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Stage d’intégration : premières impressions d’une première à Sciences Po

En tant que jeune membre de la maison, la première arrivée officielle dans l’amphithéâtre Emile Boutmy ne s’oublie pas. Tout comme la matinée en Péniche. Boutmy fut un éminent personnage, c’est désormais un lieu mythique. Un endroit où l’on n’ose toucher à rien, et surtout pas à la vieille barre de métal en dessous des tables qui empêche de croiser ses jambes…

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L’amphithéâtre Boutmy. Photographie : Lina Skoglund

Déjà dans le bain associatif et des crédits ECTS

Peu de temps après le début de la réunion d‘informations générales, il y a déjà ce regard plein d’amour vers le lion et le renard, sur les baies vitrées. Et puis la présentation du doyen, de l’équipe administrative, pédagogique, celle du cursus, à l’attention des admis ayant candidaté pour la beauté du geste sans doute… On se laisse bercer, prenant quelques notes. On jette un œil sur ses voisins, spéculant sur les futurs candidats aux concours de la fonction publique, aux jeunes administrateurs de l’ONU, aux ateliers tricot… On oublie le lycée, le retour anticipé de vacances…

Mais, rapidement l’anxiété touche certains, et d’autres encore : celle de ne pas avoir assez de « crédits ECTS », d’être « défaillant », ou encore de rater un mail contenant des informations d’une importance vitale. Pour se réassurer, il faut alors parler aux 2A, qui ont à cœur d’accueillir les petits nouveaux et de leur préciser que la charge de travail n’est pas si énorme « que ça ».

Ce sont ensuite les clameurs des associations permanentes qui prennent le relais, et vite, il faut adhérer ! Mais, adhérer ? A quoi ? Et pourquoi surtout ? Bureau des Arts, Bureau des Élèves, UNEF, UNI, Sciences Po Environnement peut-être ? Choisir c’est renoncer, disait Sartre, alors certains disent attendre de voir leur emploi du temps, tandis que d’autres sont déjà en train de se refaire une santé financière à côté, grâce à ces banques qui se vantent toutes de l’exclusivité de leurs offres.

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Coups de chaud à l’AS Boat et aux indénombrables Afterworks

La première semaine à Sciences Po Paris ? Ce sont aussi deux vrais gros coups de chaud. Le premier ? Dans la cale du Concorde Atlantique, en face du musée d’Orsay. C’est un jeudi soir bien sur, puisque les sorties le weekend sont moins en vogue dans le supérieur. On entend parler anglais, coréen, chinois, espagnol, français, mais anglais surtout ! Pas besoin d’avoir le pied marin ici, la péniche ne bouge pas, mais quelques conversations permettent de voyager beaucoup. Il faut être patient pour rejoindre la cale, et davantage pour voir l’association sportive dans son costume nocturne : celui de barman d’un soir.

Le stage d’intégration, c’est aussi : faire des grimaces à des gens que l’on n’a jamais vus, apprendre à respirer, à garder un auditoire, à avoir un peu de répartie, à exercer son esprit critique, sa curiosité… On commence à connaitre des personnes aux horizons géographiques divers, chacune ayant sa propre personnalité. Il y a aussi les premiers exposés, sur des sujets aussi variés que les nuances d’un tableau de Monet, allant du divertissement à Paris au XIXème siècle, à des portraits d’habitants d’un même quartier, en passant par la misère dans la capitale. La pinte au Basile est un bon moyen de récompenser ces travaux acharnés.

C’est d’ailleurs ce que suggèrent les invitations « Afterwork » qui marquent ponctuellement les groupes de promos. L’endroit est bondé, et la conversation vient presque naturellement avec ses voisins de comptoir. On parle politique à Sciences Po, oui, mais pas que…des vacances, des associations, des expos, du ciné, des premières impressions, des ses craintes, de son groupe d’intégration… Bref, autant de sujets qui justifient la fin du Happy Hour à minuit.

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Et VGE vint…

VGEPour clore cette intense semaine, quoi de mieux que de l’enrichir encore en émotions ? (C’est pas du mauvais film hollywoodien, non.). Après l’AS boat, l’autre moment d’augmentation du rythme cardiaque, est liée, cette fois-ci, à la crainte de se faire écraser par une foule attendant ce que l’on pourrait supposer être Mike Jagger. C’est en effet une cohorte au comportement quasi bestial qui se presse, ayant l’espoir d’approcher au plus près celui qui gouverna la France à la fin des années 1970, pour peut-être, faire un selfie avec lui.Une fois assis, et après avoir bu un peu d’eau, la leçon inaugurale permet de voir l’institution sous un autre aspect, plus politique, rhétorique, peut-être polémique…

Enfin, en l’occurrence, c’est sous un jour mathématique que Monsieur Valéry Giscard D’Estaing a envie de dispenser sa leçon. A peine installé devant une salle comble, il regrette le faible de taux d’« élèves issus de filière scientifique », en profitant pour aborder l’un de ses sujets favoris : les statistiques. Ce sont ainsi des chiffres qui inaugurent cette leçon donnée par un grand homme. Parmi les plus frappants cités : à l’horizon 2015, deux tiers de la population mondiale vivront dans 16 pays de plus de 100 millions d’habitants, dont aucun en Europe. La France représente aujourd’hui 14% de la population de l’Union Européenne, qui compte elle même pour 7% de la population mondiale. A ses yeux, ces seuls aspects purement factuels, dimensionnels, justifient une plus grande intégration économique et politique.

Défiant ses quatre vingt huit bougies, Monsieur le Président interpelle le jeune public en déclarant que son programme, Europa, pourrait être concrétisé dans une quinzaine d’années. Il va même plus loin, citant Sénèque : « Ce n’est pas parce que les choses sont difficiles que nous n’osons pas, mais c’est parce que nous n’osons pas qu’elles le sont ». Au delà de la forme, les grandes lignes de son projet semblent séduire, à l’image des discrets signes d’approbation qui traversent l’assemblée. Mais Europa, c’est quoi ? Un espace de mutualisation des dettes dans le cadre de l’Union Économique et Monétaire, avec une homogénéisation de la fiscalité et, pourquoi pas, une vraie politique de défense commune. Bref, VGE est un europhile convaincu et il l’assume !

Et la vigueur dont cet homme fait encore preuve, en restant debout, empêche de douter de ses convictions, tout en imposant un profond respect. Deux piques auront aussi marqué les esprits : le rappel de son parcours académique atypique, étant acteur dans un amphi à Sciences Po sans jamais y avoir été spectateur… Ou bien encore son incitation directe au directeur pour que celui-ci prenne quelques notes.

En bref, la première semaine à Sciences Po, c’est celle des formidables découvertes, d’autant de surprises et de rencontres. C’est finalement le début de cinq années qui peuvent faire rêver.

One Comment

  • Joly

    Que j’aurais aimé vivre cette première semaine de première année telle que si brillamment et humoristiquement décrite!
    Trop tard, je suis totalement défaillante.
    Hélène Joly

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