Vie du campus

Geneviève Fioraso siffle la fin de la récré

La nomination du nouveau directeur de Sciences Po a été reportée suite à la publication du rapport de la Cour des comptes sur la gestion de l’institut entre 2005 et 2010 au titre évocateur : « Sciences Po. Une forte ambition. Une gestion défaillante ».

Comme nous le soulignions hier dans une brève, la Cour des comptes publiait aujourd’hui son rapport définitif sur la mission de contrôle effectuée entre septembre 2011 et juin 2012 – et dont, rappelons-le, la concomitance avec la nomination du nouveau directeur n’était qu’un pur concours de circonstances (tragiques). Or la Cour, compte tenu des éléments observés, des « irrégularités récurrentes » a décidé de saisir la Cour de discipline budgétaire et financière (CDBF) ; la défense de l’institut n’aura donc pas convaincu des magistrats qui demandent que soient appliquées des amendes à une école dont on déplore pourtant l’état des finances. Affaire à suivre donc.

En outre, ce matin, la ministre de l’enseignement supérieur, Geneviève Fioraso, prenant acte de la gravité des dysfonctionnements et des anomalies mis en lumière par le rapport, a considéré que les conditions n’étaient « pas réunies pour qu'(elle) confirme par décret la désignation d’Hervé Crès ».

Le coup porté au duumvirat est terrible ; en imposant Hervé Crès au terme d’une procédure pour le moins opaque et déplorable, en catimini pendant les vacances scolaires, sans attendre la publication du rapport, ce à quoi ils s’étaient du reste engagés début septembre, ils n’ont pas particulièrement réjoui une ministre qui profite évidemment de l’occasion pour leur rendre la pareille. Sept mois après le décès de Richard Descoings, l’institut fragilisé s’englue chaque jour un peu plus dans la crise dont Hervé Crès estime qu’elle pourrait « casser la réputation et la dynamique » (interview au Monde) de Sciences Po …

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« J’ai décidé de désigner dans quelques jours, après avoir consulté les présidents des deux conseils (Michel Pébereau pour le conseil de direction et Jean-Claude Casanova pour le conseil d’administration) un nouvel administrateur provisoire pour permettre de procéder à une nouvelle désignation le plus rapidement possible » poursuit Geneviève Fioraso. Cet administrateur sera quelqu’un d’extérieur à l’institut et ne pourra pas se présenter à la succession de Richard Descoings. Une mise sous tutelle ? Non, assure-t-elle. Mais si LeMonde le dit ? Mais si LeMonde l’affirme sur les poteaux de la rue saint Guillaume ?

En fait, applaudissons cette initiative qui aurait dû être la première pierre du processus de nomination mais qui survient beaucoup trop tard ! Pourquoi avoir attendu la publication du rapport pour s’immiscer dans la procédure défaillante de succession de Richard Descoings ? Cette décision ministérielle aurait dû intervenir dès juin ! Cela aurait empêché les suspicions entourant Hervé Crès qui bien malgré lui a dû jouer sur deux fronts, jusqu’à cristalliser toutes les rancoeurs et les contestations. Ce dernier aurait surement préféré une toute autre situation de celle qui lui fut imposée … et à présent on voit mal comment après un tel coup de théâtre les frondeurs pourraient se contenter de nommer l’homme qu’ils ont frontalement combattu. Et cela aurait empêché de faire traîner encore et encore cette affaire, qui fissure chaque jour un peu plus l’institut. Par ailleurs c’est le même recteur qui avait désigné Hervé Crès en avril qui nommera l’administrateur provisoire de novembre.

Geneviève Fioraso demande-t-elle implicitement une tête ? Car si les deux présidents s’accrochent à leur perchoir, il n’en restera plus qu’une … Une tête qui aura servit de bouc-emissaire afin que d’autres se lavent les mains. Et méditons un instant, comme le rappelle très justement Arnaud Bontemps, cet extrait du procès verbal du conseil de direction du 18 juin : « Au terme des délibérations, Jean-Claude CASANOVA proposera un candidat. Si ce choix n’est pas approuvé, MM. CASANOVA et PEBEREAU remettront leurs mandats. » Le rendez-vous prévu demain soir à 17h avec la ministre pour essayer de faire prévaloir l’indépendance de la FNSP vis-à-vis de l’Etat et la légitimité du directeur nommé par deux comités est cruciale. Que peut-on attendre après un tel effet d’annonce gouvernemental ?

Bref, c’est reparti pour un tour ; et qui dit nouvelle procédure, dit encore six mois de tergiversations, dit retour de tous les anciens candidats déchus pour glaner ce triste morceau de viande que se partagent pour l’instant des responsables irresponsables et des charognards à micros. C’est désespérant parce que la grande majorité des étudiants et des salariés, tout ce qu’ils demandent, c’est d’en finir. Parce que si les meilleures choses ont une fin, elles sont bien les seules.

One Comment

  • Jiip

    La conclusion a tirer de cette histoire est simple : Casanova et Pébereau doivent démissionner et Crès se retirer. La gouvernance de ScPo doit être redéfinie.

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