Vie du campus

Les pros de l’impro

Si vous n´avez jamais entendu l´expression « C´est comme pisser dans le nez d´un brontosaure » ou que vous n´avez jamais entendu parler d´une « faute de cliché », c´est que vous avez manqué le dernier spectacle d´impro qui a eu lieu jeudi 9 novembre à l´ENS. Tout n´est pas perdu toutefois, puisque je m´étais glissé dans le public, au prix de violentes douleurs abdominales et de séquelles psychologiques irrémédiables. Témoignage.

Mais au fait, l´impro, qu´est-ce que c´est ? On en trouve une bonne description le site de la joyeuse équipe des Nimprotequoi, qui regroupe des étudiants de Sciences-Po, de l´ENS Ulm et de la Pitié-Salpêtrière. Car attention, contrairement à ce que l´on pourrait croire, il y a bien des règles qui encadrent les improvisations. Il s´agit en fait d´un véritable « match » au cours duquel les acteurs vont devoir inventer des histoires à mettre en scène à partir de thèmes qu´ils ne connaissent pas à l´avance.

L´analogie avec une rencontre sportive est d´ailleurs omniprésente tout au long du spectacle : deux « équipes » s´affrontent sur la « patinoire » (scène) ; à leur tête un « coach » qui dispose de 30 secondes à chaque nouveau thème pour définir la stratégie à suivre et donner des instructions à ses joueurs ; tout cela se déroule sous l´égide d´un arbitre qui, aidé de ses deux assistants, veille à grands coups de sifflet au bon déroulement de la partie et distribue bons et mauvais points. L´échauffement donne lieu à une gestuelle et des chants dignes des plus terrifiants hakas. Au cours du « match », les joueurs se dépensent d´ailleurs sans compter et enchaînent les improvisations de quelques minutes sur des thèmes plus inattendus les uns que les autres : depuis « la panne du guerrier » jusqu´à « sac à dos contre valise nucléaire » en passant par « la jeunesse de nos mères ». Le public se prend rapidement au jeu, d´autant plus qu´il participe lui aussi au spectacle. Ainsi, chaque supporter dispose de deux cartons grâce auxquels il peut voter à la fin de chaque scène afin de décerner un point à l´une des deux équipes. Il contribue également au jeu en criant des thèmes à l´arbitre, qui les soumet ensuite aux joueurs. Ceux-ci doivent alors savoir saisir la balle au bond pour inventer des sketchs individuels spontanés. Certains spectateurs sont allés jusqu´à donner de leur personne pour servir l´inventivité des joueurs – fameux exercice du totem). Enfin, le public peut, dans certains exercices, obliger un des joueurs à changer la fin de sa phrase en criant « encore !! » jusqu´à être satisfait de celle-ci. On se rend d´ailleurs compte que, sous la pression, les acteurs finissent par tout avouer.

Le moins que l´on puisse dire c´est que l´ensemble ne manque pas de punch. Différents exercices se succèdent, au fil d´extraits musicaux prétextes eux aussi à des chorégraphies endiablées et qui impriment un rythme soutenu à la rencontre. Les improvisations donnent lieu à des confrontations mixtes, les deux équipes étant alors présentes sur scène, mais prennent aussi la forme de prestations comparées sur un même thème. Il leur est aussi parfois demandé d´improviser au milieu de l´improvisation, en leur imposant de nouvelles contraintes en cours de jeu : les barbares qui une minute plus tôt échangeaient d´expressives onomatopées se retrouvent tout à coup à prendre l´apéro au milieu des cigales. Pas facile non plus de discourir en Russe des steppes d´Asie centrale tout en se conformant aux canons esthétiques du théâtre contemporain. Gare cependant à ne pas être pris en défaut de « cabotinage » pour s´attirer les faveurs du public, ou encore de ne pas commettre de « faute de cliché » en s´appuyant sur des personnages trop fortement connotés et dont l´imitation est jugée trop facile. Heureusement, les acteurs ne manquent pas d´ingéniosité, à l´image de ces deux présentations d´un programme télé consacré aux voyages dans l´espace.

Qu´on se rassure toutefois, il ne s´agit pas là d´une véritable compétition : les deux équipes s´applaudissent l´une et l´autre d´ailleurs très sportivement, le seul but de cet affrontement étant d´offrir le meilleur spectacle possible. Vous l´avez deviné, le véritable gagnant du match est sans conteste le public… Comment ça, je fais une faute de cabotinage ?!

Je ne peux donc que trop recommander d´aller assister au prochain spectacle, qui aura lieu le 23 novembre et dont vous trouverez la description sur le site des Nimprotequoi. De quoi faire plaisir en tout cas aux spectateurs de jeudi dernier, qui n´avaient tous qu´un mot à la bouche après la tombée du rideau : « encore !! »

11 Comments

  • Matt

    Ca fait plaiz’ de voir comment on se réapproprie le lingo québecuois, tiens. Il ne manque plus qu’à faire passer "courriel" à l’Académie et le tour sera joué.

    Sinon, pareil que Cécilia. Si j’étais pas en stage de ce côté-ci de la grande mare…

  • Manu

    @Jé : en fait au départ c’était plus un réflexe : quand on me présente quelque chose comme incontournable, j’ai tendance à soigneusement l’éviter.

    @Frank : La salle est à vérifier sur le site des Nimprotequoi, mais je crois que c’est bien celle-là. Bon, je t’aurais bien invité à rejoindre ma secte, mais j’ai tendance à me méfier des apostats…

    @Gweno : "c’est ta fidélité sans conditions à tes principes, même en dépit du bon sens, même à rebours du sens de l’histoire, contre vents et marées."

    C’est plus fort que toi, il faut toujours que tu nous parles de l’UNEF!

    @Lauren : génial, une nouvelle recrue! Comme tu es la plus jeune, je te nomme mascotte officielle.

  • Lauren

    Et myspace ? Et reseaucampus alors ? On devrait se faire un pénicheface/space 😡

    Très sympa ton article Manu, cela donne vraiment envie d’y assister… Merci pour les vidéos !

  • Gwenolé

    Franchement, Manu, si tu t’inscris à Facebook, la dernière once d’estime que j’ai pu avoir pour toi disparaîtra. Je parle sous le contrôle de tous tes meilleurs amis (on est en train de se faire une soirée – j’ai invité tout le monde depuis Facebook), et on est d’accord pour dire que, ce qu’on a toujours admiré chez toi, c’est ta fidélité sans conditions à tes principes, même en dépit du bon sens, même à rebours du sens de l’histoire, contre vents et marées.
    Si tu t’inscris sur Facebook, tu perds tout ce qui faisait ton originalité et ton intérêt, et tu ne seras plus qu’un personnage commun, ordinaire, et désespérément fade.
    RESISTE ! Facebook ne t’aura pas !

  • Franck

    Allez Manu ! Succombe, toi aussi au côté obscur de la Force et rejoins-nous, nous autres facebook-addicts. Moi aussi m’étais juré de ne pas en faire partie mais finalement, je m’y suis inscrit !

    Concernant les matchs d’improvisation, ça a l’air vraiment passionnant ! C’est salle Dussane ?

  • Manu

    En fait non je n’ai jamais voulu m’inscrire, et comme j’en ai bêtement fait une question de principe, impossible désormais de changer d’avis sans donner l’impression de me renier. Je suis donc un frustré du facebook, pourquoi donc crois-tu que j’ai rejoint LaPeniche?

  • Manu

    Parfait, ravi de voir que mon prosélytisme est efficace. D’ailleurs je comptais monter une secte -bon, au moins un groupe facebook pour commencer- de fans d’impro. Tu es donc promue au rang de Premier disciple et je t’offre un rabais sur ton premier versement.

  • Cécilia

    Bravo pour cet article Manu ! Depuis l’année dernière j’avais envie d’assister à un match d’impro et là tu m’as convaincue. Je pense que j’irai jeudi prochain ! ^^

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