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Blogbusters #4 : Analyses politico-sociologiques

Aux quatre coins de la planète, nos expatriés découvrent des modes de vie et des systèmes politiques éloignés au possible de ce à quoi nous sommes habitués. Et, comme tout bon sciencespiste qui se respecte, ils décrivent, tentent de comprendre, d’analyser, d’expliquer. Cette semaine, Loona nous rapporte une métaphore parlante sur la formation de la République de Malaisie, Arnaud nous fait un portrait chinois de Poutine et Mathieu nous livre son analyse sur la communauté expat’ au Cameroun.

Loona à Singapour

You know, it’s like your father gives you a new home key, and says “this is your independence, but you have to be home by ten”.

Les chauffeurs de taxi ont le sens de la métaphore pour expliquer la formation de la République de Malaisie avant l’indépendance de Singapour en 1965. Après plusieurs exclamations dès que ces derniers prennent connaissance de notre statut d’étudiant en échange en sciences politiques, une vérité générale s’esquisse : les expatriés sont de véritables exutoires à confessions politiques intimes, ce qui prouve par la même occasion que l’autochtone est relativement lucide sur la situation politique de son pays.

Bonus : Photo du National Day

Les feux d’artifice en forme de cœur vont bien avec le concept de république autoritaire.

Arnaud à Saint Petersbourg

Quel serait le portrait chinois de Vladimir Poutine ?

Le président Russe est à l’image de son pays, dur à cerner mais semble-t-il facile à caricaturer, paradoxal et insaisissable tant il est dur de prédire sa stratégie et son comportement. Vladimir Poutine se présente à la fois comme l’un des derniers véritables démocrate sur terre (« Depuis la mort de Mahatma Gandhi, je n’ai plus personne à qui parler » a-t-il une fois déclaré) tout comme le bouclier protecteur de la Russie éternelle face à ses déviances et aux ennemis extérieurs.

Aussi colle t-il parfois parfaitement à l’image de l’Ours russe en froid avec l’occident et hostile à ce qui quiconque vienne le déranger dans sa caverne de roi de la forêt. Autant ses partisans aiment à rappeler sa proximité avec la population lorsqu’il oblige les oligarques à ne pas fermer une usine, son grand cœur démontré par exemple dans son engagement dans la protection de la nature, auprès des tigres et surtout des bélougas, dont il s’est érigé en tant que protecteur international. Ne l’a t’on pas d’ailleurs vu voler récemment avec des oiseaux migrateurs ou bien verser une larme le jour de sa réélection ? Poutine serait-il finalement humain et pétri de bonnes intentions, au contraire de ce qu’affirme toute la presse occidentale ?

(Article complet à lire ici!)

Mathieu à Yaoundé

Etre blanc au Cameroun, c’est une sacrée expérience. Devinez quoi : il y a surtout des noirs. Au Cameroun hein, je ne prétends pas parler pour l’Afrique, et mes propos concernent Yaoundé. Le rapport aux blancs peut changer énormément d’un pays à l’autre, d’une région à l’autre même. Même, s’il doit y avoir quelques constantes, il y a aussi les particularités locales. Je ne prétends pas en faire un inventaire exhaustif, mais donner quelques aspects de ma condition de « toubab », « atango », et puis le classique « le Blanc ». Prononcez « leblon ».

L’objet de notre étude.

Ce qui définit avant tout le Blanc, c’est l’argent. Le Blanc mange l’argent, les zéros. Le Blanc vient « d’en haut », c’est-à-dire l’Europe, terre de cocagne où l’argent coule dans les robinets, où tout le monde est heureux et la vie facile. Cette idée est très bien entretenue ici…par les blancs.
Je veux pas cracher sur la communauté expat’, mais un peu quand même. Le blanc est toujours derrière le volant de son énorme 4×4. Je suis mauvaise langue : dans le quartier diplomatique/chic on peut croiser le Blanc en train de faire son jogging. On croise aussi le Blanc en boîte. C’est généralement un vieux quinquagénaire dégueulasse, le cheveu rare et filasse plaqué en arrière avec du gel, une pétasse aux seins refaits dans un bras, une bouteille de champagne devant lui dont le prix est équivalent au salaire moyen. Sur les plages exotiques du pays, les blancs sont exclusivement des touristes sexuels. Dans les supermarchés occidentaux, le prix de certains aliments importés permettrait de nourrir une famille pour un mois. Et Josie, la peau cramée, teinte platine, remplit son caddie d’un air satisfait, faisant signe à un boy de porter ses courses jusqu’à sa voiture. La perpétuation parfaite de la société coloniale. Les expatriés de long-terme sont clairement un groupe d’énormes beaufs imblairables. Les borgnes sont rois etc.

Alors oui, le blanc a « l’argent ». Et c’est carrément faux-cul de cracher sur les vieux blancs vicelards comme je viens de le faire. Je vis en moyenne avec 250-300 euros par mois, et comme un pimp. J’ai envie de quelque chose, je l’achète. Je ne cuisine jamais, je mange exclusivement ce qu’on me prépare. Je peux payer des tournées de bières sans aucun remords pour la suite du mois. J’ai les moyens de voyager uniquement en taxi-course.

En faisant vraiment gaffe, je pourrais si je voulais dépenser 100euros par mois. Loyer compris hein. Mais je le fais pas, parce que soyons honnêtes, c’est tellement bon d’être riche. Quand ton pouvoir d’achat est multiplié d’un coup par 10, que tu n’as plus à compter tes sous comme un rat, c’est très facile d’acheter tout ce qui te fait envie. Je veux une bière ? 80 centimes. Un repas ? Idem. Une course de taxi d’un bout à l’autre de la ville ? 3 euros. Etc… Alors oui, je suis le blanc, et j’ai la thune.

J’étais prompt à vilipender au départ ces vieux pépés malins qui pullulent ici. Mais l’argent ça vous change un homme facilement quand il n’y a plus besoin de le compter. Quand je les vois, ce sont Raoul et Simone qui habitent sous un ciel gris à Champétron-sur-Oise, dans un pavillon exigu avec un jardin moisi où le gazon se noie dans la boue. Leurs gosses sont chiants et demandent en permanence une thune qu’ils n’ont pas, pour payer des études sans fin et sans avenir. C’est dans leur R5 qu’ils vont au Carrouf du coin remplir leur coffre de malbouffe. Raoul ne bande plus depuis dix ans.
FLASH BAM, ils se sont téléportés au Cameroun.

Raoul roule maintenant dans un 4X4 et fume des cigares. Avec Simone, ils ont une villa énorme avec piscine dans le quartier le plus huppé de Yaoundé. Ils ont une cuisinière, un homme à tout faire, un vigile. Raoul va aux putes, celles de luxe merci, qui coûtent 15 euros la nuit. Simone attire les regards admiratifs dans la rue, elle est blanche quoi, et peut se payer aussi quelques beaux jeunes hommes bien membrés. (véridique, c’est un tourisme sexuel dont on parle trop peu). Il y a du soleil toute l’année. Que demande le peuple ?

Ainsi, dans une société africaine profondément utilitariste, et en plus dans une capitale où l’argent est l’alpha et l’oméga des relations, on comprend que le blanc suscite une foule de sentiments, de passions et discours.

Il y a un Raoul et une Simone en chacun de nous.

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