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Terre à terre

Cette semaine, Grégoire Molle, en 3A à Melbourne, nous informe sur la reconnaissance constitutionnelle des Aborigènes d’Australie, entérinée la semaine dernière au Parlement.

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Le drapeau aborigène et la constellation de la Southern Cross, symbole du drapeau australien.

Un acte présenté comme décisif a été voté la semaine dernière par les députés australiens, tous bords politiques confondus. Cet acte reconnaît officiellement les Aborigènes et les Torres Strait Islanders comme étant les propriétaires originels de l’Australie. Si la portée de cet acte législatif est avant tout symbolique, il doit être une étape déterminante vers une amélioration réelle de la relation entre les Australiens et les Aborigènes.

Les rapports entre les premiers habitants de l’Australie et ceux ayant immigré dans ce pays avec ou après la colonisation du pays sont complexes. Une véritable guerre de l’Histoire s’est déroulée pendant des années afin d’établir les responsabilités de chaque camp dans les violences consécutives à la colonisation de l’Australie, et les droits que chacun d’entre eux pouvait faire valoir sur ce pays. La difficulté de traiter les questions colonisatrices est accrue par le fait que les mémoires sont encore à vifs, notamment au sujet des agissements ayant conduit à la création de la « génération volée » (« stolen generation »). Jusqu’en 1969, la politique d’assimilation en vigueur en Australie reposait sur l’enlèvement des enfants aborigènes et des Torres Strait Islanders, afin d’être éduqués comme des Australiens blancs, séparés de leur famille et de leur communauté d’origine. Cette politique avait pour but d’orchestrer la disparition de la communauté aborigène, perçue alors comme une race inférieure. Les excuses officielles du gouvernement australien relatives à ces évènements n’ont été effectuées qu’en 2008, par le Premier ministre de l’époque, Kevin Rudd.

La progression de la relation entre les Aborigènes et les Australiens depuis la loi de 1804 qui autorisait les colons à tirer sur les Aborigènes dans l’Etat de Tasmanie, est incontestable. Cependant, peu d’Australiens montrent de l’intérêt pour les questions relatives aux effets de la colonisation et à l’intégration des Aborigènes, qui ne représentent aujourd’hui plus qu’1% de la population totale. Le chef de l’opposition, Tony Abbott, défendant le projet de loi visant à reconnaître l’Australie comme propriété originelle des Aborigènes et des Torres Strait Islanders, a estimé que « l’Australie était un pays béni, à l’exception d’une chose: le fait de n’avoir jamais fait totalement la paix avec les premiers habitants de ce pays ». Les Australiens ne semblent pas vouloir porter la responsabilité pour des actes qui ont été commis par leurs ancêtres. La Première Ministre australienne, Julia Gillard, consciente de ce refus, a établi la différence dans son discours au Parlement entre la légitimité du refus de la culpabilité pour « des choses qui ont été commises dans l’Histoire de la nation australienne », et « la responsabilité des Australiens de terminer l’intégration de la population aborigène ».

Le sort des Aborigènes est inégal. Certains ont intégré le mode de vie australien, et vivent en ville ; d’autres tentent de poursuivre autant que possible leur vie d’antan, et vivent reculés dans des communautés isolées du reste de la civilisation ; certains, enfin, ont quitté leur communauté d’origine mais n’ont pas réussi leur intégration, et vivent dans les rues des villes de l’outback, tout particulièrement à Alice Springs et Darwin, les grandes villes du Northern Territory, leur santé gâchée par les fast-foods et l’alcool qu’ils ingèrent en grande quantité. Ces Aborigènes qui ne sont pas parvenus à s’intégrer sont parfois considéré comme représentatifs de la totalité de la communauté aborigène pour certains Australiens, qui considèrent alors que les Aborigènes sont pour la plupart des délinquants alcooliques vivotant des allocations accordées par le gouvernement australiens en guise de compensation pour la colonisation.

Le projet politique initié par le vote au Parlement la semaine dernière est une modification de la Constitution australienne, pour permettre la reconnaissance effective des propriétaires originels de l’Australie et de leur lien particulier avec ce pays. Une telle modification requiert un referendum, qui devait avoir lieu en 2012 mais qui a dû être reporté, à cause de l’attitude qui semble être dominante en Australie au sujet des Aborigènes, pouvant être qualifiée au mieux d’indifférence, au pire de racisme. Un rapport d’experts a estimé que le débat sur la reconnaissance des Aborigènes manquait de visibilité et qu’un referendum, s’il avait lieu actuellement, aurait toutes les chances d’échouer. Le gouvernement a ainsi décidé de reporter le referendum a une date ultérieure, probablement dans deux ou trois ans.

D’ici là, l’acte passé au Parlement doit permettre de remettre la question aborigène à l’ordre du jour, préparer les esprits pour le referendum à venir, et donner à l’Australie une occasion de faire la paix avec elle-même.

Si vous voulez majorer sur les questions aborigènes, voilà les liens vers deux subtiles chronologies retraçant l’histoire des relations entre les Aborigènes et les Australiens. Celle-là répertorie les évènements ayant eu lieu de 1770 à 1997 ; et sur celle-là figurent les évènements s’étant déroulés de 1970 à 2008.

Grégoire Molle

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