Actualités,  Et ailleurs ?,  L'actu #compol vue par Julien Peres et Cyril Courson

« François Hollande, ce n’est pas l’homme du selfie »

Cyril Courson et Julien Peres
Cyril Courson et Julien Peres

Anciens collaborateurs parlementaires, férus de marketing, de numérique et de nouvelles technologies, Cyril Courson et Julien Peres ont co-fondé l’Agence Wefluence à la rentrée 2014. Ils accompagnent aujourd’hui élus, collectivités, institutions publiques et entreprises dans la définition et mise en oeuvre de leur stratégie de communication digitale.

Passionnés aussi bien par la communication de campagne que par la communication publique, ils scrutent en permanence les dernières innovations en la matière des start-up, en France comme à l’étranger. Chaque mois, ils décrypteront l’actualité de la communication politique pour La Peniche.  

Marine Le Pen est la personnalité politique marquante de l’année 2014 pour 42% des français selon un sondage OpinionWay. D’après vous, qui est la personnalité politique marquante de l’année 2014 en matière de communication numérique ? 

Julien Peres : En utilisant intelligemment les réseaux sociaux et la force de logiciels de gestion de communautés durant leurs campagnes, Anne Hidalgo et Nathalie Kosciusko-Morizet ont réussi brillamment le pari de concilier communication verticale et horizontale, là où trop de candidats oubliaient que dans « réseau social » il y avait « social ».

Elles ont su se servir des nouvelles technologies pour créer de la mobilisation militante, organiser leurs équipes, générer de l’engagement et construire une campagne ciblée. En cela, on peut dire que la personnalité politique numérique marquante de l’année 2014 est un ticket Hidalgo-NKM !

Cyril Courson : Ce n’est pas une personnalité mais une institution qui s’est particulièrement illustrée en 2014 : le Gouvernement. Ces derniers mois, sa communication originale sur les réseaux sociaux, diligentée par le Service d’Information du Gouvernement (SIG), mérite d’être saluée. Le « bingo de Noël » mis en ligne le 24 décembre a rencontré un vif succès et a même été repris par les médias. Fin novembre, le générique du film Star Wars avait été détourné pour la promotion de la  conférence sur le climat.

Preuve s’il en est que le gouvernement peut communiquer sur ces supports numériques avec dérision, tout en diffusant un message audible. Il est positif de noter qu’un acteur institutionnel tel que le gouvernement, utilise désormais les codes du web pour faire de la pédagogie et intéresser les citoyens de façon ludique sur des sujets sérieux. 

selfie

En matière de communication digitale, de quel dirigeant européen M.Hollande ferait-il bien de s’inspirer ? 

Julien Peres : En Europe, Matteo Renzi n’hésite pas à « se mettre en scène ». Seulement, transposée chez nous, cette stratégie serait périlleuse pour un président car de par notre particularité constitutionnelle, c’est au premier ministre qu’il revient de diriger l’action du gouvernement.

Ce serait donc plutôt au premier ministre et non au président d’envoyer des photos de ses dossiers, comme le fait Matteo Renzi ! Le Chef de l’Etat doit, au contraire, communiquer sur d’autres actions et se faire plus discret.

On pourrait quand même imaginer se jouer de la fameuse « rareté présidentielle », théorisée par Jacques Pilhan, avec un président familier de l’univers du digital, mais pas avec l’actuel chef de l’Etat qui n’est ni un instinctif ni un homme de l’instant. François Hollande n’est absolument pas l’homme du « selfie »

Cyril Courson : Dans la grande majorité, les principaux dirigeants européens ont une communication digitale relativement classique, avec une présence à minima sur les réseaux sociaux. David Cameron et Angela Merkel n’échappent pas à cette règle.

Au risque de faire sourire, je dirais que François Hollande peut trouver de l’inspiration chez Elio Di Rupo, l’ancien Premier Ministre de Belgique et actuel président du Parti Socialiste belge. Outre son nœud papillon qu’il ne quitte sous aucun prétexte car c’est sa tenue de combat, sa marque de fabrique, il maitrise et utilise parfaitement les codes du web. Il n’hésite pas à se mettre en scène et donner de sa personne lors des évènements. Sa force est de jongler efficacement entre la communication institutionnelle sérieuse et la communication légère, virale. 

La page Facebook de Nicolas Sarkozy.
La page Facebook de Nicolas Sarkozy.

Depuis son retour, Nicolas Sarkozy communique énormément sur Facebook : que penser de la stratégie de com’ digitale de l’ancien président ? 

Julien Peres : Cette stratégie lui permet d’amorcer son retour tout en évitant pour l’instant l’écueil de « l’omni-candidat ». Absent des médias traditionnels, il arrive quand même à accaparer la parole dans son camp et à diffuser des idées assez bien reprises. Il reste sous exposition médiatique tout en gardant la main sur son retour.

Reste à voir comment il va occuper l’espace dans les prochains mois lorsque la campagne de la primaire UMP pour la présidentielle sera lancée. Cette stratégie sur les réseaux sociaux devra alors s’insérer dans un plan de communication global, donc dans une stratégie politique de campagne long terme.

Cyril Courson : Le retour du « rouleau compresseur » Nicolas Sarkozy dans l’arène politique a été un franc succès. Il a annoncé son retour sur Facebook avec une publication qui a enregistré plus de 100 000 likes, un record en France pour un homme politique. Avec cette stratégie, il s’affiche comme un homme politique moderne, en phase avec son temps.

Malgré l’efficacité de sa communication digitale, les derniers sondages tendent à prouver que ce n’est pas suffisant, il est attendu sur le fond, sur son projet et sur sa vision pour la France. On ne peut que lui suggérer de faire sienne la célèbre maxime de Victor Hugo : « La forme, c’est le fond qui remonte à la surface ». Les mois à venir nous diront s’il parvient à convaincre et rassembler au-delà des militants.

Dans la même catégorie : « Pour Juppé, le premier round a été réussi » Anciens collaborateurs parlementaires, férus de marketing, de numérique et de nouvelles technologies, Cyril Courson et Julien Peres ont co-fondé l’Agence Wefluence à la rentrée 2014. Ils accompagnent aujourd’hui élus, collectivités, institutions publiques et entreprises dans la définition et mise en oeuvre de leur stratégie de communication digitale. Lire la suite.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée.