Vie du campus

Elections syndicales 2007 : Le débat intersyndical de Sciences Po

Ce quinze janvier 2007, à 12h30, l´amphithéâtre Chapsal se remplit doucement. Doucement, et chichement, puisque sur les deux cent soixante places de l´amphi, seule une trentaine seront occupées au plus fort de la présence – fluctuante – de l´assistance. C´est que ce lundi, à l´heure du déjeuner, deux jours avant les élections syndicales, se tenait le grand débat intersyndical de Sciences Po.

Étaient présents :

M. Samuel ANDRÉ-BERCOVICI (2A) pour SUD étudiant.
Mlle. Savina BLOT-DOLLFUS (5A, Affaires Publiques) pour Nouvelle Donne.
M. Gwénolé BUCK (4A, Affaires Publiques) pour l´UNEF.
M. Vincent UHER (5A, Affaires Publiques) pour l´UNI.
M. Dominik ZUNT (4A, Finance & Stratégie) pour Interzaide-FacVerte.

La Confédération Étudiante n´a pas souhaité participer au débat. Son porte-parole Yassir déclare : « Nous regrettons que les étudiants n’aient pas fait le choix de venir participer au débat intersyndical, moment démocratique de la vie de notre IEP. Pour la Cé, il faut susciter le débat avec les étudiants au lieu de se complaire dans un microcosme de syndicalistes. C’est pourquoi nous faisons malheureusement le choix de ne pas participer à ce débat pour continuer à convaincre les étudiants de participer aux élections. ».

Après avoir tiré au sort des numéros afin de définir l´ordre dans lequel les syndicats seraient présentés, et après avoir en quelques instants définis les grandes lignes des différents programmes, les délégués ont répondu aux questions parfois virulentes de l´assistance, qui, venue peu nombreuse, semblait du moins espérer ne pas être venue pour rien.

Mais d´abord, puisqu´au final une élection n´est pas une guerre, puisque nul n´a appelé la salle au lynchage de tel ou tel délégué, puisqu´enfin les cinq syndicats présents ont partagé dans la bonne humeur les chips et le jus d´orange (à défaut du pain et du sel rituels), commençons par évoquer les points de concordance, les rassemblements, les accords, brefs les questions sur lesquels une coopération syndicale pourrait être envisagée : la politique des langues, déjà débattue dans ces pages, sur laquelle tous les syndicats admettent, pratiquement sans nuances, qu´il faudra nécessairement revenir, ou l´acquisition en décembre d´une certification Sciences Po à bac +3, soutenue par l´UNI, l´UNEF et Interzaide-FacVerte (alors seuls syndicats présents dans les instances de direction). Car, comme l´a nerveusement remarqué un spectateur (non-syndiqué), les querelles de clochers, les batailles de personnes ou les disputes sur la propriété intellectuelle de telle ou telle idée, voire sur la qualité comparée des sites Internet (Interzaide-FacVerte proclame le sien le « plus réussi », l´UNEF proteste) n´intéressent personne.

Ce qui n´a pas empêché, bien au contraire, chaque syndicat de faire état de sa spécificité, et par la même occasion de critiquer ses collègues sans qu´il y ait quelque collusion, au diable les affinités politiques. Et c´est tant mieux.

Les deux syndicats nouvellement arrivés, Nouvelle Donne et SUD (avec un bémol pour SUD, qui revient après deux ans d´absence) ont eu à faire leurs preuves face à des adversaires très remontés. Pour Nouvelle Donne, la position est claire : le syndicat « du centre et de la droite », loin de chasser sur les terres de l´UNI, veut amener à voter ceux qui rejettent les syndicats traditionnels et, s´ils admettent mener des combats qu´ils n´ont pas initié, souhaitent néanmoins amener « de nouveaux arguments ». Quant à SUD, les propositions du plus trublion des syndicats n´ont pas manqué de faire réagir la salle : suppression du concours, gratuité de l´entrée à Sciences Po, frein à la « loréalisation de Sciences Po » (néologisme pittoresque désignant la présence croissante d´entreprises privées), réforme globale des enseignements pour « intégrer des penseurs, notamment du XXème siècle, qui sont volontairement laissés de côté »… .

Les anciens syndicats, qui espèrent bien que cette profusion nouvelle, loin de disperser les votes, amènera les étudiants à se resserrer autour de « valeurs sûres », ont pour leur part fait valoir des spécificités bien connues. L´UNEF, syndicat majoritaire, vante « la démocratisation, l´épanouissement, l´excellence » ; considérant que sa « présence en Péniche » assure aux étudiants une bonne connaissance de son programme, son délégué et président a préféré insister sur la nécessaire transparences des décisions administratives (bourses de mobilités, etc.) et sur la lutte contre les discriminations, point qu´il a été le seul à invoquer.

Interzaide-FacVerte, fort de son statut de second syndicat de Sciences Po, a choisi pour mot d´ordre « international et social ». Défendant en premier lieu l´ouverture internationale de Sciences Po, le syndicat insiste sur son rôle dans l´obtention de nouveaux accords d´échange et sa prépondérance sur les sites délocalisés. Interzaide-FacVerte est également le seul syndicat à se proposer en faveur de la transformation des Master en Ecoles spécialisées, dans la mesure où « même si cela atteint l’homogénéité du diplôme, qui sera malgré tout maintenue à travers les troncs communs, un Master de la Sciences Po School of Finance aura plus de poids à l´étranger qu´un Master de l´IEP mention Finance & Stratégie ».

Pour l´UNI, le maître-mot est « excellence ». Excellence dans le recrutement, excellence dans la formation, excellence qui ne doit pas être perdue au profit de l´ouverture souhaitée par les autres syndicats. C´est pourquoi l´UNI, en plus de s´opposer à la réforme éventuelle du concours ou à la spécialisation du tronc commun, appelle la direction à « geler le nombre d´admis », jusqu´à ce que des conditions d´accueil et d´études plus favorables soient établis.

Les débats qui ont suivi ont permis de clarifier les positions des syndicats sur un certain nombre de sujets critiques. Ainsi, la réforme du tronc commun est acceptée par tous, mais il existe des divergences quant à la flexibilité à lui accorder : Interzaide-FacVerte veut autoriser les étudiants à suivre plus de deux enseignements de tronc commun, l´UNEF également mais seulement en tant qu´auditeurs libres ; Nouvelle Donne souhaite une plus grande souplesse pour les étudiants venant de premiers cycles et ayant déjà étudié les sciences sociales ; quant à SUD, il estime le une formation de base en sciences sociales indispensable, et devant être privilégié aux enseignements « inutiles » qui sont parfois dispensés, tels que Vie de l´Entreprise. Une fois levé le vieux lièvre de l´augmentation des droits de scolarité, seule l´UNEF propose l´annulation de la réforme de 2004, les autres syndicats souhaitant seulement son aménagement, voire, pour l´UNI, son maintien en l´état (SUD demande l´annulation pure et simple de tous les frais de scolarité).

D´autres sujets ont bien évidemment été abordés : la représentation des étudiants dans les sites délocalisés (qui a donné lieu à une mémorable prise de bec entre SUD et Interzaide-FacVerte), la transformation des Masters en Ecoles spécialisées financées par le privé et la réforme du calendrier universitaire. Plus de détails sur les positions des différents syndicats pourront être trouvés auprès de leurs représentants ou dans les programmes abondamment distribués qui remplissent tables et poubelles en Péniche depuis la semaine dernière.

Quant à l´animation du débat, elle n´a laissé aucun spectateur sur sa faim, puisqu´un certain nombre d´attaques, de disputes, d´apartés, d´interventions haute sen couleur du public ou encore de traits d´humour incisifs sont venus ponctuer la discussion, heureusement sans sombrer dans un pugilat improductif. Durant deux bonnes heures, le débat intersyndical, quoique parfois vif, s´est déroulé dans un calme relatif et une écoute mutuelle meilleure que ne pouvait le présager la composition de l´assistance. Car sur la trentaine de personnes présentes, seules quatre ou cinq n´étaient pas d´ores et déjà syndiquées. Ce, malgré l´affirmation des représentants de l´UNEF et d´Interzaide-FacVerte selon laquelle « la participation à Sciences Po est relativement élevée et prouve l´intérêt des élèves pour les questions syndicales »… .

6 Comments

  • David

    Ce n’est pas moi qui ait trouvé l’image, mais je crois qu’il suffit de faire une recherche dans Google Image en tapant "débat" et cette image apparaît en première page… .

  • David

    Ta citation exacte est la suivante :

    "…Pour nous, une école de Sciences Po Finance serait un pôle d’excellence qui réunirait les Master Inernational Business, Finance, Rech. Gouvernance Economique (à ce moment tu fais la différente entre Master Sciences Po School of Finance et Master IEP mention Finance et tu parles de "synergie entre les différents secrétariats", je ne met pas tout, c’est long), effectivement ça peut poser des problèmes pour l’homogénéisation du Master, mais nous voudrions tenter l’impossible et permettre aux étudiants de suivre les cours de tronc commun avec les étudiants d’autres écoles".

    Je vais rajouter un mot sur les troncs communs puisqu’effectivement tu les as mentionnés, mais je ne peux pas reproduire in extenso ce que vous avez dit. Tant u’à faire je vais aussi ortographier ton nom correctement (désolé pour ça).

  • dominik.zunt

    Merci pour ce compte-rendu assez fidèle. néanmoins je me permets de demander la rectification d’une citation pas 100% exacte.
    au sujet des écoles, j’ai dit que "IZFV est pour l’étude d’opportunité de transformation des masters en écoles, tout en préservant les troncs communs = unicite du diplome, même s’il s’agira d’une tache très difficile pour l’administration a mettre en oeuvre"
    En d’auters termes, IZFV ne souhaite pas que le passage aux ecoles atteigne l’unicite de notre diplomes. Nous envisageons les ecoles comme des poles de formation d’excellence et comme une meilleure lisibilite et visibilite de notre formation a l’etranger.

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