Cinéma

Ciné-Club : une introduction au cycle « Vive la crise ! »

Les Temps ModernesAu fond, la crise avouons-le, c’est un prétexte, notre macguffin. Ne cachons pas que dans ce cycle, les analyses économiques du taux d’intérêt et les variations du PIB resteront à la porte. Ce sera avant tout l’occasion de se demander comment a évolué la représentation du monde du travail au cinéma, de l’allégorie la plus poétique (Les Temps modernes) au réalisme le plus cru (It’s a free world).

Nous, étudiants, commençons à nous projeter de plus en plus précisément dans ce monde-là. Nous nous apprétons à le pénétrer avec un mélange d’envie et d’appréhension. Quelle place voulons-nous prendre dans ces énormes rouages qui pourraient briser notre précieuse individualité ? A quelles fins désirons-nous employer notre temps et notre force de travail ? Il est si courant de se forger des « moyens », des compétences, avant de se poser la question de la « fin »… Au-delà de la satire de la révolution industrielle, le chef d’oeuvre de Chaplin a une portée universelle, comme le rappelle André Bazin dans son texte. Il nous montre que face à l’absurdité d’un système, face à l’abrutissement du travail, l’humain finit toujours par se réveiller, par ramener son grain de sel pour tout faire dérailler et provoquer le rire. Un rire rassurant.

A l’autre bout du spectre, la noirceur de Ken Loach nous confronte à un dilemme moral lui aussi universel, dès lors que l’on connaît la fin qui nous anime. Jusqu’où est-on prêts à aller pour réussir ? La tenace héroïne d‘It’s a free world, par ses excès et ses faiblesses, vient nous rappeler que l’ambition individuelle se confronte toujours directement à un certain état de la société et que les choix personnels ne sont pas sans conséquence sur la collectivité. Pour tous ceux qui, dans cette école, se destinent à de hautes responsabilités, il ne faudra pas oublier cette fable désespérée.

Par ailleurs, ce cycle sera également l’occasion de revenir, par le biais du Voleur de Bicyclette, sur la vieille question du réalisme au cinéma. Le néo-réalisme fut parfaitement théorisé par André Bazin dans ses nombreux textes comme une manière de « faire de la contingence la matière du drame ». La contingence étant à entendre comme les innombrables petits hasards et évènements de la vie quotidienne. Il ne s’agit donc pas de rendre « crédibles » les personnages mais plutôt de réintroduire la grande tragique de la fiction dans des actions banales qui n’ont a priori aucun enjeux dramatiques. Rien à voir donc, avec le fait de s’intéresser aux classes populaire et de refaire Germinal au Xxème siècle. Dès lors, ceux qui verront le film de Ken Loach pourront se demander si le genre « réalisme social » auquel on le rattache souvent est pertinent ou pas.

Ces enjeux de cinéma sont indissociables des enjeux moraux portés par les films en question. L’éthique humaniste des cinéastes de ce cycle, les réflexions qui président à leur travail doivent pouvoir nous guider dans les choix que nous aurons tous à faire dans les prochaines années. Du moins, nous espérons qu’ils nourriront vos réflexions.

Pour le ciné-club l’année aura été riche en évènements et en émotions. Nous préparons déjà l’an prochain pour être toujours plus innovants. A ce titre toutes les bonnes volontés seront les bienvenues, n’hésitez pas à d’ores et déjà nous contacter si vous souhaitez participer ou nous soumettre vos idées ! Une seule adresse : gazettecine@gmail.com

A bientôt !

* La programmation, les mercredis (17 et/ou 19h en Boutmy) :

22 Avril : Les temps modernes, Charles Chaplin (97 min)

6 Mai : Les raisins de la colère, John Ford (130 min)

20 Mai : Le voleur de bicyclette, Vittorio De Sica (85 min)

27 Mai : Wall Street, Oliver Stone (122 min)

3 Juin : It’s a free world, Ken Loach (93 min)

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