Vie du campus

Le Master Gestion des Ressources Humaines en apprentissage

Nous touchons à la fin de cette série de dossiers consacrés aux différentes mentions du diplôme de Sciences Po. Le master GRH, dont la seconde année est effectuée en alternance en entreprise, forme ses étudiants aux métiers de la gestion stratégique des ressources humaines et du conseil en management. Nous avons recueilli les avis de Gilles Verrier, consultant et enseignant dans ce master, Marie-Caroline Baron, quatrième année, en tant que Vice Présidente de Sciences Pôle RH, l’association des étudiants du master et Alain-Richard Chédjou Takam, élève de cinquième année.

Quatre objectifs principaux sont énoncés par le site de Sciences Po pour ce master : la « connaissance du monde de l’entreprise, des outils de gestion et du droit social », un « environnement international », « être opérationnel à court terme » et l’acquisition de compétences stratégiques.

La première année est constituée de cours fondamentaux et d’une enquête de terrain. La seconde année se veut un approfondissement de la professionnalisation articulant étroitement les apports théoriques et pratiques.


Gilles Verrier, ancien Directeur des Ressources Humaines du Groupe Décathlon, impliqué et à l’enthousiasme communicatif, enseigne depuis quatre ans au sein du master Gestion des Ressources Humaines, en parallèle à ses activités de consultant et d’écriture. Il a accepté de nous faire partager sa connaissance de cette formation, la responsable pédagogique fraîchement nommée n’ayant pu être contactée à temps.

  • LaPéniche.net: Depuis quand le master existe-t-il ?

Le master GRH a été créé au moment où Sciences Po a adopté la réforme LMD et où la formation est devenue un cursus en cinq ans. Il existe donc depuis qu’il y a des masters à Sciences Po. Bien évidemment, il a nettement évolué entre-temps. Depuis 2004 notamment, des changements significatifs ont eu lieu.

Avant même la création du master, de nombreux diplômés de Sciences Po s’étaient tournés vers les métiers des ressources humaines, ce qui donne pleine légitimité à cette formation au sein de l’Institut.

  • LaPéniche.net: Qu’en est-il des débouchés de ce master ?

Nous formons de futurs praticiens des ressources humaines, des opérationnels qui auront aussi la particularité de savoir mobiliser des concepts en plus d’être capables de gérer des questions concrètes.

La plupart des formations en ressources humaines existant sur le marché sont de deux types : des formations très techniques, du type « DUT en cinq ans », qui forment des opérationnels, des formations très académiques qui produisent des chargés d’études à l’approche uniquement conceptuelle. Le master de Sciences Po articule les deux dimensions : avec l’apprentissage en seconde année de master et le fait que les deux tiers des intervenants sont des professionnels, il a une dimension opérationnelle forte. Mais elle est couplée avec une approche conceptuelle développée par l’étude de champs divers des sciences humaines.

Avec ces dernières évolutions, Sciences Po fait son grand retour en RH : le master fait maintenant partie des trois formations de niveau bac + 5 en ressources humaines les plus reconnues.

Les besoins de recrutement en ressources humaines sont massifs. Les offres de l’Apec sur des postes de jeunes diplômés en RH ont augmenté de 50% en un an. Aujourd’hui les jeunes diplômés de Sciences Po sont recrutés en tant qu’opérationnels, puis évoluent vers des fonctions qui demandent une approche plus stratégique.

Les diplômés du Master sont essentiellement recrutés en entreprise, sur des postes de généralistes de RH, sur une des fonctionnalités RH : développement des compétences, recrutement, etc, et parfois sur des problématiques nouvelles telles que la diversité ou le développement durable. La dimension administrative, les relations sociales, les restructurations sont présentes, mais représentent moins de 20% du métier. A mon sens, ce qui est passionnant dans les RH, c’est de contribuer au développement de l’entreprise en développant les personnes qui y travaillent !

De grandes entreprises comme Areva, Schlumberger, Danone, Air France, etc, recrutent désormais prioritairement à Sciences Po pour leurs postes en ressources humaines. Ces groupes aux exigences de qualité élevées ont des relations privilégiées avec Sciences Po, de même que d’autres entreprises de plus petite dimension, ce qui laisse un large choix aux diplômés du master.

LaPéniche.net: Quel est le degré d’ouverture sur l’international ?

La dimension internationale est forte dans ce master. Elle est intégrée dans tous les cours. De plus, un des cours, celui d’« International Human Resources Management », est plus particulièrement dédié à cette dimension. Les étudiants l’ont compris : onze nationalités différentes sont représentées dans le master.

Par ailleurs, la seconde année de master démarre par une semaine à l’étranger, à la rencontre du milieu des ressources humaines dans le pays (Milan en 2007, Londres en 2006 et 2008).

  • LaPéniche.net: Une formation complémentaire est-elle recommandée après le master ?

A priori, non, étant donné que le master est professionnalisant. L’apprentissage de seconde année conduit directement au recrutement.

En première année, les étudiants bénéficient d’un cours de « Construction du projet professionnel », qui leur permet de mieux cerner les types de postes et d’entreprises qui les intéresseraient afin de bien choisir leur apprentissage.

  • LaPéniche.net: En ce qui vous concerne, pourquoi avez-vous choisi d’y enseigner il y a quatre ans et quelle satisfaction en retirez-vous aujourd’hui ?

J’ai été contacté par Sciences Po alors que je quittais la Direction des Ressources Humaines de Décathlon pour créer une société de conseil en ressources humaines. Je voulais alors m’investir sur trois plans : le conseil, l’enseignement et l’écriture.

Je suis très heureux du développement du master. Le nombre d’étudiants est passé de 13 à mon arrivée à 18, 22 et 37 cette année. Nous envisageons de dédoubler certains cours en raison du succès.

Le métier se transforme très rapidement, et notre formation aussi. Les aspects administratifs reculent face aux activités de développement : conduite du changement, développement des compétences, travail sur la qualité des pratiques de management, développement de la motivation des salariés, etc. Les ressources humaines intègrent aussi de manière de plus en plus marquée la dimension internationale.

  • LaPéniche.net: Y a-t-il des nouveautés annoncées à Sciences Po ?

La maquette du master continue à évoluer, pour former toujours mieux aux métiers des ressources humaines de demain.

Par ailleurs, Sciences Po va lancer en janvier 2009 un « Executive master RH ». Il s’agit d’un master en formation continue destiné à des profils ayant plus de cinq ans d’expérience dans les ressources humaines. Cette initiative va renforcer la visibilité de sciences Po comme acteur majeur de la formation RH.


Marie-Caroline Baron est Vice Présidente de l’association Sciences Pôle RH (dont le Président est Aymeric Régent). Admise à Sciences Po en première année, elle termine sa première année de master GRH.

  • LaPéniche.net : Quel est l’objet de Sciences Pôle RH ?

L’association a été créée pour permettre au master GRH de rayonner aussi bien à l’intérieur de Sciences Po en sensibilisant le 1er Cycle aux problématiques des ressources humaines qu’à l’extérieur auprès d’un réseau d’anciens et de professionnels.

Nous organisons depuis deux ans une conférence à thème par an, ce qui est moins que ce que nous avions prévu. Cette année elle portait sur le marketing des ressources humaines, sujet d’actualité pour lesquels sont intervenus des professionnels issus de grandes entreprises comme L’Oréal et Air Liquide mais aussi d’une PME et du milieu universitaire. A chaque fois, ces conférences sont un véritable succès !

Nous entretenons également des relations avec le réseau des anciens, qui convie nos membres actifs mais aussi les élèves du Master plusieurs fois par mois à des rencontres intéressantes avec des professionnels.

  • LaPéniche.net : En ce qui te concerne, pourquoi avoir choisi ce master d’une part et de t’engager dans cette association d’autre part ?

Je ne pensais pas vraiment aux ressources humaines avant de suivre, au cours de ma troisième année à la Bocconi de Milan, un cours à ce sujet. Le fait que les ressources humaines soient à l’heure actuelle un domaine de plus en plus stratégique et qui représente de réels enjeux pour les entreprises, ajouté à l’aspect humain du métier, me plaît.

Quant à m’engager dans la vie associative, j’ai pensé que ce serait formateur. L’idée de développer un réseau professionnel m’a aussi intéressée.

  • LaPéniche.net : Quel serait le bilan de cette première année de master ?

Les cours allient théorie (avec des cours sur la sociologie des organisations, le droit du travail, la gestion des ressources humaines) et pratique (avec la venue d’une chasseuse de têtes professionnelle qui nous aide à forger notre projet professionnel et à choisir notre apprentissage, la réalisation d’une étude sociologique de terrain, des conférences sur l’actualité RH…). Nous assistons aussi régulièrement à des conférences sur les grands thèmes de l’actualité des ressources humaines.

Trouver un apprentissage n’est pas une chose évidente : étant donné le coût de la formation, seules les grandes entreprises proposent la formule de l’apprentissage. Et encore pas toutes. Pourtant nous en avons presque tous déjà trouvé un pour l’année prochaine.

  • LaPéniche.net : Comment peut-on rejoindre l’association ?

Une réunion sera organisée en début d’année. Par la suite, les postes sont votés.


Alain-Richard Takam, étudiant de la promotion 2008 du master Gestion des Ressources Humaines.

  • LaPéniche.net : Peux-tu nous rappeler brièvement ton parcours avant et à Sciences Po ?

J’ai intégré le master GRH de Sciences Po en 2006 après avoir terminé au Cameroun une Maîtrise en Communication et Gestion des Ressources Humaines. Je souhaitais alors compléter ma formation au sein une école prestigieuse, seule garantie pour la carrière internationale à la quelle j’aspire tant.

  • LaPéniche.net : Quelle est, selon toi, la particularité de ce master par rapport aux autres formations proposées par Sciences Po ?

Sans aucune hésitation, c’est l’apprentissage en seconde année. Deux autres éléments sont également caractéristiques : l’ambiance bon enfant qui règne parmi les étudiants du Master du fait du petit nombre que nous sommes d’une part, et un corps enseignant constitué à majorité de professionnels de la fonction RH issus des plus grands Groupes français et transnationaux.

  • LaPéniche.net : Quelles sont les conséquences du petit nombre des étudiants du master, que tu as évoqué comme l’une de ses caractéristiques ?

Il est évident que le petit nombre des étudiants permet un encadrement plus personnalisé et davantage de suivi. Les enseignants connaissent à peu près tous les étudiants.

Malheureusement, j’ai bien peur que sur ce plan, les choses n’aillent pas en s’améliorant. Dans ma promo, nous sommes 23 ; dans la promo 2009, ils sont 33. Et pour la promo 2010 qui devrait rentrer l’année prochaine, les responsables du Master annoncent un effectif d’environ 70 personnes. Même s’ils nous disent qu’il faut voir derrière ce grossissement des effectifs une reconnaissance et une assise plus grande de notre Master sur le marché, nous craignons que cela ait un effet la qualité des relations entre les personnes au sein du Master.

Mais surtout, nous craignons qu’il soit plus compliqué pour ces étudiants de se placer sur le marché. Avis que ne partagent pas du tout les responsables du Master. En tout cas, espérons qu’ils aient raison et que nous ayons tort. Sinon, ce serait vraiment dommage pour les futures promotions.

  • LaPéniche.net : Qu’en est-il de l’ambiance au sein du master ?

La réponse à cette question ne peut qu’être subjective, mais je dirais que pour un étranger comme moi qui arrivait dans une école inconnue et réputée difficile en terme de relationnel, ce Master a eu l’avantage de favoriser mon intégration. Je me rappelle par exemple que la deuxième semaine de cours, nous en étions déjà à organiser des soirées entre nous. L’autre point positif, c’est l’esprit de solidarité ou de position commune qu’on arrive à trouver chaque qu’il y a besoin d’une action ou une prise de décision concertée.

  • LaPéniche.net : Quelles seraient tes remarques à propos de la seconde année en alternance ?

Le format de l’apprentissage en alternance (une semaine en cours et trois semaines en entreprise) me paraît être la formule idéale. De cette façon, on n’est pas coupé pendant longtemps du monde de l’entreprise. Cet aller/retour constant permet par ailleurs d’échanger sur nos expériences respectivement ou encore de confronter nos approches sur des problématiques données.

Pendant l’apprentissage, on va travailler sur des projets sérieux et concrets. En général, l’entreprise ne vous rémunère pas pour nous confier des taches du type « faire du café » ou « faire les photocopies ». J’ai, pour ma part, été étonné de l’importance des missions qui m’ont été confiées. Par exemple j’ai été chargé du processus de recrutement de 14 stagiaires ingénieurs, dont je me suis occupé dans son ensemble. Je pourrais également citer la mise en place d’un outil de gestion des carrières pour les non cadres. Bref, la valeur ajoutée de cette année d’apprentissage est incontestable.

L’objectif du contrat d’apprentissage est généralement, pour l’étudiant comme pour l’entreprise, le recrutement de l’apprenti à terme. Il faut préciser que les frais de scolarité de l’étudiant sont pris en charge par l’entreprise qui réalise donc un investissement dont elle ne souhaite pas perdre les bénéfices.

Le témoignage d’Alain-Richard Chédjou Takam a également été recueilli par Sciences Pôle RH, l’association des étudiants du master Gestion des Ressources Humaines.


  • Liens utiles :

A propos du master GRH

La maquette pédagogique

La responsable pédagogique

Sciences Pôle RH

4 Comments

  • m

    Pourquoi toujours associer dimension administrative et relations sociales ? N’y a-t-il pas davantage d’enjeux au dialogue social qu’à la papouille individuelle ? Un recrutement raté coûte-t-il plus cher qu’une grève ? le développement des compétences est-il plus stratégique que les restructurations ?
    Je me rassure en sachant que ce point de vue n’est pas partagé par toutes les entreprises indstrielles….
    m.

  • m

    Pourquoi toujours associer dimension administrative et relations sociales ? N’y a-t-il pas davantage d’enjeux au dialogue social qu’à la papouille individuelle ? Un recrutement raté coûte-t-il plus cher qu’une grève ? le développement des compétences est-il plus stratégique que les restructurations ?
    Je me rassure en sachant que ce point de vue n’est pas partagé par toutes les entreprises indstrielles….
    m.

  • Janus 2009 and +

    Penser comme Alain-Richard que parce qu’il y aura 30 diplômés RH en plus à Sciences Po, ils auront du mal à se placer sur la marché, c’est vraiment être dans une démarche élitiste…

    On se renseigne avant sur les débouchés quand on veut faire une formation, man ! Et autant les cultureux ont du mal à se caser, autant ce sont chaque année des milliers de postes en RH qui sont dispo pour des jeunes diplômés.

    Allez t’inquiète Alain-Richard, t’arriveras à te caser !

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