Vie du campus

Rentrée solennelle des Premiers Cycles – vendredi 6 octobre 2006 – impressions d’une nouvelle 2A

Une jeune fille fraîchement débarquée à Sciences Po vous commente, perdue au milieu de la foule, ce moment fort de la rentrée… Ce que j’en retiens ? Ca pousse, ça crie… Et même pas de buffet à la fin. Décidément, Sciences Po a encore des progrès à faire avant d’atteindre le niveau des universités US, rien qu’au niveau logistique. Mais bon, Richie est là, et relève le niveau, toujours plus gominé.


La cérémonie devait débuter à 10h30. J´arrive à 10h20, me dirige vers l´entrée de Boutmy. Devant, un de ces chers appariteurs monte la garde, et nous dit : « allez à l´étage, plus de places en Boutmy. » Première surprise (mais à quelle heure sont arrivés les gens ? C´est pire que la conf de Sartre en 1945 « l´existentialisme est-il un humanisme ? »). Après une tentative de corruption non réussie, je monte donc à l´étage de Boutmy, pour me retrouver parmi une masse grouillante d´étudiants qui tentent d´investir les quelques places restantes − qui sont en fait inexistantes. Un deuxième appariteur arrive, et nous lance : « Personne debout à l´étage s´il vous plaît, allez en Chapsal, c´est retransmis. » Deuxième expédition jusqu´en Chapsal, où l´on peut à peine poser un orteil, pour s´apercevoir que toutes les places sont également occupées. Je squatte avec beaucoup d´autres les travées, il fait chaud et on parle d´appeler les appariteurs pour ouvrir les fenêtres ; à ce moment-là, un troisième appariteur apparaît [la fonction étymologique des appariteurs serait-elle d´apparaître ?] comme par magie, mais brise le charme en nous lançant à son tour « Personne dans les travées s´il vous plaît, allez dans le Petit Hall, c´est retransmis et il reste des places. » Re-expédition (je ne les compte plus) ; en redescendant les escaliers, je vois qu´un autre appariteur monte à son tour la garde devant l´étage de Boutmy afin de décourager les quelques intrus qui s´y aventureraient encore à ce stade. Arrivée dans le Petit Hall, je constate qu´un hold-up général des chaises s´est organisé en quelques minutes. Je spotte une table avec l´aide d´une autre fille, et c´est parti, on gêne à peu près tout le monde mais au moins on est assises. Il est 10h35-40, l´écran blanc devant nous reste désespérément blanc, alors que la cérémonie a déjà commencé en Boutmy (on a entendu les applaudissements et les cris de pâmoison). Au bout de cinq minutes, l´image du grand Descoings apparaît en gros plan (tout aussi gominé que dans mes rêves les plus fous), mais toujours pas de son, pour lequel il faut attendre encore un peu (c´est marrant de voir Richie muet). Bon, on a raté les 10 premières minutes du discours de notre cher directeur, qui parle, parle, parle, sans attendre, sans égards pour nous, pauvres délaissés de Sciences Po.

J´aime beaucoup le PowerPoint affiché derrière les intervenants : René Rémond, président de la Fondation Nationale des Sciences Politiques, professeur émérite des Universités, membre de l´Académie Française, tandis que Richard Descoings est juste, en toute simplicité, directeur de l´Institut (lequel ?).
Plutôt bon orateur le Richie, sans notes d´après le peu que je vois, ou du moins il a bien appris ses leçons d´éloquence et d´art oratoire. Discours axé sur « ne vous croyez pas tout permis parce que vous êtes à Sciences Po Paris, à Normale ou plus tard à l´ENA, vous ne savez rien à 25 ans jeunes blancs-becs », « Jean-Louis Gergorin n´est pas un homme intelligent parce qu´il a fait X-ENA il y a vingt ans [ok, ça, c´est dit…] », la crise des élites, et son grand regret de ne pouvoir accueillir que si peu d´élèves quand tant d´autres talents restent à la porte (sic). Je suis plutôt d´accord (euh pas avec la taille des promos, hein), mais [minute de fiel à tendance anti-jeunes premiers du VIIe] je sens bien que certains se gaussent de ces paroles, bouffis qu´ils sont d´orgueil et de mépris. Petites piques à l´UNEF de la part de Descoings, avec amour. A la fin de son discours, on entend les applaudissements de Boutmy, et certains petits moutons applaudissent aussi parmi nous… Er, what´s the point?
A côté le Rémond on ne sait pas trop s´il est réveillé ou pas, il ne bouge plus depuis un certain temps. Je m´inquiète un peu, mais il me rassure en prenant la parole (ouf, je l´aurai vu et entendu au moins une fois dans ma scolarité). Lui aussi sans notes, mais bon, avouons-le, c´est ch… ennuyeux, à tout le moins. On l´entend moins que Descoings, et au bout de vingt minutes, j´en surprends quelques uns à lire, au choix, La Croix, Shining ou Belle du Seigneur. Je ne me souviens plus trop de son discours, sans doute à haute teneur historique. (Ah si, une formule qu´il aime beaucoup, il faut que nous devenions des « contemporains de notre temps ».) Le Petit Hall se vide doucement, au fil du discours. Est-ce qu´ils oseraient faire ça au premier rang en Boutmy, sous le nez du Descoings ? Pas sûr, les lâches.

Justement, Descoings conclut sur un mot de Marc Aurèle, « Laboremus ! » [« Travaillons ! »], et ouvre une séance de questions… malheureusement aussitôt refermée car pas de questions. Mais si, on en avait plein ici, dans le Petit Hall, à commencer par moi !! (y´avait même des gens qui levaient la main devant l´écran, c´est pour vous dire.) Nous ne serons jamais entendus, et le tandem Descoings-Rémond rejoint ses appartements (ouah, je les ai vus, de mes yeux vus en péniche !) tandis que nous subissons une dernière épreuve, à savoir le vidage simultané de Boutmy, l´étage de Boutmy, Chapsal et du Petit Hall, sans compter tous ceux qui étaient déjà en péniche. Un aperçu de ce que nous subirons quotidiennement cette année, avec en plus les tracteurs de l´UNEF et de l´aut´, là, euh… ah oui, Nouvelle Donne, tentant désespérément de résister au mouvement de foule. Les appariteurs ont tout prévu et l´un d´eux monte même sur le banc pénichien avec un micro/mégaphone portable bizarre, pour nous intimer d´avancer vers la sortie. Il est 11h30, je tente de remonter la foule une première fois à contre-courant pour descendre à la cafèt, mais l´AS n´est pas encore réveillée et je me vois forcée de redescendre la marée estudiantine. Pas du tout envie de renouveler cette expérience pour la « leçon inaugurale » de l´après-midi, je m´extirpe donc difficilement de la masse et m´en vais en week-end, ultime week-end de vacances avant le grand plongeon vers l´inconnu, qui ne l´est en fait plus tout à fait à présent (ben ouais quoi, ça fait un mois qu´ils nous pourrissent notre reste de vacances avec des réunions et des stages en tout genre).

Epilogue : j´avais raison, le calvaire s´est renouvelé l´après-midi, comme en témoigne ceci.

One Comment

  • Sarah

    Les étudiants des campus de région ont été "placés" dans Boutmy dès 09h20. Pour ma part, venant du campus de Menton, je me suis retrouvée parachutée au deuxième rang, sans trop comprendre pourquoi l’on plaçait les étudiants distinctement, par vagues, selon leur campus.

    Bien avant les discours de messieurs Richard Descoings et René Rémond, une vidéo avait été projetée présentant chacun des campus délocalisés. Les cris, les youyous et autres applaudissements marquaient, chacun à son tour, le passage dans la vidéo de tel ou tel campus. Pour tout vous dire, ce fut un grand moment. Enthousiasme et orgueil, mais tous fiers de faire partie de la grande famille Sciences Po.

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