Vie du campus

Matthieu Rosy, promo 2005, Secrétaire général de la chambre syndicale nationale BOCI

n502353708_1491568_9907.jpgAprès une première expérience dans une agence de communication, puis des débuts en politique en tant qu’assistant parlementaire, Matthieu Rosy, promo 2005, est devenu Secrétaire général d’un syndicat professionnel. Découvrons son parcours…

  • LaPéniche.net : Quelles étaient vos envies initiales en rentrant à Sciences Po ?

Matthieu Rosy : Sciences Po est venu clore un parcours d’études déjà conséquent. Après une licence d’anglais et une maîtrise de lettres modernes à la Sorbonne, j’ai fait un an de Master à la LSE, à Londres. Mais très vite, je me suis rendu compte que les masters internationaux étaient peu cotés auprès des recruteurs français. J’ai décidé d’intégrer Sciences Po pour avoir un diplôme reconnu ici.

  • LaPéniche.net : Comment s’est décidé votre choix de Master ?

Matthieu Rosy : Lorsque je suis entré à Sciences Po, je souhaitais travailler dans le monde de l’édition. C’est pourquoi j’ai intégré le Master de Management de la Culture et des Médias.

  • LaPéniche.net : Avez-vous fait des stages ?

Matthieu Rosy : Oui, et ce fut une part essentielle de ma formation. J’ai eu l’occasion d’être stagiaire dans de grandes maisons d’édition telles que Grasset, Flammarion et Fayard. Ces expériences m’ont permis de réaliser que les métiers de l’édition exigent de gros sacrifices et que cela ne correspondait pas à mes souhaits pour l’avenir. J’ai donc révisé mes choix d’orientation.

  • LaPéniche.net : Etes-vous satisfait de votre formation ? Quels sont les éléments qui vous ont été profitables, ceux dont vous trouvez plus à redire ?

Matthieu Rosy : Je suis très content de mes deux années à Sciences Po. Avant d’intégrer cette école, j’avais un profil littéraire et j’étais rompu au travail en solitaire. A Sciences Po, je me suis découvert une personnalité beaucoup plus sociable et ouverte à l’actualité. J’y ai développé un vrai sens pratique et le gout du relationnel. Mes stages ont été décisifs, mais c’est surtout mon expérience de président du BDE, de 2004 à 2005, qui a été formatrice. Trouver des sponsors, coordonner un travail d’équipe, organiser des évènements, furent autant d’occasions d’apprendre à être opérationnel et réactif. C’était un peu comme gérer une PME ! Les cours m’ont été profitables bien sûr, mais j’avais déjà un parcours universitaire avant. La vraie nouveauté, c’était cette dimension associative de réseau.

  • LaPéniche.net : Y a-t-il des éléments concrets de votre formation qui vous sont utiles aujourd’hui dans votre travail ?

Matthieu Rosy : Mon travail est dans le prolongement logique de mon expérience à Sciences Po. Mon expérience au BDE m’a appris l’importance de soigner son réseau : cultiver son carnet d’adresses, mettre les gens en relation, faire preuve d’écoute, être réactif et accéder à l’information avant les autres. Le réseau c’est bien souvent ce qui fait la différence dans le monde du travail, où beaucoup de choses s’organisent par relations, recommandations et cooptations.

  • LaPéniche.net : L’aspect « réseau » si particulier à Sciences Po a donc joué dans votre parcours, qu’en est–il de la « carte de visite » ?

Matthieu Rosy : Ce n’est pas un mythe ! Dans mon travail, les gens issus de Sciences Po sont aisément identifiables: nous avons les mêmes modes de raisonnement, les mêmes codes de langage. Cela constitue un vrai motif d’inclusion et dans le cas contraire ce peut être un facteur discriminant pour les personnes qui ne sont pas issus de cette formation. Un recruteur sait qu’il peut attendre un certain nombre de compétences de votre part si vous venez de Sciences Po.

  • LaPéniche.net : Des conseils pour bien vivre à Sciences Po ?

Matthieu Rosy : Je n’aurais de cesse d’insister sur l’importance du monde associatif. C’est à mon sens ce qui différencie une grande école d’une université. Le monde associatif de Sciences Po offre énormément d’opportunités d’engagement, de prise de responsabilité et de contact avec les autres. Donc n’hésitez pas à adhérer à l’association qui correspond le plus à vos sensibilités !

  • LaPéniche.net : Quel a été votre premier boulot ?

Matthieu Rosy : Ma toute première expérience de travail m’a donné une idée précise de ce que je ne voulais pas faire ! J’ai travaillé dans une agence de communication pendant deux mois et demi… puis j’ai remis ma démission. L’approche quantifiée, les « briefs clients » et autres présentations commerciales, ce n’était pas pour moi. Comme j’étais depuis longtemps fasciné par le débat politique, j’ai décidé de me rapprocher peu à peu de cette sphère là. J’ai été assistant parlementaire de Pierre Lellouche, puis de Nadine Morano à l’époque ou elle était déléguée générale au monde du travail. Pendant un an, en parallèle de mon travail à l’Assemblée, j’ai exercé des fonctions à l’UMP : j’étais chargé des relations entre le parti et le monde professionnel. C’est donc tout naturellement que je me suis orientée vers le syndicalisme professionnel. Je travaille à la chambre syndicale BOCI depuis un an maintenant.

  • LaPéniche.net : Syndicaliste professionnel, en quoi ça consiste exactement?

Matthieu Rosy : Nos adhérents sont des chefs d’entreprises dans le domaine de la bijouterie et de l’orfèvrerie dont nous représentons les intérêts communs. Mon travail consiste dans un premier temps à écouter nos adhérents pour sonder le secteur, déterminer les besoins et faire remonter l’information. Ensuite, nous entrons en discussion avec les différents secteurs concernés : il peut s’agir de sociétés d’exports pour négocier de nouvelles conditions d’exports, ou les autorités publiques pour faire évoluer des textes de loi ou réglementaires. D’autre part, une part importante de mon travail consiste à négocier la convention collective nationale de la branche avec les syndicats salariés, avec lesquels nous déterminons les grilles de salaire et autres modalités de la vie de l’entreprise.

  • LaPéniche.net : Quelles sont les qualités importantes pour exercer votre profession ?

Matthieu Rosy : L’écoute et la diplomatie sont essentielles. Je défends l’intérêt commun de mes membres, qui est parfois différent de la somme de leurs intérêts particuliers. Mon travail est en quelque sorte politique. Je dois être suffisamment habile pour agréger les particularités, susciter les convergences. L’écoute importe également pour comprendre les besoins mais aussi identifier les résistances et convaincre.

  • LaPéniche.net : Qu’est-ce qui vous passionne dans votre travail ? Quels en sont les aspects les plus difficiles ?

Matthieu Rosy : Le syndicalisme professionnel est passionnant car il est une interface entre la sphère privée et la sphère publique. Il présente de nombreux avantages : liberté d’initiative et autonomie dans l’organisation du travail, peu de contraintes horaires, rémunération appréciable. L’inconvénient, c’est que les possibilités d’évolution professionnelle sont limitées. On ne peut pas déterminer à l’avance de plan de carrière, car les opportunités d’ascension dépendent aussi des places qui se libèrent. D’où l’importance, une fois de plus, du réseau et de l’accès privilégié à l’information.

  • LaPéniche.net : Quelles sont vos perspectives à moyen terme (2-5 ans) ?

Matthieu Rosy : Notre syndicat est une petite structure et je suis secrétaire général. Si notre structure évolue et que notre société s’agrandit, je me vois bien y rester encore quelques temps. Sinon, j’espère me diriger vers des échelons plus élevés du syndicalisme professionnel : la fédération, l’union, et pourquoi pas le MEDEF ? Ou pourquoi pas retourner en politique ?

  • LaPéniche.net : Des conseils pour bien réussir dans le monde du travail ?

Matthieu Rosy : J’en aurais deux. Déjà, il faut savoir prendre son temps une fois son master en poche. Par précipitation, je me suis dirigé vers un secteur, la communication, qui ne me correspondait pas. C’est important de faire le bon choix, même si on n’est pas embauché dans la foulée du diplôme. Ensuite, un conseil à la fois humain et stratégique : veiller à ne pas dédaigner les « petits » dans la hiérarchie de son entreprise et à rester très accessible à tous en évitant les postures. Une secrétaire a souvent un rôle capital et dispose d’une information précieuse, ce n’est pas quelque chose à négliger !

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