Grand O de PPDA : notre invité fArvori ?

Grand O de PPDA : notre invité fArvori ?

Sciences Po a reçu mercredi dernier – dans le cadre du Grand Oral – le légendaire Patrick « PPDA » Poivre d’Arvor. Cet évènement, organisé conjointement par Sciences Po TV, La Péniche et Sciences Polémiques a réuni en Boutmy aspirants journalistes, fans de PPDA, et simples curieux, pour près de 90 minutes d’anecdotes en tout genre et souvenirs.

Une présentation (Sciences) Polémique de l’invité

Le Grand O s’est ouvert par une présentation de celui qui se voit décrit la définition de l’irrévérence à la française. On nous rappelle son parcours, son (bref) passage par l’IEP parisien, ses débuts à France Inter et sa consécration sur TF1 ; après quoi l’invité nous précise que contrairement à ce qu’on lui rabâche à chaque passage télévisé, son vrai premier journal date de septembre 1975, mais n’avait pas été enregistré, ce qui explique que le premier où on le voit vraiment soit celui de 1976. Il nous confie aussi ne pas comprendre que sur les 10 000 journaux TV qu’il a pu présenter, on  ne lui montre souvent que le dernier !

La revue de presse de La Péniche

Notre rédactrice en chef adorée s’est chargée de présenter plusieurs articles faisant le portrait de l’invité du soir. On pouvait notamment y lire que PPDA était une icône électro-ménagère, ce qui a donné lieu à la meilleure anecdote de cuisine possible : il nous raconte que Louis Aragon et Raoul Sangla étaient dans sa cuisine, et que suite à une micro-dispute où on traite Poivre d’Arvor d’ « icône » ce à quoi il répondit « oui, une icône électroménagère ». On aborde ensuite avec lui le fait qu’il ait pu être mis dans un moule, son image dans les média et dans les yeux des Français, un bref retour sur ce qu’il a fait à Sciences Po (spoiler : figurant de cinéma, contrôleur de Wagon à Vienne et surtout ne pas aller en cours) et l’ouverture sur le monde – selon ses propres mots ainsi que ceux de toutes nos lettres de motivation – que cela lui a apporté.

« Il y a du fakir chez PPDA ». Reprenant une autre expression médiatique, il explique les sacrifices qu’il a dû faire à travers sa carrière et affirme la timidité qu’il avait pu laisser entrevoir dans des interviews en disant notamment que « le vrai bonheur c’est de ne pas être regardé ». De cette timidité est née une observation accrue du monde, qui au final s’est soldée par une omniprésence persistante de l’actualité française et de la scène médiatique en générale.

De son départ du JT en 2008, il rappelle qu’il « [n’a] pas eu à démissionner, on [l]’a démissionné assez brutalement comme souvent dans ces entreprises de communication où ils ne savent pas communiquer ». Pour rappel, lors d’une interview du nouvellement élu président Sarkozy, il avait été un peu abrasif, voire provoquant. Le nouveau président de TF1 étant ami avec l’ex-président, son éviction n’a pas tardé. Il s’est ensuite éloigné, comme il nous l’explique, du journal jusqu’à ne plus le regarder pour ne pas tomber dans le jugement d’amis qui ont repris l’antenne à sa place. Selon PPDA, pour être un bon journaliste, il faut « ne pas lire que Libération » (petite boutade à notre rédactrice qui avait choisi de nombreuses citations dudit journal), aimer la didactique et la pédagogie de la chose, prendre par la main les gens pour leur donner l’information. Surtout : être convaincu de l’opinion/information que l’on donne, parce qu’on est convaincant quand on est convaincu. Enfin, il explique qu’après un bref mais intense intérêt pour la politique, il s’est focalisé sur l’écriture et le journalisme.

« L’Interview Politique qui n’a de politique que le nom » (citation directe) de Sciences Po TV

On se le demandait tous, que fait PPDA depuis qu’il a quitté le JT ? Selon ses mots, un peu de tout : de la mise en scène, de l’écriture – il dit aimer les vies romancées – de la télé parfois. Mais alors, que fait le JT depuis qu’il a quitté PPDA ? Bien moins d’audimat, déjà : 6 millions pour les bons soirs contre 10 millions quotidiens de son temps. Pourquoi ? Selon le journaliste, les gens regardaient la télévision ensemble, c’était un moment familial, là où aujourd’hui les plateformes se sont multipliées et on ne regarde plus la télévision ensemble. Par ailleurs, le fait de recevoir les informations par des notifications en permanence enlève au suspense qui donnait l’envie de regarder les informations pour savoir ce qu’il s’était passé dans la journée : la curiosité est endormie.

PPDA n’enterre pas le 20h pour autant et explique qu’il faut multiplier les propositions et les informations au lieu de servir la même chose à toutes les heures. Il rajoute que la délocalisation n’est pas plus difficile aujourd’hui – vous croyez que c’était facile du temps de l’URSS ? – mais qu’il faut savoir se battre pour arriver à avoir l’information que l’on recherche. Il explique également que diriger une chaîne télévisée dans son entièreté ne l’intéresse plus vraiment vu les contraintes et le diktat de l’audimat.

Des conseils pour de futurs aspirants journalistes ? « Ne surtout pas écouter ceux qui vous disent que c’était bouché et qu’il n y a pas de places, si vous êtes vraiment mordus et généreux – car il faut de l’empathie – faites ce métier, c’est un très beau métier et il y a bcp de travail à faire sur internet il faut commencer une vérification de l’information qui circule. »

Le grand témoin : Samuel Étienne

Il présente la matinale et Question pour un Champion, il a aussi été membre épisodique de Sciences Po, et est ami de Patrick Poivre d’Arvor : Samuel Étienne intervient alors pour poser quelques questions à son collègue. Son discours est laudatif, des journalistes comme ça y’en a plus des pareils ! La façon qu’il a de raconter l’information avec passion et envie de la partager avec le spectateur, son regard : tout donne l’impression d’être seul avec lui selon Étienne. Ils ont ensuite débattu du souci de la rapidité, l’immédiateté de l’information, la question de la vérification posant problème. Ils abordent également la représentation à la télévision : les accents, couleurs de peau, le handicap, la diversité en général en France qui manque à l’antenne – ils prennent l’exemple d’Harry Roselmack.

Quand on lui demande le journal – des 10 000 qu’il a présentés – qui l’a le plus marqué, il répond la chute du Mur, le drame du match de Furiani, et la chute des tours jumelles. Événements historiques et par conséquent médiatiques, il s’en souvient avec émotion.

Le temps de la Disruption SPK-ienne

Pensez vous qu’il faille revoter le Brexit ? L’intervention commence avec cette question, à laquelle notre invité répond un très naturel oui. Selon lui, les Anglais sauront se sortir d’affaire, et les pétitions qui circulent en sont un début de preuve. Comme d’habitude, chaque sujet se termine par la présentation d’un « meme », et voir PPDA essayer de comprendre le concept était un moment de pur plaisir pour les présents.

Il discute ensuite fake news et élections européennes : il juge absolument nécessaire de trouver des journalistes sur les réseaux sociaux qui puissent recouper les sources et vérifier le considérable flot d’informations qui circulent.

Enfin, quand on aborde la question des jeunes et de l’éducation au réchauffement climatique, il affirme que c’est un sujet dont les jeunes se sont emparés, et où ils s’y connaissent bien mieux que leurs aînés.

Interaction avec Boutmy

On retiendra que selon Poivre d’Arvor, les guignols ne sont pas à proprement parler la consécration de toute personnalité publique, mais il n’en est pas pour autant vexé. « Je n’ai rien fait pour interdire ou prendre une commission sur le personnage parce que la liberté d’expression doit être garantie », explique-t-il.

Des personnalités qui l’ont le plus marqué, il dit que des personnes comme Gandhi ou Mandela à qui il est arrivé des choses très lourdes à porter et qui s’en sortent sont impressionnantes, mais que ce sont les personnes de foi qui l’ont le plus marqué : Mère Teresa, le Dalai Lama ou encore le Pape.

Entre anecdotes et conseils, ce Grand O a donc encore une fois été une réussite et a confirmé une certitude : Patrick Poivre d’Arvor est bel et bien l’icône (électroménagère) des Français.

Rita Faridi

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