Billet d’humeur : pourquoi on a tous besoin du féminisme pro-sexe

Boum.
Le ton est donné.

En ce 8 mars, moment où j’écris ce petit billet, je songe au long chemin que j’ai parcouru depuis mes premiers émois féministes jusqu’à maintenant.
Je songe à quel point le féminisme me permet chaque jour de m’épanouir un peu plus, d’oser dire les choses et surtout, surtout, d’être en colère.
Oui, je suis en colère pour plein de raisons qui vont du « simple » écart salarial entre hommes et femmes à l’usage encore trop répandu d’un féminisme blanc et bourgeois qui ne représente pas les femmes racisées. Si en tant qu’alliée je préfère laisser la parole aux concernées en ce qui a pour trait la nécessité d’un féminisme intersectionnel, j’aimerais m’intéresser ici plus particulièrement à un courant du féminisme, le féminisme pro-sexe.

Mais, kézako ?

Le féminisme pro-sexe est un mouvement qui est né aux Etats-Unis au sein de la communauté LGBT+ dans les années 1980 et qui prône une appropriation de la sexualité par les femmes et les minorités sexuelles.
C’est un féminisme qui s’oppose aux positions abolitionnistes par rapport à la prostitution et à une condamnation totale de l’industrie pornographique. Si le féminisme pro-sexe ne condamne pas la pornographie, il condamne la mainmise d’un point de vue masculin sur l’imagerie pornographique et la maltraitance dont peuvent être victimes les actrices X.Un exemple de grande lutte du féminisme pro-sexe au côté des travailleuses du sexe réside dans la volonté d’abrogation de la loi française de 2016 pénalisant les clients de la prostitution.

En janvier 2019, le Conseil constitutionnel a balayé les recours contre cette loi pourtant critiquée par bon nombre de travailleuses du sexe et certaines ONG telles Médecins du Monde ou le Syndicat du Travail Sexuel, jugeant cette loi comme relevant de la « morale » et pointant du doigt la dégradation des conditions de travail des prostitué.es, les rendant plus exposé.es aux violences sexistes et sexuelles.
En agissant au nom du respect de la dignité humaine, l’Etat précarise des travailleuses déjà invisibilisées et marginalisées au sein de la société.
Pour le féminisme pro-sexe, il ne s’agit pas de nier la réalité du travail du sexe en gommant les violences dont les prostitué.es peuvent être victimes ni en sous-évaluant la proportion de femmes ou d’hommes vendant leur corps sous la contrainte.
Il s’agit de lutter pour protéger celles et ceux qui exercent cette activité par choix en leur offrant des conditions d’exercice de leur activité professionnelle dignes de ce nom ; en accompagnant les victimes de violences, ou en offrant de réelles alternatives au travail du sexe à celles et ceux qui souhaiteraient arrêter.

Vive le clito !
Ma découverte du féminisme pro-sexe est allée de pair avec ma découverte de la sexualité. J’ai découvert qu’éprouver du plaisir n’était pas une honte et encore moi une « souillure. » Il est possible de réconcilier ses propres convictions féministes radicales et ses désirs, sa volonté d’explorer librement sa sexualité à travers différentes pratiques sans que celles-ci se doivent d’être « en adéquation » avec ses convictions morales (coucou le BDSM). Parce que précisément, la morale n’a pas à jouer là-dedans.
Le respect de son.ses partenaires, de leur consentement, des limites des uns et des autres, c’est tout ce qui entre en jeu. Aucune femme ne devrait avoir honte de ses désirs ou peur de les exprimer et d’être jugée. Le féminisme pro-sexe c’est aussi prendre conscience qu’il n’y a pas de mal à ne pas vouloir d’activité sexuelle ou à avoir une sexualité purement solitaire. Le féminisme pro-sexe c’est respecter les choix de chacun.es en matière de sexualité : from « pas de sexe avant le mariage » à « tout un tas de pratiques kinky » !

Alors jouissons, si nous le voulons !
Et si tu ne le veux pas, c’est pas grave, c’est tout aussi bien.

Sabine Audelin

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