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La Leçon de l’année qui n’en était pas une

 __La Leçon de l'année Pour sa première Leçon de l’année, RSP a invité Olivier Duhamel. LaPéniche.net était là et vous raconte cette leçon pour le moins atypique, à mi-chemin entre le divan du psy et la séance de congratulations.

Après un vote électronique organisé en avril, les étudiants ont désigné le professeur Olivier Duhamel pour la Leçon de l’année, un événement inédit organisé par RSP.fm pour ses cinq ans d’existence. « Dépassées par le nombre », l’association radiophonique et l’administration ont préféré procéder à des inscriptions en ligne. Néanmoins, l’entrée a été plus ou moins libre, puisque plusieurs personnes seraient entrées dans Boutmy sans s’être préalablement inscrit sur Internet.

Dans un amphithéâtre Boutmy rempli (mais pas plein à craquer), les applaudissements sont appuyés à l’arrivée d’Olivier Duhamel, mais sans standing ovation ; il n’y en aura d’ailleurs aucune. Quatre discours introductifs ont précédé l’intervention d’Olivier Duhamel, à commencer par celui d’Alice Dunoyer de Segonzac, présidente de RSP. La présidente de RSP évoque aussi les perspectives de l’association, et notamment la création prochaine du Pôle médias à Sciences Po (dont LaPéniche.net aura l’occasion de vous reparler), avant d’enchaîner sur la précédente – et mémorable – participation d’Olivier Duhamel à RSP : c’était un 5 novembre 2008, aussi dans Boutmy… vers cinq heures du matin (la nuit électorale américaine).

Puis c’est au tour de Richard Descoings. Les 1A reconnaissent alors, presque mot pour mot, ce qu’il avait déjà dit le 24 novembre 2010, sur la même estrade, lors du dernier cours magistral d’Olivier Duhamel : il répète ainsi qu’O. Duhamel « de tous les combats » ou qu’il s’était engagé dans la création d’une 3A à l’étranger … devant ce jeu de fausses manières, le public prend son mal en patience et attend la suite.

Mais les choses vraiment intéressantes arrivent avec les deux autres intervenants. Maître Antonin Lévy se lance dans un éloge subtil de son ancien enseignant. Commençant son intervention en précisant que l’élève et le professeur sont désormais sur la même estrade, l’avocat n’hésite pas à dire d’Olivier Duhamel qu’il est son « jeune collègue » du barreau (O. Duhamel exerce en tant qu’avocat depuis décembre). Antonin Lévy n’a pas non plus oublié la façon dont le science-piste prépare son exposé d’institutions politiques : en travaillant entre 3h et 6h du matin le jour même, en reprenant les expressions d’Olivier Duhamel et en se les attribuant ; et Me Lévy de dire « vous appelez ça du plagiat, moi j’appelle cela de l’amour ! ». On retiendra aussi une anecdote presque oubliée des étudiants d’aujourd’hui : irrité que très peu d’étudiants n’aient lu le dernier ouvrage de François Furet (coûtant la bagatelle de 400F… c’était au siècle dernier), il met au défi tout Boutmy de donner le nom d’un historien socialiste de la rue d’Ulm, promettant un café à celui qui saura répondre. Mais par un concours de circonstance, les « deux tiers » de l’amphithéâtre Boutmy étaient en mesure de réclamer le café (et l’histoire voudrait que le Basile ait entamé des travaux de rénovation à cette occasion). « L’homme est perfectible » et plus jamais Olivier Duhamel n’a proposé de récompenser une réponse en amphi par un café ; dommage pour les promotions qui ont suivi et dommage pour le Basile.

Maître de conférences d’institutions politiques, Jean-Yves Gontier vient rappeler qu’Olivier Duhamel se présentait lui-même pendant les réunions pédagogiques comme aimant « apprendre, comprendre, partager ». Il brosse le portrait du professeur d’amphi en quelques traits saillants : Il y a les néologismes, surtout ceux qui rendent les choses encore plus compliquées : le système n’est pas majoritaire mais majoritarisé, il n’y a pas de communautarisme mais un consociativisme, et la démocratie de partis est une partitocratie partitocratique. D’autre part le goût des rimes s’exprime dans les plans : I. Le gouvernement limité ; II. Le parlement muselé – ou encore quand O. Duhamel décrit Sciences Po dans une vidéo institutionnelle (« ouvert, divers, planétaire »). Enfin un amour de la démocratie se voit décliné en une ribambelle de syntagmes par M. Duhamel (démocratie verte, démocratie numérique, démocratie délibérante…). Il semblerait que Jean-Yves Gontier n’a pas été informé de l’existence d’une vidéo préparée par des 1A en novembre dernier, où déjà un « lexique duhamélien » avait commencé à être établi – entre démocrature et vidéocratie ; en tout cas le maître de conférences a pu nous montrer que l’équipe enseignante n’était pas qu’une bande de « duhamélistes » dévoués corps et âme à leur gourou.

Déjà assis derrière la table de l’estrade pendant les discours introductifs, Olivier Duhamel annonce la couleur : ça ne sera pas une leçon mais une intervention. Il feint de s’excuser mais qui l’eût cru ? Le public se doutait bien qu’il n’assisterait pas à un treizième cours magistral. De l’intervention stricto sensu d’O. Duhamel, il y aura du nouveau et du beaucoup moins nouveau. À l’instar de Richard Descoings, il rappelle des éléments déjà connus, à commencer que sa seule activité qui lui donne le trac serait l’enseignement. Le corporatisme lui fait rappeler que la situation des professeurs d’université s’est sensiblement dégradée depuis plusieurs décennies, avec une subtile comparaison avec le conseiller d’État. La comparaison a peut-être déplu à Richard Descoings (conseiller d’État quand il se trouve hors de la rue Saint-Guillaume) ; quoiqu’il en soit Olivier Duhamel s’empresse de rappeler que Sciences Po déroge à la règle…

Parmi anecdotes éparses, deux choses retiennent l’attention. D’abord, le premier cours dispensé par Olivier Duhamel était une préparation pour Sciences Po destinée aux étudiants de lettres à Nanterre ; pour illustrer le principe de la volonté générale de Rousseau, O. Duhamel n’aurait pas eu de meilleure idée que de débattre sur le droit de l’enseignant à fumer dans la salle de cours – il semblerait que M. Duhamel ait finalement eu gain de cause et ait pu fumer… Puis un coming-out arrive : l’ancien eurodéputé avoue ne pas être un enseignant socialiste, juste un professeur qui « a des convictions » mais sans être « partisan ». Il est vrai que la mise au point méritait d’être faite au bout de vingt-cinq ans, tant ces convictions ont pu sembler être des notions de cours.

On pourrait penser que la « leçon » se terminerait avec Born in the USA de Bruce Springsteen – chanson entendue dans l’amphithéâtre Boutmy pendant la nuit américaine du 5 novembre 2008. Mais c’est l’émission de RSP.fm s’achève sur Et nous, chantée en espagnol et en français, écrite par Olivier Duhamel à ses heures perdues, déjà été jouée lors de son « autre » dernier cours – mais cette fois il n’y a pas de prestation à regarder en live (la bande sonore est juste diffusée) et les spectateurs promènent leurs yeux dans l’amphi. Vient l’heure des « cadeaux » : O. Duhamel reçoit un trophée en forme de boule de pétanque (pour une pratique supposée régulière de la pétanque), ainsi qu’une invitation à dîner à l’Arpège. Celles et ceux qui cherchent à dîner en tête-à-tête à Olivier Duhamel savent ce qu’il leur reste à faire !

On ressort de l’amphithéâtre Boutmy un peu déçu(e), malgré l’ambiance agréable. Si les prises de parole de Me Lévy et de Me Gontier étaient distrayantes, le discours de Richard Descoings sentait clairement le réchauffé – d’autant plus flagrant qu’il avait tenu les mêmes propos cinq mois plus tôt. Quoique flatté, Olivier Duhamel semblait aussi gêné qu’on dise autant de choses « trop gentilles » à son égard, et a cherché à jouer la montre : les anecdotes s’enchaînaient sans ordre apparent, alternant avec quelques préceptes (« ne pas apprendre les choses par cœur pour les avoir en tête, mais les apprendre avec sa tête pour les avoir dans le cœur ») et piques sur le système… En quelque sorte la Leçon d’Olivier Duhamel s’est transformée en célébration à la gloire d’Olivier Duhamel ; mais le format de l’événement (une personnalité mise en avant pendant une heure) rendait cet aspect inéluctable. Au final, les étudiants auront eu quelques récits amusants inconnus, beaucoup de louanges polis ou faussement familiers… mais pas de leçon !

3 Comments

  • ALice

    Cet article relate effectivement bien cette leçon mais en a pourtant omis une dimension importante : Olivier Duhamel venait de subir une perte très douloureuse au sein de sa famille.
    Autant dire que je pense qu’on pourrait déjà être reconnaissant envers Olivier Duhamel de ne pas avoir annulé étant donné les circonstances.

  • Clément

    Cet article est un très bon résumé de ce qu’il s’est passé en Boutmy ce soir là. Malgré tout, je pense qu’on peut difficilement reprocher à RSP de n’avoir pas organisé une véritable leçon étant donné que, comme il a été dit lors de l’évènement, c’est Duhamel qui a refusé de faire cette leçon. RSP a essayé de trouver un compromis pour satisfaire à la fois tous les élèves qui avaient voté Duhamel, et ce même Duhamel qui se refusait à faire un deuxième dernier cours.

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