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Partir, revenir (ou pas) : récits de 3A au temps du Covid (1/2)

Dilemmes, déménagements dans la panique, quarantaines loin de chez eux : la 3A des élèves de la promotion 2022 a connu une issue que personne n’aurait pu imaginer.

S’il est bien une tradition incontournable au sein du Collège universitaire de Sciences Po, c’est la fameuse troisième année à l’étranger, qu’on qualifie le plus souvent de 3A. À mi-chemin entre l’odyssée et le rite de passage, objet de tous les espoirs (et clichés), ce moment souvent fort et parfois éprouvant constitue pour les élèves une expérience enrichissante sur le plan académico-professionnel (un peu) et humain (surtout). L’année se déroule en général dans une université partenaire, mais il est aussi possible d’effectuer une année hybride, divisée entre un semestre d’échange et un semestre de stage.

Mais cette année, comme on s’en doute, la 3A a été l’un des innombrables dégâts collatéraux d’une certaine petite grippette plus connue sous le nom de Covid-19. Voici donc, avant d’aborder la question des 3A de cette année dans un prochain article, quelques récits parmi tant d’autres de ces 3A court-circuitées, annulées pour les unes, maintenues pour d’autres, le tout en l’espace de quelques semaines de franche confusion.

Une chute de dominos

Vers la fin de l’hiver 2020, le séjour à l’étranger des 3A prend un tournant aussi soudain qu’anxiogène : ce sont d’abord les étudiant.e.s en Asie qui sont affecté.e.s, à mille lieux de se douter qu’ils ne sont que les premiers témoins d’un événement bientôt mondial. Très vite, c’est au tour de l’Italie d’être touchée et des élèves qui y séjournent d’être rapatrié.e.s, et puis, mi-mars, c’est l’intégralité des sciencepistes qui sont vivement enjoint.e.s par Sciences Po à rentrer chez eux.

Bien entendu, les récits des élèves diffèrent en fonction de leurs pays de séjour, mais leurs expériences respectives partagent cela dit une dimension commune : l’imprévu d’une part, la galère d’autre part, et aussi, pour l’ensemble des sciencepistes, le sentiment de vivre un moment déterminant de leur existence, peut-être même l’un des plus formateurs.

« Un retour sans transition »

Les 3A de l’an dernier ont fait face à tout un panel de situations possibles : là où certain.e.s ont choisi de poursuivre leur scolarité en ligne, depuis la France ou l’étranger, d’autres ont vu leurs cours interrompus et ont dû s’atteler à la rédaction d’un mémoire sur un sujet libre. Dans tous les cas, le retour, qu’il ait eu lieu en mars ou en mai, avait tout du branle-bas de combat. « La veille, je prenais un café avec une amie et le lendemain, j’étais dans un vol retour booké au dernier moment, sans transition ! » se rappelle Charlotte, en 3A à Seattle l’an dernier, rapatriée en mars. « Quitter ma « nouvelle vie » à l’étranger après six mois a été loin d’être facile. J’aurais aimé pouvoir me préparer psychologiquement au départ plus en amont… » regrette l’étudiante en master d’histoire à l’École Doctorale.

Pour Sarah, le retour s’est fait de façon encore plus précipitée. En 3A à Shanghai, l’étudiante était en plein road-trip au Vietnam lorsqu’elle reçoit mi-février un mail de Sciences Po adressé aux étudiant.e.s en Chine : « on nous donnait le choix, rester ou rentrer. Trois jours plus tard, nouveau mail : cette fois, pas le choix, tout le monde devait rentrer ». Sarah doit alors être rapatriée manu militari, sans même pouvoir récupérer ses affaires en Chine. « Je me suis retrouvée à refaire mon CV et mes lettres de motivation sur mon smartphone pour tenter de décrocher un stage… » se rappelle-t-elle. La situation lui paraît irréelle : « au moment où on a reçu le mail, cette histoire de virus nous stressait bien sûr un peu, mais on en était encore à en rire, à se dire “t’imagines si ça devient une pandémie ?” », se souvient l’étudiante, qui a fini par récupérer ses affaires restées à Shanghai… il y a deux semaines seulement.

D’autres que Charlotte et Sarah ont, de leur côté, pu rester sur les lieux de leur 3A, notamment ceux et celles qui résidaient dans des pays où le virus est resté relativement contenu. Lucie, étudiante en 3A à Montréal l’an dernier, raconte ainsi avoir choisi de rester confinée au Québec tout au long du printemps, et n’être rentrée en France que fin août. « La situation était bien moins stressante qu’en France, et effectivement, tout s’est très bien passé », se souvient-elle. Rester était aussi pour Lucie une façon de donner une belle conclusion à son année : « J’ai pu profiter de Montréal tout l’été, sans précipitation, et bien terminer ma 3A », affirme-t-elle ainsi.

Un goût d’inachevé

Charlotte et Lucie partagent toutes deux certains regrets, notamment le fait de ne pas avoir pu dire au revoir à leurs ami.es français.es ou étranger.es, ou de ne pas avoir pu mener à bien certains voyages. Mais là encore, les deux étudiantes positivent : « Avoir une 3A interrompue aussi abruptement m’a d’autant plus fait apprécier tous les moments de vie que j’ai vécus au cours de ces six mois », assure Charlotte. « J’ai énormément appris sur moi-même sur le plan individuel… et au niveau de mon couple », confie Lucie, désormais en M1 à l’École de Droit de Sciences Po. « Les deux mois de confinement ont été une épreuve concluante pour moi et mon copain ! » s’amuse-t-elle.

Avec du recul, un bilan plutôt positif

Malgré la pandémie, les rapatriements et autres confinements, Lucie et Charlotte gardent un joli souvenir de leur 3A. « J’ai le sentiment d’avoir beaucoup appris sur l’histoire et la culture du Québec que j’ai adoré, et le fait de vivre seule pour la première fois m’a vraiment fait grandir  », explique Lucie, tandis que Charlotte renchérit : « J’ai eu une 3A fabuleuse, et j’ai bon espoir de revenir un jour sur les lieux de ma 3A, et de revoir celles et ceux qui m’ont tant apporté ». Pour les deux sciencepistes, l’objectif est donc clair : retourner sur les lieux de leur 3A au plus vite, lorsque la situation le permettra.

Imaginer de nouveaux futurs

« Nous avions déjà du mal à nous projeter dans le futur auparavant mais l’incertitude ambiante qui règne aujourd’hui rend cela encore plus difficile », déplore Charlotte. L’étudiante retire cependant une certaine leçon de vie de son expérience : « savourer l’instant présent – même si c’est très cliché à dire ! ». Elle ajoute également à l’intention des élèves en 3A cette année, dont les séjours sont forcément impactés : « Leur expérience à l’étranger va clairement être chamboulée, mais il reste plein de possibilités à explorer, y compris en France. Et si la situation se stabilise, le départ à l’étranger sera probablement possible au printemps ! ». Une philosophie du carpe diem donc, sans doute le meilleur moyen de faire face à l’incertitude de ces mois-ci. À voir si les 3A de cette année partagent ce mantra, avec le second épisode de cette série.

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