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Si on peut pas majorer, on peut au moins rigoler

Il y a maintenant près de deux mois, mes contacts Facebook m’ont annoncé, par le biais de smileys pingouins qui pleuraient sur un clavier Apple rose et clignotant, la mort de Steve Jobs. Comme Steve Jobs vivait en Californie, et moi à Paris, je ne le voyais pas très souvent et je n’ai pas été affreusement affligée par sa mort. J’irai même jusqu’à dire que moi et mon PC on a bien rigolé. Bref, Steve Jobs était un chouette homme, mais il y a d’autres chouettes hommes avec des fins tragiques dont l’histoire gagne à être partagée; pour illuminer et épanouir vos chakras, voilà donc une histoire de noisettes, de sushis, de barques, et de nains.

Grand homme numéro 1 : Alan Turing

L’histoire du logo Apple remonte à il y a bien des années. En réalité, Apple n’existait pas encore. Le monde ne connaissait pas les iPods. Ni les écrans plats. Ni les scratchs. Ni les pantalons patte d’éléphant. Ni le micro onde. Ni Canal +. Ni le wifi. Ni le Prince Harry (si vous vous demandiez pourquoi au XXe siècle les gens étaient malheureux au point de déclencher deux guerres mondiales, voilà peut être un élément de réponse). Je pourrais continuer parce que trouve ça assez rigolo, mais je pense que vous avez compris. Dans ces temps reculés, troubles, agités, vivait un homme nommé Alan Turing. Ce brave Alan, spécialisé dans l’informatique naissante, était un sacré petit génie. Avec ses petits camarades, il a percé le mystère de la machine Enigma, et inventé plein de trucs que je ne saurais pas expliquer ici mais qui ont des noms compliqués et qui font se rouler par terre de plaisir tous les cryptographes informaticiens du monde.

Tous les grands génies ont un signe particulier : Yann Algan a un vespa rose, Bruno Latour a ses bouquetins, Senna de Secret Story a une grande difficulté à s’exprimer. Alan, lui, était obsédé par Blanche Neige. Blanche Neige, il est vrai, est carrément bonne ; cependant, Alan aimait les hommes, et sa fascination portait non pas sur le fait que cette chaudasse allume tous les nains un à un pour ensuite les plaquer pour un homme plus riche et puissant, mais sur la pomme que tend la sorcière à Blanche Neige. Enfermé seul dans une pièce, il regardait des heures entière en boucle le passage où la jeune fille croque la pomme.

Alan Turing n’a malheureusement pas fini en coulant des jours heureux dans une cabane en Indonésie après avoir reçu le prix Nobel de l’informatique et de la Paix. En réalité, il a été condamné en 1952 par le gouvernement britannique d’actes immoraux suite à sa relation avec Arnold Murray. Face à deux alternatives, celle d’aller en prison, et celle de la prise forcée d’injections hormonales d’œstrogène, Turing a choisi la seconde. Deux ans plus tard, le 8 juin 1954, Turing a été retrouvé mort dans son laboratoire, empoisonné au cyanure, une pomme croquée à coté de sa main.

Grand homme numéro 2 : Gaudi

Gaudi était, pour certains, le plus grand des grands architectes et artistes. Pour d’autres, il n’est pas un grand homme mais un illuminé qui dessinait des maisons champignons après avoir fumé des tapas ; en tous cas, c’était quand même un sacré petit rigolo. Après avoir dessiné des maisons qui ressemblent aux cabanes des livres de Ponti (si vous n’avez lu ni l’Ecoute aux Portes, ni La Tempete, ni Pétronille et ses 120 Enfants, honte à vous), révolutionné le monde de la peinture, et lustré ses moustaches, Gaudi s’est attaqué au chantier de la Sagrada Familia.

12 ans avant sa mort, Gaudi a decidé que les demeures luxueuses, c’était bien, mais que la crypte humide de la cathédrale, c’était mieux. Après avoir vendu sa maison, ses habits, son mobilier, il a revetu une toge, s’est retiré dans le chantier de la cathédrale, et a commencé à se nourrir exclusivement de noisettes afin de se consacrer à sa vie spirituelle. Le 7 juin 1926, alors que Gaudi errait comme à son habitude en mendiant et prédisant la fin du monde autour de la cathédrale, il s’est fait renverser par un tramway. Les passants l’ayant pris pour un mendiant, il n’a pas été secouru immédiatement ; ce n’est que quelques heures après son accident qu’un policier charitable l’a emmené dans un hospice où il a reçu quelques soins de base. Le lendemain matin, un médecin mieux réveillé que les autres a enfin reconnu l’architecte. Le temps qu’il soit transféré à un hopital de meilleure qualité, Gaudi était trop mal en point pour être sauvé. Il y est mort deux jours plus tard.

Grand homme numéro 3 : Jésus

Merci de ne pas envoyer des mails d’insulte à l’auteur à la seule mention du nom Jésus ; Le débat n’est pas ici de savoir si Jésus était oui ou non un homme un peu spécial qui pouvait marcher sur l’eau et qui venait d’une famille compliquée, mais de parler sashimis.

Selon des spécialistes très sérieux, très bien payés, et très consciencieux, Jésus ne serait pas mort sur la croix à Jérusalem. Leur thèse, bien plus rigolote que celle de la Bible, est la suivante : Jésus, le sacré roublard, se serait fait remplacer par l’un de ses freres (en termes de charité chrétienne, on a vu mieux), et aurait fui le pays en entamant un voyage qui le fait traverser l’Asie Centrale et la Russie. Arrivé au Japon, il aurait décidé de s’installer à Aomori, une petite bourgade pimpante du nord du pays ; dans cette version de l’histoire, Jésus laisse tomber Marie Madeleine, cultive du riz, épouse une japonaise, vit jusqu’à 114 ans, et laisse derrière lui une descendance nombreuse et un ferme prospère. Bien que cette version soit nettement plus fun pour Jésus que la première (où, même s’il ressuscite, Jésus passe quand même par le désagréable intervalle de la crucifixion), elle connait nettement moins d’adeptes. Toutefois, si vous voulez apporter du piment à votre vie spirituelle, ne manquez pas d’aller visiter la deuxième tombe de Jésus dans le village d’Amao, et d’aller saluer ses descendants (bouddhistes) qui militent pour faire connaitre leur histoire au monde entier.

Grande homme n.4 : Li-Po

Vous pensiez que Narcisse était un petit imbécile ? Attendez d’entendre l’histoire de Li Po. Tout d’abord, rien que pour son nom exotique et poétique, Li Po méritait d’entrer dans la liste. Li Po était l’un des plus grands poètes chinois ; il vivait au 7ème siècle, mais ce coquin était un romantique avant l’heure : bien souvent, un peu comme vous en soirée, il aimait boire et ensuite faire des grandes déclarations. Cependant, alors qu’en général vos amis enregistrent vos déclarations, les postent sur youtube, et les envoient à tous vos contacts facebook avec des sous titres tels que « LOLptdr, quel bouffon Jean Michel», les amis de Li Po étaient nettement plus cools avec lui. Ils l’écoutaient avec attention, respect, et des larmes de joie, notaient tout ce qu’il disait, et en faisaient ensuite des grands poèmes qui tiraient des larmes à tous les mandarins. Bref, un jour, Li Po avait encore une fois beaucoup trop bu. Avec ses disciples, il est allé faire un tour de barque pour rigoler et pour parler du monde. Quand il a voulu se pencher pour embrasser le délicat et fragile reflet de la lune, ses amis se sont extasiés sur ce geste poétique et émouvant ; plutôt que de tenter de le retenir par sa tresse et le remettre sur le droit chemin de la raison, ils ont battu des mains en signe d’adoration. Avant qu’ils n’aient eu le temps de réagir, Li Po est tombé par-dessus bord, et il est mort noyé. C’était tout de suite beaucoup moins poétique kikoolove.

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