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Le jardin millionnaire

Jeudi 21 AVRIL. Poème de mon enfance.

Le jardin millionnaire
Piller le grenier de l’enfance
Jusqu’au jardin de ma maison mitoyenne
Aux pâquerettes dans la tondeuse
Et aux brins d’herbe irréguliers
Je marche, clandestin de mon propre corps
Si nu, et mes pas font couler le sol,
La butte paraît colline et le pin séquoia
Aventurier, je n’ai plus peur de rien
Et le soleil m’inonde de tout son spectre.
Les kilomètres de route, les obstacles franchis
Le toboggan au plastique léché par le temps


Derrière tout ça, la gloire de mon père
Et des formes poissonneuses créant des sillons dans l’eau trouble
De l’étang, ne pouvait ressortir que le chant des grenouilles
Délicat quelquefois mais hurlé pendant les amours
Autour, l’artificiel et la nature font un beau mélange,
Mais je ne vois que les formes
Les haies, les murs, le cabanon en fleurs
Tout s’épanouit tandis que je constate
Que je ne suis qu’un locataire pour un tel lieu
L’oiseau de passage qui migrera bien assez vite.
Le temps ne me soucie finalement plus beaucoup
Quand j’entends qu’on m’appelle depuis la terrasse
Elle aussi posée sur un sol millénaire
Je lève la tête et vois ce qui a disparu
Le puits vide, tas de rocs, doux comédon
Le barbecue en dur gros comme la maison
Et j’espère secrètement que le jardin millionnaire
N’a pas perdu trace de mon passage.

NATHAN