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Bonjour Françoise Sagan

Le nom de Françoise Quoirez ne dit rien à personne, mais le pseudonyme de Françoise Sagan, lui, évoque un prodige de la littérature française du XXe siècle. C’est le nom choisi par la jeune femme qui connait un succès littéraire phénoménal avec la publication de son tout premier roman : Bonjour tristesse. En 1954, à 19 ans, Françoise Sagan devient alors, pour reprendre l’expression de Mauriac, le « charmant petit monstre » de la littérature française. 

Françoise Sagan est connue avant tout pour ses romans, cependant, depuis la publication de Bonjour tristesse jusqu’à sa mort en 2003, l’auteure écrit aussi pour les magazines Elle, L’Express, Femme, ou Vogue sur des sujets aussi variés qu’improbables. En 2017, près d’une centaine de ses chroniques sont publiées sous le titre simple et efficace : Françoise Sagan. Chroniques. 1954-2003 (édition du Livre de Poche).

Le pavé de 700 pages nous régale de critiques de cinéma, de compte-rendus de voyages, d’éditos politiques ou d’interviews de personnalités comme Bardot, Yves Saint Laurent ou Depardieu. Françoise Sagan dérive aussi parfois, se laisse troubler par des questionnements qui semblent être sans importance.  Elle écrit alors, « Où sont passés les sondés ? » : une dizaine de pages sur le fait que, malgré l’explosion de l’utilisation du sondage en France dans les années 80, aucune de ses connaissances n’a jamais eu l’occasion d’être sondée. Malgré l’ennui apparent que pourrait procurer pareille chronique, Françoise Sagan fait d’un thème banal du quotidien, un article drôle et divertissant qui vaut bien les quelques minutes de lecture. Si cette manoeuvre est parfaitement réalisée pour ses chroniques consacrées aux sondages, à la nature ou à la lecture, celles dédiées au lit ou au jeu demeurent relativement dénuées d’intérêt. 

On se doit de souligner l’une des forces d’écriture dont Françoise Sagan fait preuve dans ses chroniques : son humour et son pouvoir de dérision. Tout y est pris au second degré : la politique comme l’art, les réunions mondaines comme les célébrités qu’elle y rencontre. Cette ironie constante pourrait vite devenir accablante si on ne voyait pas pointer derrière elle une certaine nostalgie

Françoise Sagan écrit pour la presse et pourtant elle ne prend pas ce ton journalistique si singulier. Elle parle au « je », au « nous ». Elle s’indigne, se questionne, s’étonne avec son lecteur. Elle affirme puis revient sur son opinion, elle critique fermement puis pardonne. Elle n’écrit pas des articles à proprement parler, elle ne déroule pas une démonstration, avançant point par point vers la thèse qu’elle cherche à démontrer. Elle se laisse porter par une inspiration, une observation. 

Si l’on peut se permettre d’adresser une critique à Françoise Sagan au sujet de ses Chroniques, c’est peut-être son obsession, partagée par un grand nombre de parisiens, pour la Ville Lumière. Sagan ne naît pas à Paris mais elle y déménage pour ses études à la Sorbonne. Dès lors, la capitale ne la quitte jamais. Qu’elle soit en Italie, en Normandie ou sur la Côte d’Azur, elle cherche à comparer Paris, à critiquer Paris, à fuir Paris. Dans tous les cas, elle cherche Paris. 

Elle se moque parfois, comme elle sait si bien le faire, du monde intellectuel de Saint-Germain. Elle rit de cet univers étriqué de jeunes philosophes qui ne font que parler, ceux qui se glissent dans un archétype comme elle le démontre avec humour dans sa chronique « Le jeune intellectuel« . Elle semble alors oublier être le produit parfait de ce microcosme, ou si elle ne l’oublie pas, son image profite de la distance qu’elle affirme conserver vis-à-vis des littéraires du 6e arrondissement de Paris. 

Cette position parfois hypocrite peut faire grincer les dents du lecteur mais, rassurez-vous, c’est bien la seule. Les chroniques de Françoise Sagan valent le coup d’être lues, du moins feuilletées. 700 pages de tout et de rien peuvent paraitre effrayantes, c’est pourquoi on peut citer quelques incontournables : Bonjour New York, Le jeune intellectuel, Psychose : Pas une seconde de trop, Yves Saint Laurent et Lectures.