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Entretien avec Hélène Thouy : « Nous préparons les individus à être respectueux de leur prochain, animal ou humain »

La Péniche a reçu Hélène Thouy, avocate bordelaise, candidate animaliste à l’élection présidentielle de 2022. C’est la première fois que le parti animaliste se présente à cette élection nationale majeure, après avoir obtenu 2,17% des suffrages exprimés lors des élections européennes de 2019.

La Péniche : Vous êtes la candidate du parti animaliste. Mais qu’est-ce que ce parti ? Pourquoi une candidature animaliste vous semble-t-elle une nécessité pour cette élection présidentielle ? 

Le parti animaliste est un parti qui s’est donné pour objectif de défendre les intérêts des individus et de tous les individus. Ceux humains évidemment mais aussi les animaux. Il s’est donné pour objectif d’élargir notre champ de considération, de ne pas l’arrêter aux seuls humains mais de l’étendre aux animaux. Donc le parti animaliste rassemble toutes les personnes qui veulent défendre la cause animale et montrer les liens qu’il y a entre cause animale et cause humaine.

Quels sont ces liens ? La condition animale est-elle intrinsèquement liée à la condition humaine ?

Il y a beaucoup de liens. Celui souvent fait, qui est une de nos mesures principales, est la lutte voire la fin de l’élevage industriel et intensif puisqu’en France 8 animaux sur 10 proviennent de l’élevage intensif ou industriel. Les animaux y sont concentrés, enfermés, ne voient pas la lumière du jour. On sait que ces types d’élevages sont désastreux pour les animaux qui vivent dans des conditions très difficiles mais aussi que ce sont des foyers de futures pandémies puisque l’IPBS (Institut de pharmacologie et de biologie structurale) nous alerte là-dessus. Il nous dit que si l’on continue dans ce modèle d’élevage nous nous heurterons à des futures pandémies. Nous avons vécus pendant deux ans les conséquences d’une crise sanitaire, chacun d’entre nous peut mesurer les conséquences et les incidences extrêmement négatives que cela a pu avoir dans nos vies quotidiennes. Il faut prévenir les futures pandémies en arrêtant ces élevages, à la fois pour les animaux, pour les humains et pour l’environnement.

Quels changements institutionnels et politiques souhaitez-vous engager ? Quelle serait la mesure immédiate du parti animaliste ?

La première mesure concernerait donc l’élevage intensif. Nous arrêterions les nouvelles autorisations et les extensions d’élevages industriels et intensifs, nous mettrions fin également à la pêche industrielle, tous les bateaux qui sont supérieurs à 12 mètres.  À la fin du mandat ce serait un arrêt complet de l’élevage industriel et intensif et tout au long du mandat nous mettrions en place des mesures d’accompagnement des éleveurs. Il n’y a pas lieu de les laisser seuls dans cette situation, nous y sommes collectivement et donc il faut en sortir collectivement, il faut les aider. Les aider en rachetant leurs dettes, les aider en les formant, les aider en les orientant vers des filières d’avenir, notamment la filière végétale. Nous voulons relocaliser l’alimentation végétale, développer les cultures de légumineuses, de céréales et aussi par ce biais là, éviter de gaspiller toute cette nourriture de l’élevage intensif. En effet, il faut en moyenne 7 kilos de protéine végétale pour faire 1 kilo de protéine animale. On va réaffecter cette alimentation directement à l’usage des humains. C’est pour cela que l’autre grande mesure que l’on porte c’est la souveraineté et la sécurité alimentaire pour que tous les français puissent manger tous les jours à leur faim. Aujourd’hui 1 français sur 5 ne mange pas à sa faim. 

Vous parlez de souveraineté alimentaire. Cette souveraineté doit-elle être nationale ? Quelle est votre position quant à l’Europe ? L’Union Européenne est-elle une bonne chose pour la cause animale ?

Sur la cause animale, l’immense majorité des mesures pour les animaux provient de l’Union Européenne. Ces mesures ont permis des avancées, évidemment c’est toujours insuffisant car la façon dont sont traités les animaux est toujours catastrophique, mais s’il y a eu des mesures de protection en matière d’abattage, d’élevage, de transport, c’est grâce à l’Union Européenne.

Vous en êtes à votre première élection présidentielle, les sondages vous donne entre 0,5 et 2% des intentions de vote. Comment espérez-vous peser ? Pourquoi ne pas vous rallier à des partis tels que Europe Ecologie Les Verts ou La France Insoumise qui possèdent chacun des programmes écologiques fouillés, aboutis même ?

Nous ne sommes pas seuls, nous avons de plus en plus de citoyens qui nous rejoignent, qui veulent voter pour la cause animale, qui militent chaque jour et qui veulent que ce sujet avance. La cause animale on l’a conçue et on la porte comme un sujet transpartisan qui ne doit pas être enfermé dans une sensibilité politique. On compte au parti animimaliste des personnes de sensibilité de gauche, de droite ou des personnes ne se reconnaissant dans aucune sensibilité politique. Si l’on veut se donner les moyens et la chance que cette question animale avance et que des mesures ambitieuses pour les animaux aboutissent, il faut que tous les citoyens, quelles que soient leurs sensibilités, puissent se sentir concernés et puissent voter. C’est pour cela aussi que le parti animaliste tient à cette candidature indépendante mais aussi parce qu’aujourd’hui aucun autre candidat, aucune autre formation politique n’est suffisamment ambitieux sur la question animale, aucun n’a suffisamment fait ses preuves à ce sujet. Il ne s’agit pas de découvrir la question animale à quelques mois des élections. C’est bien d’en parler, c’est une avancée mais ce n’est pas suffisant, on veut des avancées concrètes et ambitieuses.

Le lobby de la chasse semble avoir un poids important, notamment sur le président actuel, quelles dispositions souhaiteriez-vous prendre concernant la pratique de la chasse ?

La chasse et le lobby des chasseurs constitue un vrai problème de démocratie. Déjà car une poignée de personnes influence la décision politique et freine toute avancée démocratique alors que la majorité des citoyens veut que différentes pratiques de chasse cessent. On ne parvient pas à les faire interdire parce qu’il y a cette minorité de blocage, ce lobby fort qui est fait au sommet de l’Etat. Emmanuel Macron a été particulièrement bienveillant avec les chasseurs durant tout son mandat.

Notre position sur la chasse c’est déjà de l’appréhender non pas comme quelque chose d’uniforme mais de s’intéresser point par point à ses différentes questions. Sur la question des chasses traditionnelles, des chasses à courre, évidemment il faut les interdire purement et simplement. Parce que c’est de la cruauté qui n’est justifiée par rien. Il faut aussi se poser la question des élevages d’animaux : c’est à peu près 30 millions d’animaux élevés en France chaque année pour être lâchés et servir de cible vivante. Là encore on est très loin du mythe de l’animal sauvage. Ces animaux qui sont incapables de se défendre subissent là-aussi d’atroces souffrances, ils sont tirés à bout portant et il n’y a aucune explication ou justification à ces pratiques là, il faut donc l’interdire.

La seule question qui reste quant à la chasse et qui fait débat c’est la question de la régulation et du dégât aux cultures. Il ne faut pas le contester, c’est une réalité, mais il faut changer d’angle de vue. On a le réflexe depuis des dizaines d’années, dès qu’il y a des dégâts aux cultures, de vouloir tuer les animaux sans jamais envisager d’autres hypothèses. On voit que les chasseurs sont en charge de cette question et en fait ils n’ont pas réglé le problème, ils n’ont fait que l’aggraver. Année après année le nombre de sangliers et les battues augmentent, c’est préjudiciable aux sangliers, aux autres animaux et aux riverains, les ruraux qui sont dans l’immense majorité opposés à cette chasse. En territoire rural et en territoire urbain, la chasse ne concerne que 2% des personnes. Cette question de régulation il faut l’appréhender de façon différente. Nous avons des propositions : protéger les cultures, identifier les parcelles à risque et développer des méthodes alternatives comme c’est le cas en Espagne. Il y a d’autres mesures qui peuvent permettre d’interdire la chasse de régulation, nous avons des solutions qui ne sont pas létales.

La sensibilisation à la cause animale doit-elle passer par l’éducation ?

Oui. Jules Ferry avait intégré dans les programmes scolaires l’éducation à l’éthique animale. Cela a disparu et il faut le réintégrer dans les programmes. Les enfants sont les futurs adultes de demain et ils ont souvent une sensibilité particulière aux animaux. Il faut les éduquer à protéger et à respecter les animaux. En fait, c’est une éducation au respect de l’autre. Avec cela, on prépare des adultes à être respectueux de leur prochain, animal ou humain et l’on prévient des futurs actes de violence à l’âge adulte. C’est donc fondamental pour positionner l’enfant dans son rapport à l’autre.

Comment le mettriez-vous en place ?

Un cours d’éthique animale à l’école et dans toutes les formations des professionnels, notamment celles juridiques. Les magistrats sont assez peu formés à ces questions là et il faut aussi les former à ces questions animales. 

Où en êtes-vous dans les parrainages ?

Nous sommes à un peu plus de 280 promesses de parrainages mais ce qui compte ce ne sont plus les promesses mais les dépôts officiels. Les premiers formulaires officiels commencent à arriver au Conseil Constitutionnel. Nous avons beaucoup de chance car nos militants sont mobilisés partout, sur tout le territoire, tous les jours, pour chercher les parrainages qui nous manquent. C’est difficile, les militants sont obligés de prendre des jours de congés pour aller les chercher et c’est un travail très compliqué. Nous y croyons, nous espérons. C’est une nécessité pour les animaux, pour la démocratie aussi, car nous avons prouvé en 2019 que nous n’avions besoin d’aucun moyen de médiatisation pour réunir un demi-million de voix, de scrutin. Il serait impensable que ces centaines de milliers d’électeurs se retrouvent dans l’incapacité de pouvoir exprimer leur voix. C’est une question de pluralisme politique et nous espérons que les maires, les élus sortiront de leur réserve et parraineront.

Comment êtes-vous accueillis par les maires justement ?

On est, dans l’immense majorité des cas, accueillis de façon très positive, ils nous souhaitent d’avoir nos parrainages. Le problème c’est la levée de l’anonymat des parrainages qui fait qu’ils ont peur de parrainer, ne veulent pas s’afficher et donc refusent de parrainer qui que ce soit.

Si les maires avaient la certitude que leur nom ne serait pas connu, on aurait nos 500 parrainages depuis longtemps. C’est seulement la question de l’anonymat qui freine car les maires pensent qu’il est légitime et nécessaire que nous ayons les 500 parrainages. 

Souhaitez-vous avancer vers une société non-spéciste ou antispéciste  ?

L’antispécisme, né dans les années 70, est un courant de pensée qui conteste l’idée selon laquelle l’homme est au sommet du règne animal. Cette éthique accorde une égale considération aux êtres éprouvant des sensations.

Le parti animaliste ne porte pas un projet antispéciste. Notre projet est en adéquation avec les attentes de la société car une large majorité de citoyen est favorable aux mesures en faveur des animaux. Cela a été mesuré par des sondages. Nous, ce que l’on porte, c’est de reconnecter la vie politique avec les attentes des citoyens parce que cela fait des années qu’ils témoignent de leurs attentes sur la cause animale. L’interdiction des corridas, des poules en cage, de la chasse à courre par exemple, et on n’y arrive pas. Donc il faut porter ces éléments en politique et nous en sommes là aujourd’hui. Nous n’avons pas au programme la fin de la consommation de viande mais une réduction à hauteur de 50% pour les 5 années à venir. 

Il ne faut donc pas forcement être végétarien pour rejoindre le parti animaliste ?

Non, nous avons des militants végétariens, végétaliens mais aussi des militants qui consomment de la viande. Nous accueillons toutes les personnes qui veulent ensemble faire avancer la cause animale.

Crédit image : ©AFP