeune prostituée pour tenter de la remettre sur les rails.

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Bien sûr, l’analyse se veut fine, s’attachant aussi bien au foutoir émotionnel des adolescents qui ne trouvent que l’insolence et la violence comme parade à leur peur du futur, qu’à l’incapacité patente des enseignants de fournir une réponse et un soutien à peu près valables à ces jeunes. Mais finalement, la caricature est trop grosse pour satisfaire le spectateur. Les parents, grands absents du film, se voient attribuer toute la responsabilité de cette perte de repère de la jeunesse américaine, tandis que Henry est l’incarnation des quelques héros qui se battent encore pour sauver la jeunesse. Mais c’est bien là que le scénario pêche. A trop jouer sur les contrastes entre les bons et les méchants, entre les réussites et ceux qui se plantent sans espoir de retour, le film s’embourbe, étouffe le spectateur et risque de le lasser.

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On ressort marqué, certes, choqué par le message communiqué une heure quarante de long. Mais aucun instant pour souffler n’est accordé. Et l’accumulation permanente finit par manquer son but : on quitte la salle avec un sentiment de trop, trop de violence, trop de larmes, trop d’incapacité, trop de désespoir et aucun moyen d’en sortir vraiment. Dommage, il y avait pourtant une tentative d’insuffler un peu d’espoir dans les dernières tirades de Brody.

One Comment

  • Je ne suis pas d’accord. C’est un film qui tombe peu dans les nombreux stéréotypes qu’aurait pu créer un tel scénario. Une histoire d’amour avortée, des profs ni complètement dépassés ni tous désespérés, et surtout un héro pas si « gentil » que ça. Un Adrien Brody génial, pas sentimental, pas héroïque, « détaché », justement. Même si certains clichés restent, c’est un excellent film, pas vraiment drôle c’est vrai, mais pas « trop ».

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