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MANIFESTE : «Althéia, pour un renouveau de l’esprit critique à Sciences Po »

La Péniche, le Journal des Etudiants de Sciences Po, publie aujourd’hui le manifeste pour un renouveau de l’esprit critique à Sciences Po de l’initiative étudiante Althéia. En tant que journal étudiant, la Péniche a comme mission d’être la voix de la communauté étudiante, et le relais de la vie associative, lorsque celle ci porte un message pour l’ensemble de l’établissement. Les propos relatés ici sont donc ceux des responsables de l’association, et n’engagent en rien l’équipe rédactionnelle de la Péniche.

« Sciences Po est une école riche d’étudiants militants, engagés et volontaires. De nombreuses associations font vivre le débat idéologique, militent politiquement, encouragent l’expression des opinions. Cependant, il est rare que soit évoquée la nécessité pour les opinions et les débats de respecter un cadre : celui de la connaissance et des faits établis.

Un renouveau de l’esprit critique à Sciences Po semble plus que jamais nécessaire. Dans les années à venir, nous devrons prendre des décisions qui nous engagent, car elles façonneront le monde dans lequel nous évoluerons. Le développement de notre esprit critique constitue un atout indéniable pour faire face à ces enjeux.

L’esprit critique, qui se situe au cœur de la démarche scientifique, est également essentiel (et malheureusement trop souvent absent) dans les sphères de la vie sociale telles que la politique, le monde de l’entreprise et le journalisme. Nous faisons aujourd’hui le triste constat que les participants aux débats politiques ont souvent recours à des procédés de persuasion, ignorant des réalités scientifiques ou ne s’y référant que lorsqu’elles servent leur idéologie. De même, certains articles de presse citent parfois très maladroitement des études scientifiques, calquant des procédés journalistiques à des domaines qui ne s’y prêtent pas.

Ainsi, il est grand temps de s’inscrire en faux contre les sophismes, les mensonges et le bullshit, lesquels ont notamment nourri ces dernières années les fakes news et la fake science

Il est indispensable de mettre un terme à la prévalence de l’opinion et l’attitude relativiste soutenant qu’il n’y a pas de vérité, en faisant revivre l’héritage de la philosophie grecque antique, qui nous apprend à distinguer la vérité de l’opinion en se référant à la notion d’alètheia (ἀλήθεια). Pour cela, il nous faut faire un pas de côté par rapport à la mécanique des habitudes quotidiennes dans laquelle est prise notre pensée. Réfléchissons à la manière dont se construit l’opposition entre le vrai et le faux, interrogeons les méthodes sur lesquelles nous nous fondons pour créer des savoirs tendant vers l’objectivité. 

A l’échelle de Sciences Po, une réflexion autour des méthodes scientifiques s’avère nécessaire. Celle-ci ne se limite pas aux sciences expérimentales, mais se conçoit en dialogue avec toutes les disciplines scientifiques : sciences de la nature, sciences expérimentales, logique, mathématiques, sciences humaines et sociales… Cela permet de faire la lumière sur la spécificité de chaque démarche scientifique, sans effectuer une hiérarchie entre les différentes méthodes. Il nous semble primordial de souligner leurs points de convergence plutôt que leurs divergences : elles reposent toutes sur l’argumentation rationnelle et rejettent la persuasion. Cette réflexion, une fois lancée, permettra par exemple d’interroger le programme de naturalisation et de formalisation en sciences humaines et sociales avec un regard critique. Il est évident que la méthode scientifique a ses limites, et nous devons les interroger en refusant toute forme de scientisme. 

Ce mouvement doit être résolument tourné vers le dehors et l’avenir, car nous faisons l’hypothèse qu’il est indissociable de la construction historique des sciences, ainsi que de la société dans laquelle il s’inscrit. Les questions scientifiques et technologiques sont devenues des enjeux sociétaux majeurs, notamment avec le numérique qui a modifié radicalement l’épistémè contemporaine. Faisons donc se rencontrer l’esprit critique et le “scientifique” dans toutes ses dimensions (méthodologiques, sociales, épistémologiques, technologiques, philosophiques, logiques, historiques, etc.) et dépassons le cloisonnement entre les sciences humaines et les sciences dites “exactes”. 

En somme, nous sommes convaincus qu’en proposant aux étudiants de Sciences Po de s’approprier les méthodes rigoureuses ainsi que les enjeux offerts par les sciences, nous pourrons améliorer grandement la qualité des débats autour d’enjeux politiques et idéologiques. Par ailleurs, des connaissances techniques, et une plus grande ouverture vers les écoles d’ingénieur et leurs étudiants, permettraient aux futurs décideurs de faire des choix plus éclairées. 

Ces objectifs, que nous estimons primordiaux à Sciences Po, doivent être accompagnés et soutenus. C’est dans cet esprit que l’initiative étudiante Althéia propose de donner une plus grande place à l’esprit critique, aux question scientifiques et aux enjeux technologiques à Sciences Po. 

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