Vie du campus

Le Projet Personnel ou la voie exceptionnelle trop rarement empruntée

mappemonde.jpgStage ou Université, Amérique ou Asie ? Ces questions, relatives à la troisième année « hors les murs » de Sciences Po, reviennent chaque année au cours du premier semestre. Dans quelques mois, les actuels Premières Année devront donc pour la plupart trancher entre une expérience professionnelle ou éducative. Il existe cependant une troisième alternative: le projet personnel. Si LaPéniche vous a précédemment proposé un Guide 3A, le projet personnel n’y figurait pas. Ce dernier est, en effet, très rare à Sciences Po, du fait notamment de sa très faible visibilité. Ainsi, l’année prochaine, seuls 8 étudiants mèneront un projet personnel. Comment justifier un chiffre si ridicule ? Comment expliquer que cette occasion unique de mener à bien un projet original et personnel ne soit saisie que par 0.006% de la promotion ? Ainsi afin de vous donner, à vous étudiants, attirés par une expérience inoubliable, des idées pour votre 3ème année, LaPéniche vous détaille l’objet de certains de ces projets, ainsi que les difficultés qu’ils ont pu rencontrer.

Trois-Petits-Guidons.gif« Pédaler plus de 20.000 kilomètres à travers une vingtaine de pays et 4 continents différents, pour récolter 80.000 euros qui financeront le micro-crédit, tout cela en l’espace d’un an » Si cette aventure folle vous est familière, c’est parce que les « cinglés », qui la réaliseront étudient parmi nous. En effet telles sont les grandes lignes du projet personnel d’Antoine Savoie, de Tristan Gautier et de Charles de Lorgeril, trois étudiants de 2ème année. Baptisé les « trois petits guidons », leur projet personnel est donc certainement de par son originalité, son altruisme et sa difficulté, le projet phare de la promotion. Tristan Gautier et Antoine Savoie nous accordent un entretien, dans lequel les deux amis précisent la description faite sur leur très complet site internet, à commencer par les raisons qui les ont poussé à se lancer dans un tel projet. L’idée du « projet perso » leur est venue au cours des dernières vacances d’été, mais c’est après s’être renseigné auprès du frère d’un ami ayant réalisé le même type de projet qu’ils décidèrent de monter « les Trois Petits Guidons ».

Leur projet peut être séparé en trois volets: sportif, humanitaire et scientifique. En effet leur objectif est de pédaler plus de 20.000 km sur les routes du Monde de la Cordillère des Andes au Kilimandjaro, à travers six étapes – Paris Madrid, Buenos Aires Lima, Hô Chi Minh Bangkok, Calcutta Pondichéry, Tanzanie Afrique du Sud, et Istanbul Paris – entre juillet 2011 et juillet 2012, ce qui constitue un véritable défi physique. Mais c’est aussi une aventure humaine car traversant des pays extrêmement pauvres et parfois dangereux (L’Afrique du Sud notamment), ils iront aux contacts de populations et de cultures très diverses. Ils comptent notamment dormir le plus possible chez l’habitant. C’est essentiellement pour cela que les trois amis ont opté pour le vélo. Il s’agit selon eux du meilleur moyen de se déplacer dans ces pays pauvres car il permet d’avoir une relation complètement différente avec les populations locales « après avoir pédalé, toute une journée, en se rapprochant de leurs conditions de vie, on arrive en position d’offreur (en leur expliquant l’objet de notre voyage) mais surtout en position de demandeur puisque on leur demande un gite », nous précise Tristan.

tpgpic.jpgMais ce projet est avant tout humanitaire car il a pour objectif majeur la récolte de fond nécessaire au financement de microcrédits. Rappelons que ces micro-crédits consistent « en l’attribution de prêts concernant de petites sommes avec des taux d’intérêt réduits et sans garantie financière à des micro-entrepreneurs cherchant à créer des activités durables. » On peut légitimement se demander comment le fait de pédaler 20.000 kilomètres leur permettra d’apporter une aide financière au micro-crédit. Ce tour du monde ressemble en fait à une course de charité géante: « Pédaler plus pour gagner plus », car c’est au kilomètre parcouru qu’ils souhaitent être sponsorisés. « Le financement de chaque kilomètre à hauteur de 4€ nous permettra de reverser 2€ par kilomètre parcouru au microcrédit et d’œuvrer ainsi avec vous à la création de plus d’une entreprise par jour pédalé » nous précise leur site sur lequel il est directement possible de proposer une aide financière, ou tout sciences-piste est le bienvenu.

Mais cette course de charité se distingue de toutes les autres par les étapes que les trois étudiants vont faire au cours de leur voyage. En étroite collaboration avec deux ONG françaises, « Babyloan » et « Entrepreneurs du Monde », les étudiants bénéficieront de leur agences locales dans lesquels ils séjourneront quelques jours à chaque fois afin d’aller au contact des entrepreneurs qu’ils soutiendront. Concrètement, Tristan et Antoine nous expliquent qu’ils partent sur trois cycles de prêt, c’est à dire qu’ils apportent des fonds à l’ONG. Cette dernière prête aux entrepreneurs à taux 0, qui 8 mois plus tard les remboursent. Les trois guidons récupèrent les fonds, qu’ils prêtent une nouvelle fois à ces ONG, etc… Selon eux, ce cycle viendra à crée «  »un effet revolving pourrait ainsi nourrir un cercle vertueux permettant de réutiliser ces fonds, à terme, pour aider toujours plus de personnes à acquérir les outils qui leur permettront de sortir par eux-mêmes de la misère. L’effet direct de chaque prêt sera ainsi démultiplié ». A la fin du troisième cycle, les étudiants comptent probablement verser l’argent sous forme de don à une de leur entreprise partenaire « Entrepreneurs du Monde » ».
Le dernier volet de leur projet est enfin scientifique: Entrés en contact avec une chercheuse en micro-développement de Sciences Po, leur projet personnel servira aussi d’étude comparative des différentes formes de microcrédit. Ils soumettront donc aux entrepreneurs qu’ils rencontreront des questionnaires qui permettront de tirer des conclusions sur les différents effets de ces micro-crédits.

Portrait d'Alexandre LouriéAlexandre Lourié présente quant à lui un projet hybride, compilant humanitaire et études dans deux universités aux spécialités différentes. A la recherche de la troisième année la plus enrichissante possible, il décide de ne pas se restreindre à un seul lieu ni à une seule activité. Son année est donc séparée en deux semestres bien différents: il passera ses six premiers mois à Manille, aux Philippines, ou il alternera entre des études de relations internationales à l’université et un travail en tant que professeur dans une ONG s’occupant d’enfants de la rue. Son deuxième semestre se déroulera quant à lui, à Singapour, dans le cadre d’études de finances. Le projet personnel est donc pour Alexandre Lourié une formidable occasion de confronter deux styles de vie et d’études différents pour choisir au mieux son orientation professionnelle. En effet l’intérêt de son projet et selon lui de « faire le grand écart entre une société philippine très hétérogène et une société Singapourienne ultra-mondialisée au niveau de vie homogène et élevé ».

Mais comment ont ils réussi à faire partie des 8 chanceux à pouvoir emprunter cette voie ? Quels sont les critères de sélections ? Les règles de l’administration ? A cette dernière question, les étudiants interrogés sont unanimes: « il n’y en a aucune ». C’est aux étudiants de faire les démarches nécessaires pour contacter l’administration, et ne recevront en retour ni aide ni soutien. Sciences Po ne fait que valider ou non les projets. La procédure est donc très compliquée, un étudiant déplore même « il faut envoyer 100 mails, appeler 50 fois et se rendre dans les bureaux pour pouvoir expliquer le projet puis attendre la réponse qui me fut donnée par téléphone accompagnée d’un encourageant « à tes risques et périls » ». Un autre regrette: « si l’on sait qu’il existe les projets personnels, on n’indique jamais les démarches à faire, donc personne ne sait comment s’y prendre ». Or, il est indispensable d’avoir son projet validé au début du premier semestre, avant la fin des remises de dossiers pour les choix des universités. Une fois validé, le projet ne reste plus qu’à être financé, et c’est là que les choses se compliquent. Une nouvelle fois, l‘administration ne semble pas encline à offrir ses services, car si l’accès à l’annuaire d’Alumni est autorisé, aucune aide financière n’est apportée, que ce soit pour sponsoriser ou pour alléger les frais de scolarité de l’étudiant. Le comportement de l’administration vis à vis des projets personnels est donc intriguant: il semblerait même que Sciences Po veuille limiter l’accès au projet personnel par la multiplication de « barrières à l’entrée ».

Ainsi, si le nombre de candidats au projet est ridicule, tous les projets ne sont pas non plus validés par l’administration. Cette année c’est le cas de A. (l’élève préfère rester anonyme). Passionnée par le septième art, A. rêve d’intégrer la Femis, une école de cinéma sélective et renommée. Cette dernière connait cependant ces derniers temps un problème de taille: elle n’a pas sorti un réalisateur digne de ce nom depuis près de 10 ans. En partant de ce problème reconnu par de nombreux observateurs, A. s’est demandée dans quelle mesure les pays d’Europe répondaient à la difficile formation des réalisateurs de cinéma.
A. avait donc choisi de baser son projet personnel sur ce problème en souhaitant réaliser une étude comparative, elle avait déterminé une liste d’une dizaine d’écoles européennes, dans lesquelles elle aurait à chaque fois séjourné un mois. A. ne s’attendait pas à une telle désillusion. Son projet était bâti, construit et cohérent, elle avait déjà sponsors et feuille de route: il ne lui manquait plus que l’accord de l’administration. Chaque étape était prévue pour coller avec un moment marquant et édifiant dans la formation des futurs réalisateurs tels que la rentrée des 1A, la réalisation du premier film, les mémoires de fin d’année, etc..
Mais les responsables de l’administration en ont décidé autrement. Officiellement ils lui reprochaient que cette étude ne soit ni sociologique, ni pédagogique mais purement centrée sur le cinéma, et lui ont conseillé de « se débrouiller pour aller dans une université avec des cours de cinéma ». Bon esprit, A. ne désespère pas pour autant, et reste déterminée et persuadée qu’elle trouvera un jour le moyen de mener à bien ce projet, à Sciences Po ou non. En attendant, elle étudiera l’année prochaine au sein d’une université réputée pour ses… cours de cinéma.

17 Comments

  • UltrAsiat

    C’est vraiment de Lourié cette perle :  » faire le grand écart entre une société philippine très hétérogène et une société Singapourienne ultra-mondialisée au niveau de vie homogène et élevé ».  » ? Hihihihi

  • 3A

    « cette occasion unique de mener à bien un projet original et personnel »

    Merci pour les 99% d’autres élèves qui n’ont pas choisi cette voie et qui achèvent en ce moment un projet banal et impersonnel donc.

  • Antoine

    Il serait peut-être intéressant pour LP de mentionner qu’une année en université, ce n’est pas non plus neuf mois comme un glandu à suivre des cours de merde. En particulier, les facs américaines permettent de faire des stages longs à la place des cours (ce que Sciences Po valide sans problème): programme UCDC du réseau des University of California, programme de l’université John Hopkins, etc. et que de nombreuses associations permettent de réaliser des séjours humanitaires développés et enrichissants en Amérique Latine en particulier…

  • Lou

    Au pire, la chieuse, je te propose de devenir Rédac Chef et de consacrer 2 à 3 h quotidiennes de ta vie d’étudiante débordée à corriger les fautes diverses de rédacteurs débutants. Et ce à la place de la correction de tes propres papers, ou de tes pauses pintes entre amis… Alors, preneuse?

  • La chieuse

    D’autant qu’il n’y a [peu de] personnes affectée à [cette université], ce qui simplifie encore plus la tâche… Merci à LaPéniche, avec des journalistes comme vous, la protection juridique des sources n’aurait même plus aucune raison d’être puisque vous vous chargez vous-même de la saboter !
    (autre chose qui m’a beaucoup fait rire : « Passionné(e) par le septième art », avec un peu plus loin : « A. s’est demandée » -> LOL).

    D’autre part je m’interroge tout comme Frida sur votre niveau de relecture… Je n’apprécie pas particulièrement les donneurs de leçons qui relèvent les petites fautes à chaque article et je ne le fais jamais, d’autant qu’on fait tous des erreurs ponctuelles, mais quand elles sont répétées et grossières comme c’est le cas ici, ça devient très vite agaçant… Tu écris : « les actuels Premières Année » (c’est Premières Années ou Première Année mais pas un mix), « troisième alternative » (une alternative ne concerne que 2 options, le « troisième » est donc de trop), « 0,006% » (à moins que ce soit une façon peu judicieuse d’exagérer volontairement la faible proportion, si 8 élèves représentent 0,006% cela veut dire que la promo de 2A est constituée de plus de 130000 étudiants…), et ce n’est que dans le premier paragraphe.

    Je ne parle même pas de la ponctuation : des virgules à des endroits bizarres, omission des deux points pour introduire une citation, majuscule après les deux points, doublement des guillemets et utilisation des règles de typographie anglaises (pas d’espacement avant les deux points, 20.000 et 80.000 au lieu de 20 000 et 80 000).

    Sans compter les autres erreurs grossières : « Ho Chi Minh » au lieu de « Ho Chi Minh Ville », « fond nécessaire » quand cela devrait être « fonds nécessaires », « ou » à la place de « où », « micro-crédit », « compilant » au lieu de « combinant », « alterner entre … et … » à la place de « alterner … et/avec … », « et » au lieu de « est », « vis à vis » au lieu de « vis-à-vis », « connait » à la place de « connaît », « un moment marquant […] tels que », etc.

    Mention spéciale à cette phrase incompréhensible : « Selon eux, ce cycle viendra à crée «  »un effet revolving pourrait ainsi nourrir un cercle vertueux[…] » ainsi qu’à cette question qui cumule un bon paquet d’erreurs atroces : « Mais comment ont ils réussi à faire partie des 8 chanceux a pouvoir emprunté cette voie ? ».

    Alors, s’il te plaît, RELIS-TOI ! Ceci dit, que cela ne t’empêche pas de continuer à écrire, parce que le fond (et non pas du fonds haha) de l’article est plutôt bon. J’apprécie l’initiative de parler de cette voie dont étrangement on ne parle JAMAIS (à part pour nous rappeler (à moins que cela soit une légende ?) que la chanteuse Camille a enregistré son premier album en 3A), alors qu’elle peut mener à des projets passionnants et originaux. J’aurais juste peut-être aimé avoir plus d’exemples de projets, parce que je suis sûre que les quatre autres élèvent méritent également qu’on parle d’eux. Pour les projets qui s’y prêtent, pourquoi pas une initiative de LaPéniche pour tenter d’agréger des articles de ces élèves tout au long de leur année ? Ou du moins à sa fin ? J’aurais également trouvé intéressant d’avoir un ou deux témoignages d’élèves ayant déjà réalisé ce genre de projet personnel, pour avoir une idée du bilan qui peut en être tiré et de ce que cela leur a apporté, au-delà de l’enthousiasme de l’organisation et des débuts.

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