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Oui, l’agitation dérange

En réaction à l’article publié un peu plus tôt sur notre site « Tribune d’Etienne Combier sur OccupyBoutmy », lapéniche.net publie cette après-midi une deuxième tribune, celle de Clara Wright, étudiante en deuxième année sur Paris.

Devant l’occupation de l’amphithéâtre Boutmy par une centaine d’élèves et le blocage du CA de ce matin, la communauté étudiante de Sciences Po fronce les sourcils, juge, méprise alors que les forces de l’ordre interviennent pour faire régner, et bien, l’ordre.

Oui, l’agitation dérange.

En lisant les différentes critiques à l’envers de nos syndicats, force est de constater que la majorité condamne non pas le fond mais la forme.

Pour des Sciences Pistes habitués à être cernés entre deux cours en Péniche par les syndicalistes-leurs-tracts-et-slogans, les appels à la démission d’un membre de l’administration, les chants en Boutmy, l’occupation nocturne, la manifestation ce matin pour empêcher le CA mais aussi la confusion des débats – un drapeau gay planait au fond de l’amphithéâtre lors d’OccupyBoutmy – illustrent l’aspect turbulent voire sauvage des syndicalistes.

Il est nécessaire alors de, vite, mettre de la distance, marquer la différence entre ces faiseurs de trouble, ces grandes gueules et « nous », les mesurés, les raisonnés/raisonnables. Il y a l’art et la manière de protester, ceux-là ne font qu’aboyer mais ne mordent pas. Un débat de fond, d’accord, mais en bonne et due forme.

Je n’ai pas voté aux dernières élections syndicales, c’est pour dire mon implication et le soutien que je leur apporte. Finalement, je suis comme la majorité des élèves de Sciences Po – ce qui est à déplorer. Je ne connais ni le pourquoi ni le comment de l’abstention générale ; pour ma part, j’ai à peine survolé les programmes.

Pourtant, je m’oppose à cette déferlante accusatrice.
Que celui qui ait déjà lu un programme syndicaliste dans son détail, critique. Que celui qui se soit intéressé de près à la nomination de notre directeur, condamne.

Beaucoup d’entre nous craignent des répercussions négatives sur l’image de notre établissement. Mais cette inquiétude paraît presque risible lorsqu’on compare l’agitation d’une centaine d’élèves à la peinture que font les médias externes de notre administration et de son « trésor » depuis quelques mois. Je n’ai pas l’impression que l’intérêt, qui tourne parfois à l’acharnement des médias sur notre école modifie notre quotidien. Nos cours sont toujours aussi intéressants, le jardin toujours aussi accueillant, la bibliothèque toujours aussi pleine, les activités associatives toujours aussi riches, et les syndicalistes toujours aussi présents en Péniche.

Il faut être cohérent. La petite Union sacrée des syndicalistes autour du débat de notre directeur n’aurait jamais eu lieu sans les scandales du premier semestre. Il n’a jamais été question d’élire notre directeur, soyons d’accord. Il n’aurait jamais été question de suggérer la démission de Casanova si le processus de nomination avait été effectif et incritiquable.

Or cela fait presque onze mois que nous sommes sans directeur. Imaginons un monde où les syndicalistes seraient assis sur leurs chaises, patientant tranquillement que les décisions se prennent. Nous critiquerions alors leur paisible inactivité. Les événements de ces deux derniers jours ont, selon moi, quelque chose de rassurant : l’engagement. S’il est conseillé de ne pas prendre pour argent comptant tous leurs discours, les syndicalistes nous incitent néanmoins à nous intéresser, à regarder là où on ne voyait rien. Alors oui, ils ont gueulé, ils ont l’air agité, ils sont trop radicaux, ils décrédibilisent parfois leur cause initiale par euphorie devant la médiatisation de leurs événements ou par opportunisme en y mêlant d’autres revendications.

Leur force réside dans le fait qu’ils disent, qu’ils parlent, qu’ils s’expriment tandis que nombre d’entre nous n’y songent même pas.

Loin de faire l’éloge des discours populistes, sollicitant notre libre arbitre, mettons à profit cet esprit que nous souhaitons mesuré. Pour critiquer, il ne faut pas avoir peur, il ne faut pas se distancier, il faut au moins avoir eu le mérite de les écouter.

18 Comments

  • Martine's

    Okk Clara, si tu le dis…
    Au fait, la prochaine fois, tu me contactes avant de publier un truc pareil sur la page du site… histoire d’éviter un deuxième carnage.

  • JHK

    Excusez moi,
    Je m’intéresse de près à l’actualité de Sciences Po. Il est extrêmement intéressant de voir que les débats actuels sur les questions de succession suscitent des prises de parti diverses, riches et argumentées – dont les acteurs sont souvent les jeunes de l’établissement, eux-mêmes -. Mais alors pour le coup, je n’ai vraiment rien compris à la logique de votre article et à l’éclairage que vous souhaitez apporter au débat. Pourriez-vous reformuler vos idées dans un verbiage plus accessible ?

  • Ben

    Clara se fait la voix de la majorité indécise des élèves de Pipo que l’action des syndicalistes interpelle nécessairement. L’occupation symbolique de l’amphi n’a pour finalité réelle que l’éveil d’une conscience critique chez les étudiants.

  • Tom

    J’ai rarement vu quelque chose d’aussi mal écrit. On a l’impression de lire tout et son contraire, où est-ce que tu veux en venir? Il ne convainc ni les syndicalistes, que tu accuses de mal allier le fond et la forme, ni les anti-syndicalistes qui peuvent juger par eux-mêmes de l’utilité ou non des syndicalistes, dans cette « révolution bourgeoise ».
    Pour ma part, j’ai eu besoin de seulement vingt minutes en boutmy pour me rendre compte qu’un sitting de 50 gus checkant leurs macs en chemise se prenant des soixante huitards révoltés n’allait pas faire avancer le schmilblick

    • Clara Wright

      Au contraire Tom, je soutiens que la forme utilisée par les syndicalistes permet l’éveil de notre intérêt. Mais tu as raison sur un point: cet article ne cherche pas à convaincre une partie des étudiants, n’adopte pas une position tranchée, je crois encore qu’il est possible d’être nuancée – et c’est sans doute pourquoi cela sème la confusion dans dans ton esprit. je m’explique : certains condamnent OccupyBoutmy sans s’être intéressés au fond du débat. Si tu as le sentiment de, toi, l’avoir fait, et d’avoir à présent des arguments défendables, je te félicite, c’est exactement ce que j’ai voulu encourager. Tu as visiblement été déçu mais tu as été à l’AG donc fondé ta propre opinion. C’est une tribune, j’y exprime mon indignation devant la critique préconçue, je ne fais pas part de ma position. Je t’invite donc à relire l’article!

  • Clara Wright

    Lou, le but de cette tribune est en effet de louer l’implication (des syndicats en l’occurrence) et d’encourager l’engagement. Cette tribune répond en effet à une première tribune qui critiquait l’action syndicaliste, pour l’image qu’elle véhiculait. Libre à toi ensuite de juger de la pertinence de cette mobilisation, mais en te fondant une opinion, qu’elle soit positive ou négative, tu t’y intéresses et selon moi c’est déjà un pas que nombreux étudiants ne franchissent pas (comme je l’ai écrit, je suis moi-même peu investie). Je dénonce donc la critique sans connaissance de cause.

  • Lou

    Le but de cette tribune est clairement difficile à cerner – louer la mobilisation des syndicats certes, mais encore? Il faut également parler de la cause pour laquelle ils se mobilisent, et si elle semble juste, pertinente, ou non. Bref, l’art de brasser de l’air.

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