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Tribune d’Etienne Combier sur OccupyBoutmy

Après deux nuits d’OccupyBoutmy, que vous avez pu suivre sur Twitter grâce aux #AGSciencesPo et #OccupyBoutmy, LaPeniche publie ce matin la tribune d’Etienne Combier, ancien étudiant à Sciences Po et coordinateur éditorial de Francekoul.com.

Cette AG et l’occupation qui s’en est ensuivi sont pour moi une imbécillité sans nom. Si les revendications de transparence étaient pour le moins légitimes, à savoir simplement connaître le projet des candidats et d’avoir un débat, je trouve que les syndicats ont dépassé les bornes.

Il n’a jamais été question que les étudiants choisissent leur directeur, et il n’en sera jamais question. Les appels à la démission de J-C Casanova et à la relance de la procéduren’aboutiront qu’à ridiculiser, une fois de plus, Sciences Po dans les médias.

Les syndicats se gargarisent d’avoir eu une dépêche AFP, un toptweet et des reportages fait par quelques chaînes de télé, mais oublient un fait essentiel : leur « révolte » n’est rien. Sciences Po et ses étudiants passent pour des enfants gâtés, qui apparaissent dans les médias simplement parce que ces mêmes médias ont de nombreux anciens étudiants en leur sein. Le sentiment de médias de classe n’en est que renforcé, ce qui nuit profondément à la réputation de l’école.

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Top tweet du lendemain. (Capture d’écran, 28 février)

Certes, Sciences Po n’est pas une école parfaite. Certes, R. Descoings puis H. Crès ont été épinglés pour de la gestion plus que douteuse. Mais est-ce le moment d’en rajouter une couche et d’occuper les médias (Boutmy compris) alors que d’autres conflits sociaux d’une importance largement supérieure sont en cours de déroulement ? Les médias eux-mêmes ont également une responsabilité dans la couverture de cet événement.
L’importance accordée pour cent étudiants bloquant un amphi est démesurée comparée à d’autres conflits étudiants, comme celui de Lyon II en 2008, qui avait été sous-exposé alors que l’ensemble de l’université a été pénalisée pendant six mois. Doit-on provoquer autant de jalousie autour pour avoir des revendications entendues ?

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Le début d’OccupyBoutmy. Crédit : Page Facebook David Colon

Plutôt que de se laisser aller à une occupation stérile et la volonté de changer le monde en un soir, la solution aurait été simplement de s’en tenir à obtenir les projets et à pouvoir contester
– éventuellement – les résultats a posteriori. Les conseils ont un pouvoir tellement grand qu’il est inutile de croire que les étudiants ont leur mot à dire. Certes, ce constat est opposé à la grande logique syndicaliste qui veut que tout étudiant doit avoir son mot à dire. Elle va même jusqu’à proposer une deuxième nuit consécutive d’occupation, qui, malgré l’organisation de commissions n’aura apporté ni plus, ni moins que la première. Tout juste un moment pour les syndicalistes de danser ensemble dans la joie et la bonne humeur. Comme celui de se marrer un bon coup, en jouant aux révolutionnaires.
Personnellement, il me semble que tout ceci est allé bien trop loin.

Etienne Combier

23 Comments

  • Sconnie

    Coucou !

    Je n’ai pas pour habitude de répondre aux commentaires sur lefigaro.fr mais puisqu’ils se sont déplacés jusque sur LaPeniche… Je vais essayer d’être concis en répondant à la critique par trois arguments.

    1) Les étudiants ont leur mot à dire dans la procédure de désignation du directeur. C’est le sens même de nos statuts qui prévoient que le directeur de l’IEP est proposé au MESR par le Conseil de direction (CD) de l’IEP, CD composé d’un quart d’élus étudiants. La revendication portée par l’AG (qui, au passage, n’était pas constituée uniquement de syndicalistes, loin s’en faut) est donc légitime. En outrepassant son rôle, le comité de recherche a piétiné celui de CD et par ce biais le droit de regard et de décision des étudiants via leurs élus a été bafoué.

    2) La deuxième et à vrai dire primordiale revendication de l’AG est transparence et la démocratie de la procédure de désignation. Seul ce mouvement l’a portée, alors qu’il s’agit non seulement d’une obligation légale en matière de nomination aux postes de la fonction publique et une condition sine qua non de la légitimité du directeur. Chaque étudiant à Sciences Po l’aura sagement appris dès la première année : il n’y a pas de pouvoir sans légitimité. Pour diriger un établissement de la taille et de l’enjeu de Sciences Po, de surcroît après la crise traversée, il est indispensable que le choix effectué soit indiscutable. Démocratie et transparence ne sont donc pas seulement des principes auxquels chacun devrait adhérer en république, c’est également une condition de l’efficacité. Les nier constitua un manque de responsabilité de la part de JC Casanova et l’AG a eu 100% raison de se battre pour eux jusqu’au bout.

    3) L’occupation de Boutmy de nuit n’était pas un acte de dangereux gauchistes mais une stratégie visant à augmenter le rapport de force nécessaire à faire aboutir des revendications. Et cette stratégie fut judicieuse et a apporté des résultats. En effet, elle a permis d’attirer l’attention de la presse, éclairant ainsi les problèmes dénoncés aux yeux de la ministre et du futur directeur. La ministre aura son mot à dire sur la nécessaire refonte des statuts et elle sait qu’elle sera observée en la matière. Le directeur (qui sera très probablement nommé) se voit maintenant, parce que mis sous les projecteurs, responsable envers les étudiants et devra donner des garanties. Sans l’occupation de l’amphi, cette pression que l’on appelle rapport de force n’aurait pas été aussi importante. Le directeur aurait non seulement été illégitime, mais en plus, les mains libres.

  • Mister O

    Non mais c’est vrai quoi, comment des étudiants peuvent ils être assez cons pour s’intéresser à l’avenir de leur école ? ça ne les concerne absolument pas ! Il faut vraiment être débile pour s’opposer à la cooptation des petits copains et exiger que le nouveau directeur ait les qualifications requises… Mais enfin, l’avenir universitaire ne concerne ni les étudiants ni les salariés…

  • Etudiante

    Il n’a JAMAIS été question que les étudiants votent pour le futur directeur, il est seulement question ici de dénoncer l’opacité d’un processus de nomination inacceptable dans notre pays et notre institution. D’ailleurs de nombreuses personnes admettent penaudement qu’on ne sait rien du projet de Mion. Si les choses telles qu’elles sont vous conviennent et bien dormez sur vos deux oreilles, pardonnez-nous de nous insurger contre des pratiques de cooptation immondes ainsi qu’un type méprisant les étudiants, allant jusqu’à leur adresser ces mots : « savez vous comment dit on démission en italien? Vaffanculo! ». Je vous laisse seuls juges de ces propos fleuris.

  • Tibo

    Yen a marre des Che Guevara en carton. S’ils veulent faire la révolution qu’ils aillent à Nanterre mais qu’ils ruinent pas l’image de Sciences Po. Ok il y a des problèmes de transparence etc etc mais l’occupation de Boutmy est juste pitoyable. C’est pas Sciences Po occupé c’est Sciences Po occupé par le FDG, les dreadlocks et les idéalistes marxistes à forte tendance acnéique.

  • Carlotta

    Mais oui c’est vrai, pourquoi donc Sciences Po devrait fonctionner de façon transparente et démocratique ? C’est tout à fait absurde. Pourquoi ces manifestations de la part des étudiants (qui ne sont pas tous à l’UNEF) ? Ils ne peuvent pas rester tranquillement dans leur cours de droit administratif ou de philosophie politique, au lieu de se poser des questions sur la façon dont fonctionne leur établissement ?
    Ah pardon, ils ne sont pas d’accord mais ils préfèrent juste dire « c’est trop nul » sur Facebook (ou en commentaire sur La Péniche), c’est vrai que ça au moins ça n’est pas un moyen trop bruyant de se faire entendre, on ne prend pas le risque que ça fasse changer les choses trop brusquement.

    Pourquoi est-ce important que ça se retrouve en une du Monde ? Peut-être parce que Sciences Po représente, dans l’imaginaire collectif de millions de Français, l’école des gens qui prendront des décisions politiques majeures dans les années à venir. Ce n’est pas vrai pour tous les étudiants, mais votre grand-mère est quand même persuadée que vous allez devenir Président/e de la République.

    Alors oui, c’est important de faire du bruit et de donner cette image des étudiants de Sciences Po, parce que c’est une façon de dire à ceux qui voient en nous de futurs dirigeants que nous ne voulons pas être les mêmes que ceux qui nous dirigent aujourd’hui.

    Je n’ai pas pu participer à ces manifestations, je ne fais pas partie de l’UNEF, je ne vote pas UNEF et ça ne m’empêche pas d’être fière que des étudiants s’opposent de toutes leurs forces aux dysfonctionnements de notre école.

  • Gauss

    Eh, au-delà de la question de la procédure, Casanova et ses potes ont justifié leur maintien à la tête de Sciences Po grâce à leur bilan « positif » au cours des dix dernières années. Alors certes, le bilan est clinquant, on s’en gargarise. Cependant ces résultats n’ont été permis que par un endettement insensé de Sciences Po. Autrement dit, pour avoir cette croissance hors du commun en dix ans, ils ont compromis le financement du fonctionnement et des projets de l’école dans les années à venir. C’est précisément ce que nous a reproché la Cour des Comptes, et qui a provoqué la dégradation de l’image de Sciences Po auprès de l’opinion publique. Aujourd’hui, avec la nomination de Mion, on a rien trouvé de mieux que de reconduire l’équipe qui est responsable de ce préjudice porté à Sciences Po.

  • AVA

    @Someone: Cher Monsieur, Chère Madame, pensez à vous déconnecter de tout ce qui se rattache à notre école; votre remarque est au moins aussi constructive que la méthode des étudiants pseudo-révolutionnaires. Nous ne voudrions pas que vous perdiez votre temps à suivre les déboires de notre Ecole. Très cordialement.

  • Someone

    Rappelez moi de ne jamais embaucher un science po si je devais l’oublier un jour.
    Fils à papa incompétents, que vous reste il maintenant que vous avez fini de ruiner le vernis qui faisait la valeur de votre école ?

  • Vic

    Entièrement d’accord… Les étudiants ne sont pas assez qualifiés pour avoir leur mot à dire dans la sélection de notre directeur. Les demandes de transparence sont entièrement justifiées mais les méthodes utilisées par les syndicats sont tout bonnement ridicules. Une fois de plus, c’est l’image de notre université qui en pâtit. Un peu de tenue!

  • Carlos

    Et puis franchement, qu’est ce qu’on peut bien en avoir à faire que la procédure soit transparente et démocratique ? Ca changera quoi ? Vous l’aviez choisi, vous, RD ?

  • guillaume

    Le plus rageant, c’est qu’une trentaine d’opportunistes souhaitant à tout prix avoir une couverture médiatique qui sont à peine légitimé par 20 pour cent de la promo peuvent à ce point avoir une démarche si égoïste et si contre productive.
    C’est une honte envers tous ceux présents dans cette institution.
    Pour danser sur les tables et former une « comission affiche » y’a du monde, mais pour avoir des vraies idées et une vraie conscience politique, y’a plus personne

  • Sylvain

    Contester le non respect de la procédure, oui. Ça a déjà été fait. Elle a été respectée.
    Contester les choix des représentants, non. Demander un débat public est hors de propos, CE N’EST PAS UNE ÉLECTION bon sang.

  • Tanguy

    Enfin un peu de bon sens… 2013 étant une année sans élection nationale, il fallait bien un petit exercice pour nos amis de l’UNEF. Sérieusement c’est ridicule. Ce genre de révolte 2.0 à grands coups de Twitter et de coups de fil aux médias (nan mais vraiment Occupy Boutmy en page d’accueil du monde.fr ?) me dégoute. La médiatisation de ce truc n’a pas lieu d’être.
    Et puis cette banderole « Sciences Po en lutte ».. le mot « lutte » n’a rien à voir avec ce que vous faites. Bref il serait temps de murir plutôt que de jouer à la dinette syndicale.

  • Antoine

    « Mais est-ce le moment d’en rajouter une couche et d’occuper les médias (Boutmy compris) alors que d’autres conflits sociaux d’une importance largement supérieure sont en cours de déroulement ? »
    > Interdisons toutes les manifestations tant qu’il y a toujours de la faim et le SIDA dans le monde, alors. Il y a toujours des conflits sociaux d’une « importance supérieure », et personne n’a à s’excuser de ne pas être d’accord, de refuser une nomination opaque, politique et infondée d’une personne qui déterminera le parcours de dizaines de milliers d’étudiants.

    • Margot

      « – Qu’est ce qui est plus horrible qu’un caillou dans ta chaussure ?
      – …
      – La Shoah »

      Tout ça pour dire que j’approuve ton point de vue.

  • Tibo

    Bien sûr, il fallait laisser faire et contester ensuite. Laisser Fioraso face à Casanova, et donner l’impression qu’il n’y a aucun souci quand des vieillards corrompus continuent à faire leurs affaires entre eux, se moquer des étudiants, des enseignants, des salariés, et même des ministres, et espérer qu’un recours fonctionne ensuite. Comme si Casanova et Pébereau, riches népotes qui refusent l’idée même de démissionner (ou, plutôt, de partir en retraite), allaient ensuite suivre les règles établies… Comme si les conflits d’intérêt patents dans l’école de journalisme (Patino…), les cercles de direction (la veuve de Richie a toujours le même salaire et les mêmes primes ?) ne suffisaient pas et que rajouter un élément avec le gars de Canal était une bonne idée.
    Ta tribune est assez étrange et montre que tu ne comprends pas vraiment ce qui se passe.

    • L'auteur

      Attention au malentendu. Je ne nie pas que l’administration est pourrie de l’intérieur, ni que Casanova et Pébereau ont fait leur temps. Ceci dit, c’est la méthode qui est critiquable.
      Les regards sont braqués sur vous, très bien. Mais que montrent-ils ? Du mépris, pour la plupart. Si crise il doit y avoir, pourquoi doit-elle être bruyante à ce point ?
      Ce n’est pas une occupation qui changera les choses. La preuve, Pébereau a perdu la direction du Conseil de Direction sans aucune manoeuvre étudiante.

  • Emile

    Très bon article. Occupy Boutmy, ou La fronde mené par un directeur du collège universitaire opportuniste refoulé et des syndicats qui ne représentent que leur arrière train.

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