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Sur les pas d’Hemingway

Découvrir le Paris du temps d’écrivain américain Ernest Hemingway

« Tel était le Paris de notre jeunesse, au temps où nous étions très pauvres et très heureux ». Paris, ses cafés, restaurants, rues et parcs étaient pour l’écrivain Ernest Hemingway l’environnement parfait pour exercer son activité créatrice. Quand Hemingway vivait à Paris dans les années 20, la ville l’a façonnée, mais il l’a aussi influencé lui-même. À l’époque, on n’avait pas besoin d’être aisé pour croquer la vie à pleines dents à Paris. Hemingway était d’abord un correspondant à l’étranger, mais après avoir arrêté de travailler comme un journaliste, il rencontrait des difficultés à vendre ses nouvelles. Ses difficultés pécuniaires ne l’empêchaient quand même jamais de mener une vie très heureuse et excessive. Quand Hemingway retourna à Paris dans les années 50, il décida de ramasser tous ses journaux intimes et notes et écrire un roman sur sa vie à Paris. Dans ce roman, intitulé « Paris est une fête » (« A moveable feast » en anglais), il raconte des anecdotes sur ses rencontres avec d’autres artistes et écrivains qui ont marqué les esprits, et sur la vie qu’il menait à Paris. Dans le livre entier il parle de manière affectueuse d’établissements et lieux spécifiques qui faisaient partie de son quotidien. Pour apprendre comment ces lieux ont changé, j’ai visité les endroits essentiels.

Les bouquinistes des quais de Paris (Quai des Grands Augustins jusqu’à Quai de Voltaire) 

Se promener autour des quais et trifouiller dans les livres des bouquinistes est devenu une grande tradition touristique aujourd’hui. Déjà dans les années 20, Hemingway aimait se promener sur les quais quand il devait réfléchir.

Square du Vert-Galant sur l’Île de la Cité

Hemingway décrit le square comme ‘un petit parc avec des grands marronniers’ qui avait ‘des places excellentes pour pêcher’. Il aimait s’asseoir au soleil avec un litre de vin, du pain et des saucisses, lire et regarder les pêcheurs. ‘Avec les pêcheurs et la vie sur le fleuve, (…), les ormes et les peupliers isolés, je ne pouvais jamais me sentir seul’. Il y a un saule pleureur tout au bout du parc dans l’ombre duquel on peut s’asseoir et pêcher (il faut un permis de pêche aujourd’hui). Pour arriver au parc il faut prendre un escalier en pierre qui mène aux Vedettes du Pont Neuf.

Shakespeare & Company 

La bibliothèque/librairie originale de Sylvia Beach se trouve au 12 rue de l’Odéon. Aujourd’hui s’y trouve un magasin de vêtements, seul une plaquette rappelle que c’est la maison dans laquelle Sylvia Beach publia ‘Ulysses’ par James Joyce. La rue est tout de même pleine de petites librairies indépendantes. Beach fut obligée de fermer son magasin pendant l’occupation allemande et ne l’a jamais rouvert. Le nouveau Shakespeare & Company fait face à Notre Dame et a ouvert en 1951 comme un hommage à la librairie de Sylvia Beach. Beach a autorisé le propriétaire à reprendre le nom, et comme l’ancien S&C le nouveau magasin est devenu un centre de rencontre et une sorte de sanctuaire pour les écrivains anglophones et francophones. À l’époque, Hemingway était trop pauvre pour acheter des livres, donc il les empruntait à Sylvia Beach. Il décrivait le magasin comme ‘chaud et enjoué, avec un grand poêle, des tables et des étagères pleines de livres, des nouveaux livres dans la vitrine et photographies d’écrivains connus, morts et vivants, sur le mur’. Sylvia Beach devint une bonne amie d’Hemingway ; il écrit que ‘personne que je n’ai jamais connu n’a était plus gentil avec moi’.

Brasserie Lipp/Deux Magots

Vous connaissez tou.te.s ces établissements célèbres à deux pas de Sciences Po. Hemingway allait à la Brasserie Lipp ou au café des Deux Magots quand il voulait se faire du bien, une fois qu’il était payé pour une nouvelle par exemple. Un de ses déjeuners préférés consistait en deux portions de pommes à l’huile, un cervelas, et une bière. Aujourd’hui, les deux endroits sont restés assez chers mais authentiques. Cependant, on n’y trouve guère plus d’artistes, les lieux sont devenus aujourd’hui très touristiques.

Restaurant Michaud 

Aujourd’hui ce restaurant s’appelle Le Comptoir des Saints-Pères que vous avez certainement déjà croisé si vous avez des cours à la 28 Rue des Saints-Pères ou à la 13U. À l’époque, c’était un restaurant assez cher, le préféré de l’écrivain James Joyce où il dinait avec sa famille tous les jours. Scott Fitzgerald a un jour invité Hemingway à y diner.

74 Rue du Cardinal Lemoine 

Hemingway y habitait pendant presque deux ans, de 1922 jusqu’à 1923 avec son épouse Hadley au troisième étage. Il y avait un bal-musette attenant dont le propriétaire était un ami d’Hemingway. Aujourd’hui il s’y trouve une librairie et un magasin de vêtements. Une petite plaquette au mur confirme que l’immeuble est celui de l’ancien appartement de Hemingway. Hemingway décrit qu’à l’époque, c’était un quartier assez pauvre.

Le bâtiment est situé à deux pas de la place de la Contrescarpe et la rue Mouffetard, décrite comme une ‘ruelle magnifique, étroite, peuplée’. Durant l’été, quand les fenêtres étaient ouvertes, une pestilence terrible s’échappait de la rue. Aujourd’hui pourtant, la rue Mouffetard est une rue appréciée des promeneurs, qui passent devant des petits crêperies, cafés et bars. La place de la Contrescarpe est bordée quant à elle de cafés, des boulangeries et des glaciers.

La Closerie des Lilas 

Hemingway habitait dans une rue parallèle, la rue Notre-Dame-des-Champs. La Closerie était son café préféré pour écrire. Ce n’était pas un café où on allait ‘pour être vu’ comme les cafés au carrefour du Boulevard Montparnasse et du Boulevard Raspail, on y pouvait écrire sans être dérangé. Deux des serveurs étaient des amis de Hemingway. Dans l’été, il aimait s’asseoir dans l’ombre des grands arbres. Aujourd’hui, la Closerie des Lilas est une petite oasis verte, cachée derrière des plantes diverses. Si on s’assoit ‘au bar’ (une des tables en bordure), un café crème ne coûte que 2,90 € – un prix assez abordable pour un café dans le 6ième arrondissement. Tout l’ameublement et l’atmosphère donnent l’impression que les choses dans la Closerie n’ont guère changé depuis le temps de l’illustre écrivain.

Jardin du Luxembourg 

Après qu’Hemingway ait arrêté avec le journalisme, personne ne voulait acheter ses nouvelles et il devrait s’en tirer avec très peu d’argent. Hemingway allait au Jardin du Luxembourg pour se promener et se distraire de la faim car il n’y avait pas d’odeur de la nourriture dans les allées du Parc.

Dingo American Bar &Restaurant (10 Rue Delambre)  

La première rencontre de Hemingway et Scott Fitzgerald se déroula ici. Hemingway raconte que Fitzgerald avait bu trop de champagne, parlait trop et se comportait de manière très bizarre. Aujourd’hui il y a à la place un restaurant italien huppé (L’Auberge de Venise), mais ils offrent encore des « Cocktails Ernest Hemingway » (Irish Coffee façon Hemingway 12€, Long Island Iced Tea 10€). En plus ils ont gardé l’ancien nom à côté du nom actuel. Pourtant, on a l’impression que ce sont moins des preuves de l’authenticité du lieu que des mesures plutôt tactiques pour attirer des touristes.

27 Rue Fleurus 

Ici se trouve l’ancien appartement de Gertrude Stein, écrivaine américain, qui y a habité pendant 35 ans et recu de nombreux artistes et écrivains, dont Hemingway, Fitzgerald, Picasso et Miró. Elle décrivait le groupe d’auteurs américains expatriés à Paris comme « La génération perdue ». De l’extérieur, l’immeuble ne diffère pas des autres batiments dans la rue, mais une plaquette confirme que Stein y a vécu avec son frère, puis avec l’écrivain Alice B. Toklas.

Bien que certains endroits aient un peu perdu de leur charme artistique et soient devenus des lieux beaucoup plus appréciés par des touristes, on peut se sentir assez proche de Hemingway en faisant cette promenade au cœur de la rive gauche. Mon coup de cœur personnel était la Closerie des Lilas qui n’a pas perdu le charme décrit par Hemingway. Par ailleurs, la perception de rues et des places bien connues peut vite changer en imaginant leur passé et leurs anciens habitants. Longer la Seine et les bouquinistes, ou s’asseoir au Square du Vert-Galant ou à la Place de la Contrescarpe peuvent ainsi devenir des plaisirs retrouvés.

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