La Rédaction – La Péniche https://www.lapeniche.net Le Journal Étudiant de Sciences Po Tue, 21 Jan 2025 09:48:42 +0000 fr-FR hourly 1 https://wordpress.org/?v=6.9.9 https://www.lapeniche.net/wp-content/uploads/2022/08/cropped-Bitmap-32x32.png La Rédaction – La Péniche https://www.lapeniche.net 32 32 « Zone d’intérêt », « Émilia Perez », « L’Amour ouf », « Anora »… Le Smash 5 et le Pass 5 de 2024 https://www.lapeniche.net/le-smash-5-et-le-pass-5-de-2024/ Sat, 18 Jan 2025 10:26:55 +0000 https://www.lapeniche.net/?p=56702 Chaque week-end, en partenariat avec le ciné-club 27 Millimètres, La Péniche vous donne son avis sur les films à voir en salle. Cette fois, on change un peu la formule : en ce début d’année 2025, c’est l’heure de regarder avec un œil critique 2024 et placer tous nos espoirs en la nouvelle année. Les critiques du Smash ou Pass nous ont offert leur smash 5, les 5 meilleurs films de 2024, et leur pass 5, les 5 pires films. Objectivité garantie.


Le smash 5 et pass 5 de Eliott Offenstadt

Smash 5 :

Si 2024 a produit des comédies sympathiques (Bis Repetita, Septembre sans attendre), c’est bien du côté du drame, aux accents tant tragiques que comiques, que les réalisateurs semblent avoir le plus excellé cette année. Le dernier des Juifs et Riverboom sont, dans cette nomenclature, des films alliant à la fois un terrible contexte, le sort des juifs dans certaines banlieues et la situation catastrophique en Irak post-11 septembre, tout en en riant, envers et contre tout. Emilia Perez est une comète qui, contrairement à L’amour ouf, réussit à être à la hauteur de ses prétentions protéiformes. Quant au Roman de Jim et à L’histoire de Souleymane, ce sont des drames purs qui partagent le thème de la dépossession de l’identité et atteignent une force lyrique impressionnante.

  1. Le dernier des Juifs de Noé Debre 
  2. Le roman de Jim des frères Larrieu
  3. Emilia Perez de Jacques Audiard
  4. Riverboom de Claude Baechtold
  5. L’histoire de Souleymane de Boris Lojkine

Pass 5 :

Si on retire Megalopolis, les quatre premiers films partagent une même appartenance à un concept théorisé par la critique Charlotte Garson dans Les Cahiers du cinéma à propos de L’amour ouf. Les réalisateurs obéissent à un concept qui est le même que le procédé fictionnel développé par Nicolas Bedos dans La belle époque. On paye pour s’immerger dans une autre époque, autour des années 1980 et son lot de boules à facettes et de papiers peints rétro dans L’amour ouf, Noël à Millers Point, Here et Leurs enfants après eux. Il n’y a d’années 1980 dans ces films que la note d’intention en ce que cette époque fantasmée ne constitue qu’un décor à un film peu concluant. Quant à Megalopolis, bien que l’ambition cinématographique soit indéniable, le résultat des comptes est un profond ennui.

  1. L’amour ouf de Gilles Lellouche
  2. Here de Robert Zemeckis
  3. Noel à Millers Point de Tyler Taormina
  4. Leurs enfants après eux des frères Boukherma
  5. Megalopolis de Francis Ford Coppola

Le smash 5 et pass 5 de Melchior de Préneuf

Smash 5 :

Un bon film pourrait être un film qui émeut dans la pudeur : Sidonie au Japon d’Elise Girard remplit merveilleusement bien ce rôle, au travers d’une Isabelle Huppert toujours aussi émouvante à l’écran. Les mots manquent pour décrire un chef-d’œuvre qui laisse peu de place au dialogue. May December de Todd Haynes constitue à mon sens la meilleure performance d’acteurs : Natalie Portman et Julian Moore forment un duo magistral qui impressionne par le lot d’émotions et de sous-entendus qu’elles arrivent à cristalliser en de courtes séquences, le tout sur un fond sonore captivant. Quelques jours pas plus de Julie Navarro figure dans le top 3 en raison de l’accessibilité de cette sorte de tragi-comédie, dans laquelle les trois acteurs principaux livrent un jeu émouvant d’une grande justesse. La zone d’intérêt de Jonathan Glazer mérite amplement son Grand Prix du festival cannois, par la manière tout à fait nouvelle dont il a porté la Shoah sur la grand écran : le fond sonore d’une vie familiale qui semble se dérouler paisiblement glace le sang. Enfin, Anora de Sean Baker fût en cette fin d’année un film non seulement détendant et déjanté, mais aussi humain et très émouvant, comme le révèle le dernier tiers du film : Mikey Madison y livre une performance très sensible qui fait honneur à la féminité.

  1. Sidonie au Japon d’Elise Girard
  2. May December de Todd Haynes
  3. Quelques jours pas plus de Julie Navarro
  4. La zone d’intérêt de Jonathan Glazer
  5. Anora de Sean Baker

Pass 5 : 

Certains films sont à éviter car ils traumatisent tout simplement, sans que cela ne serve aucun message scénaristique : The substance de Coralie Fargeat en fait partie sans nul doute. Après un premier opus plein d’action et présentant une importante portée politique, Joker : folie à deux de Todd Phillips nous a énormément déçu : une comédie musicale bidon, qui nous fait poireauter dans notre fauteuil en attendant que quelque chose se passe. Le jeu de la reine de Karim Aïnouz ne semble rien apporter de nouveau à une période historique portée de nombreuses fois à l’écran, si ce n’est une intrigue assez soporifique. Rosalie de Stéphanie Di Giusto demeure un film au sujet très intéressé mais malheureusement mal traité, on en ressort assez troublé et déçu par un scénario au dénouement décevant. Enfin, si Saint-Ex de Pablo Agüero met en scène un alliage plutôt émouvant entre la gueule d’ange de Louis Garrel et de beaux paysages montagneux, il demeure assez ennuyeux car trop réduit temporellement et s’engluant sans fin dans un certain kitsch.

  1. The substance de Coralie Fargeat
  2. Joker : folie à deux de Todd Phillips
  3. Le jeu de la reine de Karim Aïnouz
  4. Rosalie de Stéphanie Di Giusto
  5. Saint-Ex de Pablo Agüero 

Le smash 5 et pass 5 de Gabrielle Créquer


Smash 5 : 

Même si certaines œuvres sont dérangeantes et peuvent provoquer l’inconfort, elles sont nécessaires car elles montrent des vérités oubliées, voire occultées. Ainsi, dans La zone d’intérêt, Jonathan Glazer, en nous donnant à voir la banalité du mal, sidère et nous plonge dans une réalité glaçante qu’il est absolument nécessaire de connaître. Sur ce même aspect de l’inconfort qu’un film peut provoquer, dans The Apprentice, Ali Abassi réussit avec talent à ajouter au dégoût que l’on peut avoir de Donald Trump, et du monde corrompu dont il est l’incarnation. Pour Emilia Perez, si au départ Jacques Audiard fait un choix qui nous surprend, il est inévitable de se laisser emporter par ces personnages et l’aspect musical se fond avec merveille dans le monde du narcotrafic. Dans un tout autre registre, Vingt Dieux est une pépite de vérité. Le choix de Louise Courvoisier d’avoir fait appel à des acteurs non professionnels amène une fraîcheur qui a tendance à se perdre dans les longs-métrages parus cette année. Enfin, Les fantômes de Jonathan Millet montre la traque clandestine des alliés de Bachar el-Assad cachés en Europe en maintenant en éveil les sens du spectateur, qui est embarqué par la tension et l’urgence de la situation. 

  1. La zone d’intérêt de Jonathan Glazer
  2. Emilia Perez de Jacques Audiard
  3. Vingt Dieux de Louise Courvoisier
  4. The Apprentice d’ Ali Abassi
  5. Les Fantômes de Jonathan Millet

Pass 5 : 

Si Quentin Dupieux est un des réalisateurs français les plus prolifiques de notre époque, il aurait peut-être dû s’abstenir de suivre sa cadence cette année. En effet, Daaaaaali ! est loin d’être une réussite, le réalisateur poussant son absurdité habituelle à son paroxysme, empêchant de rentrer dans l’intrigue, et usant d’un humour d’une lourdeur agaçante. Dans cette impression de fouillis, Langue étrangère de Claire Burger n’est pas mieux. La réalisatrice aborde une multitude de sujets, comme la mythomanie chronique, qui auraient chacun pu faire l’objet d’un long-métrage en soit, en se contentant de les évoquer vaguement, sans les approfondir, ce qui nous laisse un goût amer. “Une constante du cinéma est la course au biopic” affirme Théo Ribeton pour les Inrocks. L’année 2024 n’échappe pas à cette constante, avec des longs-métrages comme Back to Black et Bob Marley: One love, retraçant la vie d’artistes qui auraient peut-être préféré reposer en paix. En effet, dans Back to Black, Sam Taylor-Johnson vide Amy Winehouse de toute particularité, à commencer par sa voix. De plus, il me semble qu’un biopic se doit de se rapprocher le plus possible de la réalité de l’artiste. Or, dans Bob Marley: One love, le personnage de Rita Marley est omniprésent, ne laissant pas la place à d’autres personnages tout aussi importants, et donnant une impression d’irréalité et de superficialité à l’ouvrage. Enfin, Pas de vagues aurait pu être un bon film, dénonçant l’inertie de l’Éducation Nationale et la solitude des professeurs dans leur métier. Cependant le choix d’une fausse accusation d’harcèlement sexuel étonne, et l’on vient à se demander si l’objectif du réalisateur n’est pas de  remettre en cause la libération de la parole des victimes.  

  1. Daaaaaali ! de Quentin Dupieux
  2. Langue étrangère de Claire Burger
  3. Back to Black de Sam Taylor-Johnson
  4. Bob Marley: One love de Reinaldo Marcus Green
  5. Pas de vagues de Teddy Lussi-Modeste

Le smash 5 et pass 5 d’Iris Curinier

Smash 5 :

D’abord, merci 2024 de nous avoir mis sous la dent de bons et très bons films, de genres variés ; loin d’être mort, le cinéma a encore beaucoup à offrir, n’en déplaise à certains. J’ai aimé le large panel offert par la production cinématographique de cette année : j’ai pu réfléchir, ressentir, rire et me relaxer… n’est-ce pas tout ce que l’on demande au cinéma?

Déjà il y a la Palme d’Or Anora, récompense méritée pour un film où Baker reprend son thème de prédilection ; derrière l’opulence et le rêve, les failles qui parcourent l’Amérique. Probablement le film qui invite le mieux à réfléchir de l’année, à travers une écriture et un jeu impressionnants de justesse. Parce que 2024 c’est peut-être aussi l’année des actrices : si Mikey Madison éblouit, Saldaña et Gascon ne sont pas en reste dans Emilia Perez, et les actrices principales de May December —Moore et Portman—non plus. C’est ainsi grâce à elles que Todd Haynes réussit dans ce film un tour de force avec des choix de réalisation et une musique géniaux, s’associant à Samy Burch qui évite tous les écueils qui menacent l’écriture d’un tel film. Moins marquante certes, mais tout de même intéressante, la performance de Zendaya dans Challengers inscrit celle-ci dans les personnalités de l’année. Mettant en scène un VRAI triangle amoureux, le film constitue un des grands moments de divertissement de l’année, avec un scénario original et  prenant ainsi qu’une BO démente. Divertie, je l’ai aussi été par Le Comte de Monte-Cristo, portant le pavé dont je n’ai jamais achevé la lecture à l’écran sous forme de blockbuster —ce qui, je pense, est un bien meilleur motif pour ramener les gens en salle que l’Amour Ouf, soit dit en passant. Et parce qu’il faut bien rire, Bis Repetita a fait ce que peu de films peuvent accomplir : me faire oublier le stress de l’oral d’admission à Sciences Po. Mention spéciale à Louise Bourgoin, Xavier Lacaille et la scénariste Clémence Dargent qui réussissent à rendre le film à la fois drôle et touchant. Drôle et touchant, pas de meilleurs qualificatifs pour finir 2024 au max 🙂

1. Anora de Sean Baker 

2. Challengers de Luca Guadagnino

3. May December de Todd Haynes

4. Bis Repetita d’Emilie Noblet

5. Le Comte de Monte-Cristo d’Alexandre de La Patellière et Matthieu Delaporte

Pass 5 :

NÉANMOINS, cette année a aussi enfanté de réels navets, pas d’autres termes. Désolée pour le vocabulaire des années 80 la team… Je pense évidemment à Kinds of Kindness dont on se demande comment Lanthimos a pu sortir un film aussi lamentable de longueur et d’absurdité, vide de sens, avec une division en histoires aussi douteuse qu’inégale, la même année que le très bon Pauvres Créatures. Deuxième séance où les œillades vers la porte de sortie de la salle se faisaient très insistantes : L’Empire de Bruno Dumont dont on se demande comment il a pu être présenté à la Berlinale et attirer d’aussi bons acteurs : dialogues poussifs, jeu désespérant et sexisme atterrant (sorry not sorry). Sinon peu de choses à dire sur Furiosa à part un mot : ennui. Même Gladiator II m’a plus divertie, et de loin (c’est dire). L’ennui dans un autre registre cette fois : un film dont l’aspect contemplatif n’est pas réussi —All we imagine as light de Payal Kapadia— et bien que pas médiocre, qui fait se languir du générique final. Enfin un mot sur un film qui n’est lui non plus pas médiocre mais pire : plein de bonnes idées atrophiées par une loooongueur terrible et des poncifs à n’en plus finir : L’amour ouf de Gilles Lellouche. Encore une fois si le film n’est pas nécessairement mauvais, il ne mérite à aucun moment la hype qui l’a entouré. Voilà, j’ai défoulé mon aigreur, mais merci 2024 pour les roses et pour les mauvais films, on paie pour un fauteuil confortable où penser à la vie, sans téléphone pour se distraire, pendant 2h30 : le rêve finalement !

1. Kinds of Kindness de Yorgos Lanthimos

2. L’Empire de Bruno Dumont

3. Furiosa: a Mad Max Saga de Georges Miller

4. All we imagine as light de Payal Kapadia

5. L’amour ouf de Gilles Lellouche


Le smash 5 et pass 5 d’Agathe Bernard-Bacot

Smash 5 :

Nul besoin de décors spectaculaires et de périples mortels (Civil War), de personnages déjà bien connus (M. Aznavour), de “retournements de vestes écarlates” (Ralph Fiennes sur Conclave), ou encore d’énièmes remakes sans originalité (Zorro). Cette année, laissons-nous saisir par des réalisateurs qui ont fait le pari de la sobriété. Un Nord marqué par la pesanteur de la quotidienneté de la vie ouvrière (la vie de cantinier de Jimmy dans En Fanfare), des amours de jeunesse simples (Clother et Jackie dans L’amour ouf) ou encore l’embarras d’un professeur seul devant une salle de classe agitée et calomnieuse (celle de Julien dans Pas de vagues), tous ces décors épurés laissent place à des scénarii intenses et dialogues profonds, en délaissant toute superficialité aguichante. Jonathan Glazer va encore plus loin dans ces décors en apparence vides : les Juifs du camp d’Auschwitz sont à la fois absents (cachés par les murs de la maison du commandant nazi) et omniprésents dans le film (atmosphère d’une tension extrême pour le spectateur, qui entend et imagine l’horreur sans jamais la voir).

  1. En Fanfare d’Emmanuel Courcol
  2. La zone d’intérêt de Jonathan Glazer
  3. L’amour ouf de Gilles Lellouche
  4. Pas de vagues de Teddy Lussi-Modeste
  5. Challengers de Luca Guadagnino

Pass 5 :

  1. Finalement de Claude Lelouch
  2. Civil War d’Alex Garland (très très médiocre)
  3. M. Aznavour de Grand Corps Malade et Mehdi Idir
  4. Emilia Perez de Jacques Audiard
  5. Zorro d’Émilie Noblet et Jean-Baptiste Saurel (série)

Le smash 5 et pass 5 de Guillaume Bouyssou

Smash 5 :

Alors 2024, on en pense quoi ? Qu’est-ce qu’on a eu à se mettre sous la dent dans les salles obscures ? Pour ma part, je trouve qu’on a été bien gâtés. J’ai sorti cinq films qui, d’après moi, ont marqué l’année d’une manière ou d’une autre. D’abord, L’Histoire de Souleymane, de Boris Lojkine, nous a plongé avec justesse et sincérité dans le quotidien tendu de Souleymane. J’ai beaucoup apprécié la capacité du film à embarquer le spectateur derrière son héros, en filmant à la perfection des moments intenses qui m’ont ému et captivé. Ensuite, dans LE MEILLEUR blockbuster de l’année, le grandiose Dune : Part Two, Denis Villeneuve est parvenu à nous offrir une suite encore plus éblouissante que le premier volet. Comme disait l’ami Steven Spielberg, ce film fait partie de ces œuvres qui « bâtissent des mondes ». Hâte de découvrir la suite de cette splendide saga de SF déjà culte. Pour continuer, Sean Baker ajoute une œuvre électrique à son catalogue de films sur les facettes les plus folles de la société américaine avec Anora. Avec son rythme soutenu, le film dépeint magnifiquement les dilemmes de l’existence d’Anora, la jeune strip-teaseuse de Brooklyn. Je choisis ensuite Les Graines du figuier sauvage, de Mohammad Rasoulof. L’atmosphère étouffante, le rythme lent, la justesse du jeu des acteurs, la progression millimétrée de l’intrigue construisent cette terrible fresque sur le régime iranien. L’oppression permanente sur la femme est montrée avec une honnêteté glaçante. Enfin, je décide de placer un film qui n’a pas joui d’une exposition au niveau de sa qualité : Drive-Away Dolls, d’Ethan Coen. Dans ce film complètement dingue et hilarant, on retrouve avec jouissance la recette magique des frères Coen : des personnages nazes parfaitement écrits, un rythme à 200 à l’heure, des événements ridicules, le tout dans une course-poursuite folle sur la côte Est des USA.

1.     L’Histoire de Souleymane, de Boris Lojkine

2.     Les Graines du figuier sauvage, de Mohammad Rasoulof

3.     Dune : Part Two, de Denis Villeneuve

4.     Anora, de Sean Baker

5.     Drive-Away Dolls, d’Ethan Coen

Pass 5 :

A côté de ces mini chefs-d’œuvres, 2024 nous a aussi offert quelques bouses. La plus grosse et la plus puante d’entre elles est certainement Megalopolis, de Francis Ford Coppola (qu’est-ce que ça fait mal de mettre les mots « bouse » et « Coppola » dans la même phrase…). Le film est l’expression complétement ratée, voire ridicule, d’un fantasme de son réalisateur, qui nous laisse avec des idées inachevées, mal agencées, et parfois grossières. Un autre monument d’Hollywood a particulièrement déçu cette année. Ridley Scott nous a livré une suite bien fade à son iconique Gladiator. Les batailles grandioses et le casting de zinzin n’auront pas permis de faire oublier le scénario bâclé et les personnages sans saveur. Je continue ce Pass 5 avec The Substance, de Coralie Fargeat. Contrairement aux deux premiers, c’est incontestablement un film dont je me rappellerai pendant très longtemps. Mais ce sera moins pour en retenir les bonnes idées que pour me souvenir avec dégoût du gore inutile, de la pauvreté des dialogues et du final ridicule. Ensuite, Grand Corps Malade et Mehdi Idir n’ont pas été à la hauteur du monument dans le biopic peu audacieux et très convenu qu’est Monsieur Aznavour. Enfin, Todd Philips a lui aussi raté la suite de son œuvre phare avec Joker : folie à deux. Dans cette comédie musicale ennuyeuse, le réalisateur n’a pas réussi à retrouver la puissance scénaristique qui a avait fait le succès du premier volet.

1.     Megalopolis, de Francis Ford Coppola

2.     Gladiator II, de Ridley Scott

3.     The Substance, de Coralie Fargeat

4.     Monsieur Aznavour, de Grand Corps Malade et Mehdi Idir

5.     Joker : folie à deux, de Todd Phillips

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«Trois Amies», «Le Fil», «Gladiator II» : le Smash ou Pass #5 https://www.lapeniche.net/trois-amies-le-fil-gladiator-ii-le-smash-ou-pass-5/ Sun, 17 Nov 2024 14:52:39 +0000 https://www.lapeniche.net/?p=56580 Chaque week-end, en partenariat avec le ciné-club 27 Millimètres, La Péniche vous donne son avis sur les films à voir en salle. Cette semaine, Trois Amies d’Emmanuel Mouret, Le Fil de Daniel Auteuil et Gladiator II de Ridley Scott. Alors smash ou pass?


Trois Amies, d’Emmanuel Mouret, par Louise Crespin

Joan (India Hair), Alice (Camille Cottin) et Rebecca (Sara Forestier) sont les trois amies du dernier film d’Emmanuel Mouret. Joan n’est plus amoureuse de Victor (Vincent Macaigne) et se sent coupable de lui mentir, Alice lui assure que l’amour n’est pas nécessaire : elle n’a jamais été amoureuse d’Eric et n’a également jamais été heureuse en couple. Elle ne sait pas qu’Eric a une liaison avec Rebecca. La décision que prend finalement Joan de quitter Victor va tout bouleverser. 

Comme dans les autres films de Mouret, on retrouve chassés-croisés amoureux, dialogues de théâtre, non-dits et psychologie amoureuse. Mais là où avant, une sincérité touchante se dégageait de l’artificialité assumée du jeu, je n’ai pas réussi à la retrouver dans ce film. Tout m’a paru un peu effacé, les plans sans contraste, les retournements de situation à répétition et sans jamais surprendre, les déclarations à coeur ouvert des personnages qui sonnent un peu trop faux, trop clichées.

Au lieu de percevoir la tendresse que semblait vouloir transmettre Mouret, je n’ai ressenti que du doucereux, à la limite du désagréable. 

Petite mention à Sara Forestier et à son personnage, d’après moi la plus honnête, la seule à presque être convaincante.

Mais pour moi, PASS.

Film français d’Emmanuel Mouret (2024). Avec Sara Forestier, India Hair, Camille Cottin (1h57). Sortie le 6 novembre 2024.


Le Fil, de Daniel Auteuil, par Lily Petiteau-Normand

Et si toute une enquête reposait sur un bout de fil de veste glissé sous un ongle ? 

Avec Le Fil, Daniel Auteuil signe un nouveau film des deux côtés de la caméra. À la réalisation mais également dans le rôle titre de l’avocat, il nous conte l’histoire vraie du meurtre de Geneviève, dont son mari Ahmed est accusé. Dans le film, l’histoire est transposée du Nord de la France en Camargue et c’est Nicolas Milik (joué par Grégory Gadebois), père de cinq enfants et vivant dans la maison que sa femme a hérité de son père décédé, qui est accusé du meurtre de cette dernière. Maître Monier (joué par Daniel Auteuil) qui avait arrêté le pénal depuis une affaire de meurtre le hantant, retrouve sa vocation lorsqu’il rencontre Milik dont son aspect un peu minable et sincère semble le toucher. 

On pourrait se dire qu’il s’agit encore d’un film de procès, dont on commence à connaître les ressorts par cœur dans le paysage cinématographique français de ces dernières années. Alors, bien qu’on n’ait effectivement pas l’impression d’une découverte folle ni d’une originalité absolue dans le scénario, le rythme, la tension et les rebondissements qui interviennent dans le film permettent à Le Fil de se faire une place dans le rang des bons films de procès. De plus, le jeu d’acteur est réussi et les plans animaliers camarguais ajoutent en substance visuelle et scénaristique. 

Alors bien qu’il ne va pas rester dans les mémoires, Le Fil est un bon film, il mérite donc un SMASH. 

Film français de Daniel Auteuil (2024). Avec Daniel Auteuil, Grégory Gadebois, Sidse Babett Knudsen (1h55). Sortie le 11 septembre 2024. 


Gladiator II de Ridley Scott, par Guillaume Bouyssou

Vingt-quatre ans après, Ridley Scott écrit le deuxième chapitre d’une de ses œuvres les plus iconiques. Depuis sa sortie en 2000, Gladiator a infusé la pop culture en devenant une source sans fin de références et un symbole de l’épopée épique au cinéma. Au moment de découvrir Gladiator 2, deux questions reviennent : ce deuxième volet sera-t-il aussi marquant que le premier ? Et Ridley Scott va-t-il retrouver le génie qui l’a porté pour réaliser les chefs d’œuvres qu’on lui connaît (Blade Runner, Thelma & Louise et autres Aliens) ou sera-t-il à nouveau frappé par le vide créatif et la nullité scénaristique qui transpirent de son dernier film, le piètre Napoléon ?

Malheureusement, ces deux questions amenent une réponse décevante. Gladiator 2 est une sorte de version bâclée et sans saveur de Gladiator 1. Ridley Scott semble à nouveau avoir fait le choix de l’épique poussé à l’extrême au prix du fond. Le film est un enchaînement compulsif de scènes de combats, qui perdent de leur puissance à cause de leur récurrence terriblement élevée. Lucius, le personnage principal (Paul Mescal), va d’une victoire à une autre, et rien ne semble lui résister. Si bien que les décors magistraux et les images grandioses ne prennent pas. Les événements s’enchaînent à une vitesse vertigineuse, réduisant les dialogues à de courtes tirades surjouant l’épique. Aucune scène ne parvient vraiment à susciter les mêmes émotions que le premier opus. On a compris que chez Ridley Scott, la cohérence historique n’était pas à l’ordre du jour. Mais même en essayant de faire un effort pour croire à la fiction, quelques choix sont assez étonnants… (Des requins dans le Colisée ??? Un singe nommé premier consul ???). Certains clichés hollywoodiens sur la Rome décadente sont poussés jusqu’au ridicule.

On trouve malgré tout dans le film une certaine mélancolie touchante tirée de références au premier épisode. On se laisse aussi divertir par les onéreux plans de bataille. Les têtes d’affiche (Paul Mescal, Denzel Washington, Pedro Pascal) tiennent leur rang et offrent des prestations crédibles. Mais ces quelques satisfactions ne cachent pas la médiocrité globale du film, qui manque cruellement de prises de risque. Alors, malheureusement, PASS… 

Film américain de Ridley Scott (2024). Avec Paul Mescal, Denzel Washington, Connie Nielsen et Pedro Pascal (2h28). Sortie le 13 novembre 2024. 


À la semaine prochaine pour un smash ou pass encore plus surprenant !

Et en cas d’oublie, le lien vers le Smash ou Pass #4.

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«Juré n°2», «Miséricorde», «The Substance», «Here – Les plus belles années de notre vie» : le Smash ou Pass Cinéma #4 https://www.lapeniche.net/jure-n2-misericorde-the-substance-here-les-plus-belles-annees-de-notre-vie-le-smash-ou-pass-cinema-4/ Mon, 11 Nov 2024 13:13:53 +0000 https://www.lapeniche.net/?p=56532 Chaque week-end, en partenariat avec le ciné-club 27 Millimètres, La Péniche vous donne son avis sur les films à voir en salle. Cette semaine, Juré n°2 de Clint Eastwood, Miséricorde d’Alain Guiraudie, The Substance de Coralie Fargeat et Here – Les plus belles années de notre vie de Robert Zemeckis. Alors smash ou pass ?


Juré n°2 , de Clint Eastwood, par Agathe Bernard-Bacot

Après Anatomie d’une chute (2023) et Le Procès Goldman (2023), l’univers judiciaire est très à la mode.

Justin Kempf (Nicholas Hoult) a tout pour être heureux : une femme qu’il aime et un enfant qu’elle s’apprête à mettre au monde… Tout bascule lorsqu’il apprend qu’il est sélectionné comme juré.

Arrivé au procès, il se rend compte avec stupéfaction qu’il est impliqué au cœur du crime. Il se retrouve alors confronté à un grave dilemme : la sincérité (pour sauver un coupable en réalité innocent) ou le mutisme (pour éviter la prison à perpétuité) ? L’acquittement sur la base du “doute raisonnable” est manipulé par des intérêts personnels dissimulés.

Je vous rassure, ceci n’est pas un spoiler. Le parti pris de Clint Eastwood n’est pas de raconter linéairement une histoire mais de jouer sur la torture psychologique qui hante le personnage Justin Kempf.

La vie d’un homme est en jeu et pourtant les jurés montrent une conscience civique vacillante, un avis influençable, voulant à tout prix en finir avec le procès le plus tôt possible pour rentrer chez eux.

Par un clin d’œil à Douze Homme en colère, le réalisateur nous fait entrer dans le huis-clos confidentiel de la salle des jurés propice à la découverte de la vérité. Pourtant, parfois il vaut mieux ne pas la connaître… Rien n’est exagéré, le décor épuré laisse place au cas de conscience écartelant et au jeu d’acteur fin de Nicholas Hoult.

Alors Smash !!

Film américain de Clint Eastwood (2024). Avec Nicholas Hoult, Toni Collette, Zoey Deutch (1h54). Sortie le 30 octobre 2024.


Miséricorde, d’Alain Guiraudie, par Eliott Offenstadt

Jérémie (Félix Kysyl), à la dérive, sans emploi et en train de rompre avec sa fiancée, revient dans le village où il a semble t’il vécu dans son enfance à la mort du père d’un ami à lui qui était boulanger. Vivant chez la veuve, il retrouve autour de lui un nombre restreint de personnages, la mère (Catherine Frot), le fils (Jean-Baptiste Durand), le voisin bourru (David Ayala) et l’abbé (Jacques Develay). Et il décide de rester sans que personne ne sache pourquoi.

La thèse du réalisateur est que le désir est partout, dans un sens ou dans un autre, réciproque ou non, ou bien sans que l’on sache très bien. Du Monde à Télérama, c’est avec Théorème (1968) de Pasolini que Miséricorde est comparé. Un visiteur vient bouleverser un monde. Dans Théorème, c’est la maison bourgeoise, de la bonne au père de famille. Dans Miséricorde, c’est un village du sud-ouest de la France, de la mère de famille à l’abbé.

L’autre cinéaste à qui l’on peut comparer Guiraudie, c’est Bunuel. Les personnages ont leur propre partition sans vraiment tenir compte des autres, comme dans Le charme discret de la bourgeoisie, et il y a ce côté burlesque. Chez Guiraudie, des visiteurs nocturnes rendent visite à Jérémie, donnant au film cet aspect burlesque.

Mais tout le charme (indiscret) de Pasolini et de Bunuel, c’était qu’ils faisaient des films de gauche contre la bourgeoisie. Et le désir ou les apparitions soudaines étaient un moyen de les critiquer, d’aller contre les faux semblants. Vous vous noyez dans les faux semblants ? Cet inconnu sera à l’origine d’un vrai drame familial défend Pasolini. Vous jouez un jeu social ? Alors vous voilà sur un théâtre clame Bunuel dans Le charme discret de la bourgeoisie (1972).

Guiraudie traite quant-à-lui le désir pour le désir, joue avec la présence des acteurs, sans qu’on ne comprenne vraiment pourquoi.

Alors Pass.

Film français d’Alain Guiraudie (2024). Avec Félix Kysyl, Catherine Frot, Jean-Baptiste Durand (1h43). Sortie le 16 octobre 2024.


The Substance, de Coralie Fargeat, par Anne-Sophie Neyra

The Substance est facilement le film le plus puissant de cette année.  Elizabeth Sparkle (Demi Moore), icône de fitness télévisée, énergique et enveloppée de paillettes se fait renvoyer de son travail le jour de son 50ème anniversaire.  Son boss (Denis Quaid) lui explique qu’elle a « passé l’âge ». 

Moore reçoit ensuite une invitation mystérieuse :

AVEZ-VOUS DÉJÀ RÊVÉ D’UNE MEILLEURE VERSION DE VOUS-MÊME ?
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CELA A CHANGÉ MA VIE.
Avec The Substance, vous pouvez générer une autre version de vous-même, plus jeune, plus belle, plus parfaite… 
Il suffit de partager le temps.
Une semaine pour l’une, une semaine pour l’autre.
Un équilibre parfait de sept jours.
Facile n’est-ce pas ?
Si vous respectez les instructions, qu’est ce qui pourrait mal tourner ?

La version que Moore génère grâce à The Substance s’appelle Sue (Margaret Qualley). Sue a tout ce que Moore avait mais n’a plus – un corps parfait, une peau sans ride, une innocence, un sourire…

The Substance ne se contente pas de nous inviter à réfléchir aux attentes de la société envers les femmes, à leur rapport à elles-mêmes, aux hommes, ou encore à l’industrie du divertissement. The Substance nous projette ces réalités en pleine face, dans un tourbillon oppressant qui ne laisse aucune échappatoire.

Conseil : ne pas manger avant. 

Donc, SMASH 

Film franco-américain de Coralie Fargeat (2024). Avec Demi Moore, Margaret Qualley, Dennis Quaid (2h21). Sortie le 6 novembre 2024.


Here – Les plus belles années de notre vie, de Robert Zemeckis, par Eliott Offenstadt

L’homme de Retour vers le futur (1985) et de Forrest Gump (1994) sort encore un film tous les deux ans. Le dernier a avoir marqué les esprits est Alliés (2016)

Cette fois, Zemeckis sort un film à concept. Un plan fixe (du moins pendant la quasi-intégralité du film) qui nous emmène dans le salon de la maison-témoin de l’American dream, en nous montrant tous ceux qui ont occupé les lieux. Donc, des dinosaures, des Indiens d’Amérique, et des couples tout au long des XXe et XXIe siècles.

Ce ne sont pas toujours les bons concepts qui font les bons films. Le film enfonce des portes ouvertes et ces portes ouvertes enfoncées sont des plus inesthétiques.

À chaque époque son cliché. Le vétéran loser. Le vétéran ivrogne. La femme qui veut s’émanciper mais qui n’y arrive pas. La femme qui veut s’émanciper et qui y parvient. La famille afro-américaine limitée à son expérience des dangers liés au racisme de la police. Les Indiens d’Amérique remis à leur place dans l’histoire. Aucun sens du tragique pour les situations tragiques et aucun sens du comique pour les situations comiques.

Et avec cela, une esthétique affligeante que l’on doit à l’intelligence artificielle. Cette dernière nous permet par exemple de voir Tom Hanks plus jeune. Le réalisateur avait un des meilleurs acteurs d’Hollywood sous le coude, et à la place de le faire jouer tout seul – il est en tout à fait capable, je ne m’en fais pas du tout pour sa palette de jeu – on lui adjoint l’intelligence artificielle. Que dire…

Autant dire qu’on reste totalement impassible devant l’écran, et éventuellement on rêve à prendre la Delorean de Retour vers le futur, remonter au début de la séance, et de retourner chez soi revoir une dixième fois Forrest Gump.

Alors, Pass.

Film américain de Robert Zemeckis (2024). Avec Tom Hanks, Robin Wright, Paul Bettany (1h44). Sortie le 6 novembre 2024.


À la semaine prochaine pour un smash ou pass particulièrement éclectique.
Et pour les retardataires, le lien vers le Smash ou Pass #3.

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«Anora», «The Killer», «All We Imagine As Light», «Shaun of the Dead» : le Smash ou Pass Cinéma #3 https://www.lapeniche.net/anora-the-killer-all-we-imagine-as-light-shaun-of-the-dead-le-smash-ou-pass-cinema-3/ Sun, 03 Nov 2024 21:37:02 +0000 https://www.lapeniche.net/?p=56479 Chaque week-end, en partenariat avec le ciné-club 27 Millimètres, La Péniche vous donne son avis sur les films à voir en salle. Cette semaine, Anora de Sean Baker, The Killer de John Woo, All We Imagine As Light de Payal Kapadia, et Shaun of the Dead d’Edgar Wright. Alors smash ou pass ?


Anora, de Sean Baker, par Iris Curinier

Cela faisait longtemps qu’au cinéma je ne m’étais pas prise à regarder ma montre, réfléchir au prochain devoir à rendre, penser à un autre film, ou pire, à m’ennuyer tout simplement. Assise pendant 2h19 très précisément et happée par Anora du début à la fin, je n’ai cette fois rien fait de tout cela.

Anora « Ani » Mikheeva est une jeune strip-teaseuse qui habite dans un petit appartement partagé, longeant la voie ferrée à Brooklyn. Tout semble changer lorsqu’un soir, elle rencontre le fils d’un oligarque russe qui l’embauche exclusivement pour une semaine avant de la demander en mariage. Alors, une ascension sociale soudaine? Un destin déjoué?

Disons le tout de suite, ce sera fait : l’actrice principale Mikey Madison propose une composition impressionnante qui sublime l’écriture du film et bouleverse dans chaque scène, remplissant tout l’espace. D’autant plus que le reste du casting est impeccable comme le jeune héritier, sa famille ou encore les sbires de son père.

Sean Baker nous plonge dans une fable moderne, où un simple pas de danse et le soutien d’une grand-mère russe semblent pouvoir transformer une vie. Mais en réalité, le poids des attentes sociales pèse lourd, et beaucoup préfèrent que chacun reste à la place qui lui a été assignée.

Un conte de fée version Gen Z, où Anora, avec ses faux-ongles et bottes à plateforme, refuse qu’on décide à sa place ; mais surtout dans lequel elle a réponse à tout avec une répartie et des coups terrifiants .

Anora, c’est aussi pleurer de rire pendant 20 minutes face à une situation absurde et des dialogues finement écrits et brillamment interprétés, avec pour couronner le tout, une photographie et une bande originale parfaitement on theme, qui font sentir l’hypocrisie du velours et des paillettes.

À travers ce film, Baker rend justice à Anora; elle qui n’a l’impression d’exister qu’à travers le regard des hommes, et particulièrement à travers leurs regards désireux. On le comprend d’autant plus à la scène finale, lors de laquelle elle s’élève en figure de martyr d’une société où l’argent peut tout, même acheter un humain pour une semaine et trahir pour un caprice. Anora n’est pas une vile jeune femme qui profite du système pour s’enrichir, elle survit en employant les règles du jeu. 

Tout en prenant soin de dépeindre ce que notre société a de plus mauvais, Baker nous dit à travers ce film de garder espoir et de rire malgré tout.

Alors SMASH SMASH SMASH.

Film américain de Sean Baker (2h19). Avec Mikey Madison, Mark Eydelshteyn, Youri Borissov. Sortie le 30 octobre 2024.


The Killer, de John Woo, par Louise Crespin

John Woo réalise lui-même le remake de son film culte de 1989 avec The Killer, sorti en salle le 23 octobre. On y suit la tueuse à gages Zee (Nathalie Emmanuel), qui ne complète pas son dernier « contrat » en refusant de tuer une jeune chanteuse (Diana Silvers). Commence un cycle effréné de poursuites croisées entre grosses têtes du banditisme, Zee, sa nouvelle protégée et l’inspecteur Sey (Omar Sy), policier intègre dont la dernière enquête le pousse à s’impliquer dans l’affaire.

Le film est en mouvement perpétuel, la caméra plonge, se redresse, tourne. Les poursuites, cascades, fusillades, tueries au katana et voitures qui se retournent, s’enchaînent, et le rythme endiablé est interrompu par des moments de suspens où l’on voit parfois des oiseaux blancs voler d’un bout à l’autre du plan.

L’image qui rappelle parfois une carte postale parisienne un peu fade, laisse place à d’autres moments à une esthétique baroque plutôt impressionnante. Le scénario n’est peut-être pas d’une originalité folle, mais on peut quand même se laisser surprendre.

The Killer reçoit un mauvais accueil critique, qualifié de reproduction ratée et vide d’intérêt. Pour moi, c’est un film de genre par excellence où John Woo mêle violence esthétique, combats au ralenti et symbolique mystique pour nous parler de code de l’honneur, de loyauté, d’amitié et de rédemption. Même si le réalisateur reprend certains codes de la série B, il montre surtout son savoir-faire de maître de film d’action.

Donc si vous entrez dans la salle en espérant un bon film d’action, SMASH.

Film américain de John Woo (2h05). Avec Omar Sy, Nathalie Emmanuel, Sam Worthington. Sortie le 23 octobre 2024.


All We Imagine As Light, de Payal Kapadia, par Iris Curinier

Prabha et Anu, deux infirmières d’un hôpital de Mumbai, partagent un petit appartement de la ville, cocon de bric et de broc qui constitue un point de rencontre entre leurs deux vies. Alors que Prabha attend encore son mari parti depuis plusieurs années, Anu entame une relation amoureuse interdite avec un homme musulman… le film retrace quelques moments significatifs dans l’émancipation des deux jeunes femmes.

Alors que la caméra flotte dans la nuit de Mumbai, les voix de tous ceux qui ont quitté leur village pour une ville qui les asservit et leur ôte toute singularité résonnent au milieu des Klaxons. De ce point de vue, il faut saluer la réalisation, pour l’âme qui se trouve dans le film, dans des plans qui cherchent constamment le fond du regard des personnages (avec une photographie magnifique par ailleurs).

Mais la caméra tremblotante apparaît trop souvent comme un effet de style too much, et beaucoup de plans donnent une impression de déjà-vu — notamment dans le métro. Le scénario semble avoir été écrit au hasard, si bien que les scènes s’enchaînent sans but ni cohérence; et certes l’histoire en elle-même n’a peut-être pas été conçue avec un objectif à proprement parler, mais l’aspect contemplatif du film n’est même pas réussi. Tout est lent, trop lent. Et c’est le principal problème; toutes les autres critiques développées ci-dessus n’ont de validité que parce que l’extrême lenteur ne fait qu’exacerber les défauts du film aux yeux du spectateur.

Malgré la lecture intéressante de l’émancipation féminine des diktats maritaux encore très présents en Inde, tout ce qui est censé se mettre au service de cette cause n’est pas assez bien exécuté pour que le spectateur puisse être amené dans une réelle réflexion.

Alors… PASS.

Film indien de Payal Kapadia. Avec Kani Kusruti, Divya Prabha et Chhaya Kadam. Sortie le 2 octobre 2024.


Shaun of the Dead, d’Edgar Wright, par Guillaume Bouyssou

Vous aimez le gore ? Vous aimez le british humour ? Pour Halloween, faites-vous mourir de rire avec Shaun of the Dead. Pour ses 20 ans, le film culte d’Edgar Wright ressort dans quelques salles !

Dans ce premier opus de la folle saga Blood and Ice Cream, le légendaire duo Simon Pegg / Nick Frost incarne deux meilleurs potes que la routine fait crever d’ennui. Dans une banlieue londonienne grise du début des années 2000, la vie de Shaun (Pegg) se résume à son abrutissant travail de vendeur de produits d’électroménager, ses tentatives désespérées de reconquérir sa petite amie Liz, et des soirées de beuverie au Winchester avec son encombrant acolyte de toujours Ed (Frost).

Ce quotidien répétitif et banal est perturbé par une invasion soudaine de zombies qui frappe le Royaume-Uni. Commence alors une épopée délirante et sanglante dans laquelle Shaun et ses proches redoublent d’imagination pour échapper aux morsures fatales des zombies. Les gags tous plus absurdes les uns que les autres s’enchaînent dans une valse de clichés de l’horrifique poussés à l’extrême. Les scènes de poursuite ridicules, les combats démesurément sanglants où volent les têtes, la panique contagieuse, les engueulades interminables entre les personnages, la nullité maladive de Shaun et Ed…

Tout y est ! On accepte, au début avec dégoût, à la fin avec un inquiétant plaisir, d’éclater de rire devant ce gore décalé. D’innombrables références à la pop culture britannique ajoutent un côté jouissif à cette explosion de dark humour qui s’offre à nous pendant 1h40. La cinématographie presque géométrique et méthodique d’Edgar Wright et les dialogues piquants donnent au film un rythme étourdissant. Pegg et Frost frôlent le génie dans leur interprétation. L’œuvre est une parodie parfaite du film de genre et un véritable symbole de l’humour british.

Alors vous l’aurez compris, SMASH !

Film britannique d’Edgar Wright. Avec Simon Pegg, Nick Frost, Dylan Moran (1h39). Sortie originale le 27 juillet 2005. Ressortie le 30 octobre 2024.


À la semaine prochaine pour le Smash ou Pass #4 sous le spectre de l’horrifique.

Et voici le lien pour le Smash ou Pass de la semaine dernière.

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«News from Home», «Un Divan à New-York», «Monsieur Aznavour», «L’Amour ouf», «The Apprentice», «Niki» : le Smash ou Pass Cinéma #2 https://www.lapeniche.net/news-from-home-un-divan-a-new-york-monsieur-aznavour-lamour-ouf-the-apprentice-niki-le-smash-ou-pass-cinema-2/ Sun, 27 Oct 2024 18:36:30 +0000 https://www.lapeniche.net/?p=56464 Chaque week-end, en partenariat avec le ciné-club 27 Millimètres, La Péniche vous donne son avis sur les films à voir en salle. Cette semaine, News from Home de Chantal Akerman, Un Divan à New-York de Chantal Akerman, Monsieur Aznavour de Grand Corps Malade et Mehdi Idir, L’amour ouf de Gilles Lellouche, The Apprentice de Ali Abbassi et Niki de Céline Sallette. Alors smash ou pass ?


News from Home, de Chantal Akerman, par Eliott Offenstadt

Pour ce film qui relève d’une certaine manière de l’expérimentation, toute la salle est restée. Il faut dire que le cinéma dans lequel j’ai vu ce film, le MK2 Beaubourg – et où la salle était bondée – était déjà tout acquis à la cause akermanienne, mais il faut néanmoins saluer l’exploit . Ledit cinéma présente depuis maintenant plusieurs semaines une extraordinaire rétrospective Akerman qui nous invite à dépasser le 23 quai du Commerce de Jeanne Dielman.

Adieu Bruxelles, bonjour New-York, donc, dans ce film qualifié de documentaire mais dont une forme de romanesque nous fait nous questionner sur la pertinence de l’usage du substantif. Cette hésitation est inhérente à l’œuvre de la réalisatrice et le critique Jacques Mandelbaum parle du cinéma d’Akerman comme d’un “cinéma de la lisière”.

À l’image, New York. New York à pied, New York en métro, New York en voiture, New York en ferry…

À l’audio, les lettres adressées par la mère de la réalisatrice à sa fille à New-York. Dans la vraie vie, les lettres ne sont pas restées sans réponse, mais pour nous si. Nous nous contentons des lettres de la mère comme seul grain à moudre romanesque. En parallèle de la voix, l’auditeur perçoit, en fond, le tintamarre de la ville.

Le récit d’Akerman est donc à cheval entre le vieux et le nouveau continent. Nous connaissons le vieux par l’intermédiaire des lettres et le nouveau par les images, qui ne sont pas des cartes postales mais des vues de rues lambdas, à peine la rivière Hudson et un taxi jaune.

Dans ces lettres, la mère de Chantal Akerman, Natalia Akerman, lui fait part de sa vie, lui reproche de ne pas lui écrire assez souvent et lui transmet ses pensées affectueuses. Elle lui raconte la vie telle qu’elle va, telle qu’elle est et qui paraît immuable. Une escapade familiale à Knokke, les anniversaires, les mariages, les soirées, le commerce.

Et par là, Akerman s’inscrit dans la très prolifique tradition cinématographique américaine du récit d’immigration. Ces lettres sont le récit du déracinement et de la solitude que cela crée. La Belgique d’Akerman, c’est la Grèce d’America America de Kazan (1963), la Sicile du Parrain de Coppola (1972), le Cuba de Scarface de de Palma (1983), œuvres d’un registre diamétralement différent mais qui reprennent ce topos. Sauf que là, il n’y a que méditation sur les mots et sur les lieux. Chantal Akerman nous donne, à sa manière, les pièces à monter pour son propre America America, Parrain ou Scarface.

Ce qu’il y a de magnifique, c’est que le documentaire n’est qu’un prologue à une œuvre à laquelle notre tête œuvre. En cela, le film a réussi sa mission de cinéma. Il a créé un monde par notre intermédiaire. Et juste pour cela, SMASH.

Film belge de Chantal Akerman. Avec Chantal Akerman (voix-off) (1h29). Sortie originale le 20 mai 1977. Ressortie le 25 septembre 2024.


Un Divan à New York, de Chantal Akerman, par Anne-Sophie Neyra

J’ai dû regarder Un Divan à New York en quatre fois. Quatre tentatives pour arriver jusqu’au bout d’un film qui, malgré le talent inéquivoque de Chantal Akerman, m’a semblé désespérément sans relief. Pourtant, comme dans Green Card, tout était là : une réalisatrice talentueuse, des acteurs réputés, et deux villes emblématiques comme décor. L’histoire en elle-même – un échange d’appartements (« home swap ») entre Henry, un psychanalyste new-yorkais renommé, aisé et un peu guindé, et Béatrice, une talentueuse danseuse française de Belleville – aurait pu être une exploration des contrastes, des différences culturelles, et du choc des personnalités… Oui, je vous l’accorde, il est difficile de jouer avec des dualités sans tomber dans un désir d’exagérer ou de radicaliser la pensée, un piège presque naturel lorsqu’on veut opposer deux mondes, deux âmes ou deux villes. Mais ici, on sent cette exagération à chaque tournant : tout est trop prévisible, trop convenu. Rien ne surprend, et on reste dans des schémas attendus du début à la fin.

Le film ressemble presque à un « tour d’introduction » des villes de Paris et de New York, mais un tour qui raterait complètement l’essence, la vivacité, et la magie de ces lieux. New York, avec ses grandes avenues et ses appartements élégants, ne semble être rien de plus qu’une toile de fond stérile, et Paris devient une série de clichés de quartiers bohèmes, mais dénuées d’âme. Henry, incarné par William Hurt, est présenté comme le stéréotype parfait du riche psychanalyste solitaire, l’archétype de l’homme « inconnu mais fascinant » qui écoute sans jamais se révéler. Sauf qu’ici, ce personnage ne dégage rien de fascinant – ni dans son cadre new-yorkais, ni dans son exil parisien. Hurt semble constamment déconnecté, non seulement de Paris, ce qui pourrait être compréhensible, mais même de New York, sa propre ville. Il joue sans véritablement habiter son personnage, comme s’il restait étranger à ses propres gestes, ses propres mots, ses propres choix.

Quant à Juliette Binoche, elle peine à apporter la profondeur ou la spontanéité qu’on pourrait attendre d’elle dans le rôle de Béatrice. C’est comme si son personnage était lui aussi coincé dans un moule d’excentricité un peu forcée, sans la liberté d’être vraiment elle-même. Le manque d’alchimie entre les deux acteurs est flagrant, au point où ils doivent presque annoncer qu’ils sont amoureux, puisque leurs échanges ne suffisent pas à transmettre le moindre sentiment crédible. Chaque conversation, chaque interaction sonne faux, sans la moindre fluidité, comme si chaque phrase était suspendue dans le vide pour combler un scénario qui ne parvient pas à prendre vie.

Il y a, malgré tout, quelque chose d’un peu captivant dans l’appartement de Henry, ce lieu hyper soigné qui dévoile des fragments de son monde. C’est peut-être, à mes yeux, l’aspect le plus agréable du film : cette fenêtre dans l’espace intime d’un personnage aussi rigide et, j’ose le dire, désagréable… Malheureusement, ce plaisir voyeuriste est bien maigre face à un film qui déçoit autant. J’aurais voulu être, au mieux, emportée, ou au minimum amusée – et Akerman, avec sa touche souvent poétique, aurait pu offrir cela. Mais ici, rien ne fonctionne vraiment.

Donc, PASS.

Film franco-belgo-allemand de Chantal Akerman (1h49). Avec Juliette Binoche, William Hurt, Paul Guilfoyle. Sortie originale le 10 avril 1996. Ressortie le 23 octobre 2024.


Monsieur Aznavour, de Grand Corps Malade et Mehdi Idir, par Agathe Bernard-Bacot

Je vous parle d’un homme que les plus de vingt ans se doivent de connaître…

Retraçant l’ascension fulgurante de Charles Aznavour, du bas de « La Bohème » arméno-parisienne jusqu’en haut du Paris des artistes, ce film offre un hommage plus que mérité à l’un des plus grands chanteurs de tous les temps. Il nous dévoile ses affinités avec sa grande sœur de la rue : Edith Piaf, son modèle : Charles Trenet, ou encore sa rencontre avec un jeune artiste encore inconnu, qui deviendra Johnny Hallyday. Il montre ses réussites et échecs professionnels comme amoureux, sa grande fécondité artistique… comme paternelle.

Alors oui, « you are for me, for me, for me, formidable », Charles mais que nous ont fait Mehdi Idir et Grand Corps Malade ? Emmenez-moi voir M. Aznavour ? Non merci.

Raconter la vie d’une telle icône n’est pas chose facile, mais M. Aznavour est l’exemple d’un biopic raté, regarder ce film c’est lire sa page Wikipédia dans une narration plate et sans originalité.

Le plus gros défaut du film réside dans les faux décors générés par l’intelligence artificielle, à l’instar d’un plan architectural. Le film n’a même pas d’intérêt esthétique, quel dommage !

Un film à éviter, PASS.

Film français de Grand Corps Malade et Mehdi Idir. Avec Tahar Rahim, Bastien Bouillon, Marie-Julie Baup (2h14). Sortie le 23 octobre 2024.


L’Amour ouf, de Gilles Lellouche, par Ambre Dangy

Deux stars du cinéma français, un réalisateur adoubé par la critique, des coups de communication massifs. Vous ne pouvez pas ne pas en avoir entendu parler mais l’avez-vous vu ?

“L’amour ouf” de Gilles Lellouche est sorti en salle le 16 octobre 2024 et on vous en parle.

Alors que le film avait été sélectionné pour la compétition à Cannes, les accueils sont mitigés.

Pour certains, c’est un excès d’artifices superflus, pour d’autres, un subtil mélange de genres bien pensés. Quoi qu’il en soit, ces 2H40 de film ne laissent personne indifférent. Ayant assisté à une projection le 17 octobre, le public était captivé : des larmes versées lors des séparations, des éclats de rire face à des répliques bien placées. Cette immersion totale, cette catharsis vécue collectivement, illustre toute la magie et la puissance du septième art dans son expression la plus accomplie.

Ce film est une adaptation du livre “L’amour ouf” de l’américain Neville Thompson, lu par Gilles Lellouche bien des années plus tôt et qu’il rêvait de réaliser depuis toujours.

Cette histoire raconte la rencontre fulgurante de deux adolescents : Jackie (Mallory Wanecque), issue d’un milieu bourgeois, et Clotaire (Malik Frikah), le « voyou » de la bande. Ils vivent toutes leurs premières expériences ensemble, mais la délinquance de Clotaire l’entraîne en prison. Douze ans plus tard, dans la deuxième partie, Jackie (Adèle Exarchopoulos) s’est résignée à une vie ordinaire sans amour véritable, tandis que Clotaire (François Civil) est libéré. Peut-on rattraper le temps perdu ? Faut-il sacrifier le présent pour raviver un premier amour ? À vous de le découvrir.

A travers un mélange de genres qui met en scène “une histoire d’amour à la fois musicale et violente” (Gilles Lellouche, réalisateur – extrait du dossier de presse), ce film, accompagné des grands titres de The Cure et Prince, peint en arrière-plan une fresque des années 80, dans une ville portuaire qui nous éloigne de la capitale.

Alors, SMASH.

Film français de Gilles Lellouche (2024). Avec Mallory Wanecque, Malik Frikah, Adèle Exarchopoulos, François Civil (2h41). Sortie le 16 octobre 2024.


The Apprentice, d’Ali Abbasi, par Melchior Martinant de Préneuf

Après plusieurs longs-métrages attestant de sa fascination pour la monstruosité, quoi de mieux que l’ascension cynique de Donald Trump comme objet du dernier film d’Ali Abbasi? Ce cinéaste danois, originaire d’Iran, suit les pas de Donald Trump (Sebastian Stan), qui grâce à sa rencontre avec l’avocat corrompu Roy Cohn (Jeremy Strong) va connaître une « success story » trépidante.

Alors qu’il se contente de récolter les loyers auprès des locataires des appartements de la société immobilière de son père, Trump fait la rencontre de l’avocat Roy Cohn, afin que ce dernier sorte l’entreprise familiale d’une mauvaise affaire qui les inculpe pour discrimination raciale. Proche des milieux néoconservateurs, réputé pour son activisme au sein du maccarthysme notamment durant l’affaire des époux Rosenberg, et redouté par toutes les cours américaines pour ses méthodes peu légales, celui-ci les tire d’affaires et décide de faire du petit Donald son poulain. Il gravit les échelons, en menant à bien ses projets immobiliers au sein d’une ville de New York dégradée qu’il souhaite gentrifier, grâce aux trois règles de vie outrepassant la morale que son mentor lui inculque : « attaque, attaque, attaque », « n’admets rien » , « ne reconnais jamais la défaite ». Absorbé par l’ambition, Trump incarne un capitalisme prédateur et trace sa route sans se soucier de son frère suicidaire, des badinages de l’amour qu’il réduit à un contrat de mariage négocié point par point avec Ivana (Maria Bakalova), et de sa forme physique qu’il assure par une opération de liposuccion. Cette bête solitaire, avide d’obtenir un pouvoir qui apparemment justifie tous les moyens, finira par dépasser le maître. Pour le juif et homosexuel inavoué qu’est Roy Cohn, la reconnaissance s’avèrera difficile, voire inexistante.

Survolté, glaçant, animé, ce film sans foi ni loi laisse assez estomaqué et est loin de faire l’apologie de la RSE des grandes fortunes du NASDAQ. Ali Abassi nous emmène au cœur de l’empire du faux, où tous les coups sont permis pour asseoir sa domination au sommet d’une tour surplombant Manhattan. S’il peut convaincre, ce biopic est avant tout conceptuel : il fixe sur un aspect et une période de la vie de Trump, quitte à grossir les traits pour servir la puissance du scénario. La mise en scène assez violente du viol d’Ivana est ainsi à prendre avec des pincettes, la véracité des faits restant incertaine à ce jour.

Alors, SMASH.

Film américain de Ali Abbasi (2h00). Avec Sebastian Stan, Jeremy Strong, Maria Bakalova. Sortie le 9 octobre 2024.


Niki, de Céline Sallette, par Eliott Offenstadt

Biopic sur Niki de Saint-Phalle (Charlotte le Bon), le film présente la vie de l’actrice avant son accession à la notoriété, et en particulier l’inceste qu’elle a subi de son père (Grégoire Monsaigeon), ses relations avec son premier mari (John Robinson), sa vie cachée avec Jean Tinguely (Damien Bonnard) et ses séjours en psychiatrie.

Niki de Saint Phalle, dans l’imaginaire collectif, ce sont des sculptures colorées, notamment celles de la fontaine Stravinsky. Rien de tout ça dans le film, les œuvres ne sont pas montrées et sa vie n’a rien de colorée, elle est même très sombre. Le noir et blanc et la couleur, il n’y a pourtant rien de plus cinématographique. Mais ici, point de cinéma.

François Truffaut avait critiqué « Le Petit Noir tranquille » de Sydney Meyers (1948) en disant que le personnage était “simplement photographié, il n’est même pas filmé”. Cette phrase va bien au film du jour. Charlotte Le Bon n’a pas le droit de jouer. La réalisatrice l’enferme dans des compositions plastiques, où tout est millimétré, comme une photo de mode.

D’autant que son parcours personnel ne propose absolument aucune mise en perspective dans le cadre de son œuvre. Et si Niki de Saint-Phalle nous intéresse, c’est pour son œuvre. Donc nous aurions voulu savoir comment sa vie a influencé son œuvre. Et au bout d’une heure et trente-huit minutes, on ne le sait toujours pas.

PASS, donc.

Film français de Céline Sallette (1h38). Avec Charlotte Le Bon, John Robinson, Damien Bonnard. Sortie le 9 octobre 2024.


À la semaine prochaine pour le smash ou pass cinéma #3 où sera notamment évoquée la Palme d’or Anora.

Et pour les retardataires, le lien pour le smash ou pass cinéma #1.

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