Vie du campus

Résumé du débat d’entre-deux tours made in Sciences Po.

La nostalgie de la campagne vous étreint ? Vous avez déjà tout oublié des tirades des candidats ? avez besoin de vous ré-informer pour les législatives ? Ou tout simplement voulez rattraper le débat made in Sciences Po organisé par RSP jeudi entre les sections sciences pistes du PS et de l’UMP ? Quoi qu’il en soit vous êtes à la bonne adresse ; LaPéniche.net résume le débat pour vous.

Première question : pourquoi un tel débat ? Surtout pourquoi le jeudi 3 mai, soit le lendemain du fameux échange de deux heures et demi entre Hollande et Sarkozy ? Organisée par La Voix des 27 et Le Grand O, les deux émissions politiques de RSP, cette émission avait pour but de couvrir le champ le plus large possible des thèmes de la campagne tout en évitant au maximum ceux déjà abordés la veille. Au programme une émission en quatre parties. La première couvre les questions économiques, capitales et pourtant peu abordées au cours de la campagne. La seconde les questions sociales. Thème clivant si il en est entre droite et gauche surtout dans un contexte de nécessaire transformation du modèle d’Etat providence Français. La troisième partie était consacrée aux sujets de sociétés parmi lesquels on retrouve l’immigration ou la délinquance notamment. Enfin la dernière partie est consacrée aux problèmes « régaliens », soit la question des institutions, de la politique de défense, de la justice, mais aussi de l’Union Européenne.

Le débat est d’abord modéré par Antoine Imberti du Grand O puis par Thomas Vermeulen de la voix des 27. Il s’organise autour de questions posées par les chroniqueurs des deux émissions aux militants. Pour les deux premières parties du débat Nicolas Thomas (UMP) et Paul Bonmartin (PS) se sont donnés la réplique. Pour la suite c’étaient Amin Mbarki (PS) et Maxime Cordier (UMP) qui tenaient le haut de l’affiche.

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Malgré des petits problèmes dans le direct, la première partie s’ouvre sur le thème de la croissance. Rien de mieux pour crisper les deux intervenants et en effet le débat est enflammé. Alors que l’UMP dénonce un problème de coût du travail trop élevé, le PS attaque sur les heures supplémentaires défiscalisées qui ont empêché la création d’emplois. C’est ensuite au tour de l’UMP de critiquer le contrat de génération, en dénonçant un « effet d’aubaine ». Après ce court échauffement le débat commence véritablement.

Premier thème : l’école. L’UMP défend pour l’école publique sa démarche de transformation qualitative. Cela passe par la revalorisation des filières telles que le Bac Pro, les Bac ES ou L (cités en particulier par Nicolas Thomas) face aux grand nombre d’abandons de la part d’élèves dans ce secteur. Du coté du PS, Paul Bonmartin dénonce « la casse de l’éducation nationale depuis 5 ans ». Pas de possible amélioration de qualité sans encadrement, d’où les 60 000 postes de profs. Il apporte d’ailleurs quelques réponses sur la provenance des postes alloués à l’éducation – notamment l’armée et « les administrations ». Le PS indique aussi vouloir répartir davantage sur l’année le travail des élèves.

S’ensuit ensuite le sujet de la balance commerciale. Pour la rétablir l’UMP rappelle la nécessité de diminuer le coût du travail et surtout l’alignement de l’impôt des sociétés sur l’Allemagne. La l’inverse le PS indique que le coût du travail industriel français est inférieur à celui de l’Allemagne et propose une taxe sur les produits polluants pour agir sur le déficit. Sur la politique économique européenne ensuite l’UMP met en avant la force du couple franco-allemand et la nécessité de composer avec l’Allemagne pour bâtir une politique économique tandis que le PS critique l’hégémonie d’Angela Merkel et une austérité contre-productive.

Le débat est vif sur d’économie. Il le reste lorsqu’on passe aux transferts sociaux dans la seconde partie de l’émission. Le thème des retraites notamment est loin de faire consensus. Au centre du débat on retrouve les thèmes abordés pendant l’élaboration de la réforme entreprise par le gouvernement au cours du quinquennat de Nicolas Sarkozy. Prise en compte de la pénibilité et soucis d’équité sont parmi les objectifs du PS. Nécessité de s’adapter à l’évolution de la démographie et de l’économie sont au centre des preoccupations de l’UMP.

Lorsque le débat s’oriente vers la question de la fiscalité, l’opposition droite/gauche s’accentue. Sur la taxe à 75% de François Hollande, l’UMP dénonce d’une part un non-sens économique et rappelle que la récompense du travail est au titre des valeurs de la droite. Le PS au contraire insiste sur la question de l’équité sociale et rappelle que la taxe ne s’applique qu’à la part des revenus au delà du million d’euros. Par ailleurs sur les niches fiscales, les deux partis sont d’accord pour raboter mais la controverse persiste sur les niches concernées.

Le débat s’oriente ensuite sur le grand ignoré de son grand frère du 2 mai : la question de la sécurité sociale et de la santé. L’UMP se prononce pour une limitation des dépassements d’honoraire – arguant que cette mesure est en cours de négociation avec les syndicats – et surtout pour la fin du remboursement du tiers payant sur les médicaments non-génériques. Au PS on dénonce la diminution du nombre de médicaments remboursés, le prix des soins et les déserts médicaux tout en mettant en avant la valeur centrale du programme de François Hollande : « Justice pour tous ».

C’est ensuite au tour de Amin Mbarki et Maxime Cordier de débattre sur les sujets de sociétés. En premier vient la banlieue. L’UMP rappelle les contraintes budgétaires apparues avec la crise pour justifier l’échec du « plan Marshall des banlieues ». Le PS met l’accent sur sa volonté de réellement investir les quartiers (avec notamment la création d’un grand nombre de postes de policiers).

Le débat glisse ensuite sur l’égalité homme/femme et les deux militants ont là aussi des propositions très différentes pour résoudre le problème. Maxime Cordier propose d’augmenter les possibilités de recouvrement des pensions alimentaires par les femmes divorcées. Amin Mbarki souligne la nécessité d’appliquer les lois qui existent (notamment au niveau de l’égalité salariale). Le débat se déplace vers le thème de la famille avec le quotient familial. L’UMP montre alors son incompréhension face à la volonté du PS de moduler en fonction des revenus cet « outil puissant qui permet de soutenir le taux de natalité français ».

Sur la question de la fin de vie enfin, les deux représentants des partis sont globalement sur la même longueur d’onde malgré un désaccord de principe : Amin Mbarki se prononce pour une fin de vie dans « des cas précis de souffrance » quand Maxime Cordier ne s’éloigne pas de la loi Leonetti, la vie étant « ce qu’il y a de plus précieux ». Dans les deux cas on voit cette possibilité comme un dernier recours a éviter si possible.

Suite à cela la quatrième partie s’ouvre pour traiter des questions de politiques étrangère, de justice et d’Europe. Premier sujet : la justice. Les deux partis s’opposent frontalement. Le PS attaque le tout répressif, l’UMP dénonce un manque de solutions dans le programme du PS et défend son bilan avec notamment la construction de prisons. Puis, comme le 2 mai les deux intervenant dissertent longuement sur la question du désengagement de la France d’Afghanistan.

A propos de l’Europe enfin, la première question posée porte sur la volonté de Nicolas Sarkozy de revenir à la régulation aux frontières. Pour l’UMP il s’agit de dénoncer les failles de Schengen. Le PS au contraire dénonce cette posture et prône des négociations avec tous les pays de l’espace pour améliorer la situation. La question est ensuite posée sur la possible instauration d’un « Président de l’Europe ». Maxime Cordier rappelle que le Parlement Européen est déjà élu au suffrage universel direct mais que pourtant l’engouement populaire n’est guère au rendez-vous. Il n’est toutefois pas contre une telle institution. Au PS on rappelle le grand nombre de voix à l’UMP qui tendent à limiter le pouvoir de l’UE et Amin Mbarki se prononce pour une telle institution et surtout pour la remise en place des institutions qui ont un rôle consultatif avec notamment un trop grand pouvoir de la commission par rapport au Parlement.

Le débat se termine ainsi sans véritable conclusion ni anaphore épique. Cependant il faut reconnaître qu’il a été très intéressant pour clarifier les position des deux partis sur un certain nombre de thématiques parfois éclipsées au cours de la campagne. On note cependant le caractère parfois approximatif des réponses et surtout on regrette qu’il n’y ai pas eu plus de temps pour traiter plus en détail un certain nombre de questions. L’entreprise était ambitieuse et on n’en ressort pas déçu. Maintenant les législatives arrivent alors n’hésitez pas à déranger les membres de RSP dans leurs vacances pour plus de débat et aller encore plus au fond des choses !

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