Cinéma

Une Péniche à Cannes

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Quelques jours à Cannes, c’est ce que vous offre La Peniche qui a eu la chance, grâce au BDA, d’assister à quelques projections et de découvrir cet univers assez particulier qu’est le Festival de Cannes. Débuté le 13 mai, cette grand messe se poursuit jusqu’au 24 mai et célèbre comme chaque année toute la richesse d’un cinéma monde en offrant plusieurs sélections surprenantes. cannes 2

De Cannes, on s’imagine avant tout la croisette bondée de touristes plus ou moins bien habillés, les grandes marches rouges où se succèdent stars à gogo, et quelques films aussi. Est-il pour autant possible de catégoriser les divers publics Cannois ? Car au final, les soirées folles et le glamour ne touchent qu’une petite portion de la population présente. Les voitures aux vitres fumées circulent sur 200 mètres (du Martinez au Palais) en mettant une trentaine de minutes, les badeauds s’écrasent sur les barrières pour voir un bout de robe, les fanatiques patientent depuis 10 heure du matin sur leurs échelles, les photographes hurlent de toutes parts pour obtenir un cliché réussi, et l’animateur lit ses notes supposées accueillir les célébrités. Cette image vue à longueur de journée à la télévision existe. Cependant, derrière les paillettes et la poudre, d’autres publics font vivre ce festival. Car, hélas, les stars ne vont pas souvent aux projections.

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Cannes c’est aussi un immense marché du film, des rendez-vous à n’en plus finir, des petits échanges, des projections privées, et toute une économie qui se bâtit et qui irriguera l’année cinématographique mondiale. Les producteurs se massent pour dénicher des perles, les distributeurs viennent faire leurs emplettes, les jeunes comédiens sillonnent le pavé dans l’espoir de trouver un gentil réalisateur qui les remarquera.

Et à côté, une troisième espèce de public se répand dans les salles obscures : les cinéphiles. Ceux-là ne viennent pas pour le faste, mais pour les films (ou du moins pour les films en premier). Mais pour accéder à ces films, il faut avoir le sésame qui ouvre les portes : l’ACCREDITATION. L’accréditation, c’est ce petit badge que tout le monde porte autour du cou. Quand le BDA en reçoit une vingtaine, en tant que hôte d’un cinéclub, on s’imagine que tout est gagné. L’ennui ne fait hélas que débuter. S’il est difficile de savoir le chiffre exact, le nombre d’accréditations distribuées avoisinerait pratiquement les 25000 pour une petite dizaine de salles. Comment arrive-t-on à ce chiffre ? En comptant tous les professionnels du cinéma qui peuvent demander leur accréditation, tous les journalistes, quelques invités, les associations de cinéphiles, les scolaires spécialisés, les Cannois et quelques autres personnes qui payent les tickets. Evidemment, tout le monde n’est pas à égalité, les cinéphiles sont au bas de l’échelle, entrent en dernier dans les salles après une heure d’attente sous le soleil de la côte et sous réserve des places disponibles. Et pis, le cinéphile de base n’a pas accès à tout. Pour monter les marches, voir les films de la sélection officielle, il doit encore faire l’aumône pour dégoter quelques invitations auprès des professionnels qui ne peuvent aller aux séances et qui doivent utiliser leurs invitations sous risque de ne plus en avoir l’année suivante, avoir la tenue exigée (le fameux noeud papillon), patienter encore. Mais pour les courageux, le plaisir est là et les débrouillards parviennent à tout. Et puis, sur les 25000, une bonne partie n’ira voir qu’un ou deux films, étant déjà bien occupée. L’ambiance reste donc la majorité du temps très détendue, la mamie contant sa première fois à Cannes, l’amateur de tel réalisateur expliquant le génie de son cinéaste favori ou les combines pour avoir des places.

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Cannes 2009, c’est différentes sélections dont la sélection officielle en compétition (une vingtaine de films, les gros réalisateurs actuels, quelques bons films et quelques déceptions, une touche de provocation et de glamour), la sélection Un Certain Regard (une vingtaine de films de tous genres, souvent passionnants et prometteurs), La Quinzaine des réalisateurs (à nouveau une vingtaine de films pour cette sélection qui a révélé depuis sa création nombre d’illustres cinéastes), les films de la Semaine de la critique, les longs de l’ACID (association du Cinéma Indépendant pour sa Diffusion), et aussi les séances spéciales, les films classiques, les hors compétitions, les court métrages… C’est au total plus d’une centaine de films qu’il est possible de découvrir en courant d’une salle à l’autre. cannes

Cannes 2009, c’est une belle présence du cinéma Francophone tant Français, Canadien que Belge avec de vraies perles (le nouveau Jacques Audiard ou Alain Resnais, Polytechnique de Denis Villeneuve, Les Beaux Gosses de Riad Sattouf), c’est la consolidation du cinéma asiatique avec quelques grands noms actuels (Park Chan Wook, Bong Joon Ho, Kore-eda Hirokazu), c’est hélas une très faible représentation Africaine et Américaine. Cannes 2009, c’est aussi les grands pontes qui reviennent en habitués des lieux (Scorses, Coppola, Tarantino, Almodovar, Ken Loach…) et quelques nouvelles têtes.

Bilan du week end. Une montée des marches le vendredi soir (toujours très émouvant, surtout après avoir couru dans tous les sens pour obtenir une invitation) et un film à la clef plutôt enthousiasmant : Thirst de Park Chan Wook (qui s’était déjà fait remarquer avec Old Boy et qui revient ici avec une variation sur le thème du vampire doublée d’une référence au Thérèse Raquin de Zola). Une grosse déception avec le nouveau Jane Campion, Bright Star qui revient sur la vie de John Keats poète anglais et ses amours, et qui hélas passe par tous les clichés du genre possible et n’offre que de jolies images. Une surprise avec le nouveau Michel Gondry qui propose cette fois-ci un documentaire sur Suzette Gondry (sa tante, qui fut institutrice dans de petits villages). Si ce Gondry n’est pas au niveau des autres créations, la pâte du réalisateur sauve un documentaire intimiste assez classique. Deux belles découvertes viennent confirmer à la fois le talent des cinéastes Canadiens en la personne de Denis Villeneuve, dont son film revenant sur une fusillade à Montréal en 1989, se révèle d’une beauté esthétique incroyable par le choix d’un noir et blanc lumineux. Mais c’est surtout le roumain Corneliu Porumboiu avec Politist, Adjectiv qui confirme un immense talent et une maîtrise du cinéma avec ce film sur la police roumaine aux longs plans séquences, chargé d’humour et d’une ambiance hypnotique. quinzaine

Difficile de dire qui repartira avec une récompense. Jusqu’au dernier moment, les films peuvent surprendre et chambouler tous les pronostiques comme l’a montré Entre les murs l’année passée. Concernant la sélection officielle, on peut s’interroger pour savoir si le jury choisira un film d’auteur plus ou moins connu, ou s’il se laissera aller à gratifier les chouchous de la presse et à donner une palme à un film de genre (que ce soit le film de guerre de Tarantino, l’humour d’un Ken Loach, le surnaturel de Park Chan Wook, le policier de Jhonnie To). Ne reste qu’à attendre dimanche pour être fixé avant de découvrir tout au long de l’année les films.

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Et pour les curieux qui voudraient en savoir plus, découvrez les critiques sur le blog du cinéclub du BDA

ou celles sur In Vodka Veritas

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