Et après ?

Sciences pistes engagés, rencontre aux Restos du Coeur

 

LaPéniche.net part à la découverte du centre national des Restos du Coeur à Paris dans le IX ème arrondissement. Un accueil simple et souriant  permet d’apercevoir au bout d’un couloir du quatrième étage, la responsable financière de l’association qui nous fait signe de la suivre. Catherine Dessesard est salariée de l’association depuis mai 2012 et gère une équipe de 36 personnes.  Cependant cette rencontre se révèle être rapidement plus enrichissante, car deux bénévoles anciens de Sciences Po, Bernard Bonhert et Catherine Dattez, se joignent à l’interview. Une chance unique de comprendre comment il est possible concrètement de «lutter contre la pauvreté sous toutes ses formes». Portrait  de trois ex-sciencespistes engagés pour faire du rêve de Coluche une réalité quotidienne.

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De droite à gauche : Catherine Dessessard, Bernard Bonhert, Catherine Dattez.

 

Bernard Bohnert : diplomé du Master Economie et Finances en 1973

Catherine Dattez : diplomée du Master Relations internationale en 1974

Catherine Dessesard : diplomée du Master Affaires Publiques en 1979

 

Sciences Po, une formation structurante.

L’institut, même s’il n’a été le lieu de vie de ces trois interlocuteurs que pendant deux ans, a profondément marqué leur manière de penser et de concevoir leur parcours. Tous trois, insistent sur la chance que représente la possibilité de pouvoir avoir accès à des thématiques variées avec «une grande ouverture sur le monde». Bien que l’esprit général soit de rappeler que Sciences Po est loin d’être une finalité en soi, l’école permet tout de même de faire partie d’une famille. Certains y avaient leur «petit groupe soudé» d’amis et d’autres ont réalisé sur le long terme qu’être ancien de Sciences Po était loin d’être anodin. En effet, après des erreurs de parcours, l’Institut propose des services de conseils, de formation et de recherche d’emplois, tout au long de la carrière des alumnis.

Pour ce qui est de l’après Sciences Po, Catherine Dessesard accorde «qu’avoir des rêves, c’est rare et précieux mais il faut surtout être flexible, savoir saisir les opportunités et s’accrocher». Tout simplement parce que «la vie n’est pas linéaire», le monde est en perpétuelle évolution. «Le plus important c’est de croire en soi, sinon les autres ne croiront pas en nous», en saisissant les opportunités, en se nourrissant de son expérience bien au delà de la formation acquise à l’institut.

 

Des parcours à responsabilité.

Qu’ils soient bénévoles ou salariés au sein de la cellule gestion des Restos du Coeur, nos trois sciencespistes sont les porte paroles privilégiés de métiers et de tâches à responsabilité.

Faisant face en peu de temps à de grandes responsabilités au sein du journal de Libération, la DAF (Directrice administrative et financière)  a pu pleinement s’approprier les enjeux d’un tel projet et «une fois qu’on y a gouté, il est difficile d’en revenir».  C’est bien ce gout de l’implication qui a aussi permis a Bernard Bonhert de travailler aussi en tant que spécialiste de gestion dans plusieurs entreprises cotées tout au long de sa carrière comme Altran Technologies ou encore Vivactis. Ayant dLogo-Restos-du-coeurorénavant cessé son activité, ce professionnel a décidé de mettre ses compétences au services des Restos depuis deux ans déjà. Finalement la caractéristique première de ces trois parcours est la réactivité. Parcours rebondissant entre différentes structures, de l’entreprise à l’associatif, est un témoignage enrichissant pour mieux appréhender la réalité du monde professionnel. Les accidents de parcours, les arrêts maternités pour les deux Catherine, sont tant d’événements qui peuvent induire des reversements de perspectives. Cependant, le ton est bien à l’optimisme, en rappelant que l’expérience s’acquiert sur le terrain, au travers des postes, et des responsabilités. Dans cette optique, le parcours de Catherine Dattez , illustre même la pluralité de métiers qu’il est possible d’exercer au long d’une même carrière. Débutant sa carrière dans la communication, intégrant ensuite des cellules de Ressources Humaines, elle a décidé il y a quatre ans de créer sa propre structure de coaching professionnel. Ces trois cadres, occupant ou ayant eu des postes de direction, montre bien «qu’il ne faut jamais se laisser décourager par les accidents de parcours.»

Par la suite de cet entretien, les deux Catherine arrivent naturellement à parler des difficultés rencontrées en tant que femmes pour des postes à responsabilité. «Pour se faire reconnaitre, on a besoin de se battre d’avantage que les autres c’est évident». Elle a l’espoir qu’un effet de masse se produise, parce que «pour l’instant il y a vraiment trop peu de femmes avec des postes à responsabilités.». Elles admettent qu’être une femme peut freiner les choses, mais il y a tout de même beaucoup de progrès, et il «faut continuer de se bagarrer». «Battez vous, on fait aussi bien que les hommes même si il y en a des très biens» scande Catherine Dattez en souriant. Selon elles, il tient aux femmes d’oser participer, de vaincre la «modestie congénitale» en étant pro-actives.

 

La fibre de l’engagement et de l’associatif.

Aujourd’hui les Restos du Coeur, sont leur lieu d’activité. Dans les locaux de la cellule gestion plane cette ambiance d’entraide entre les binômes, de convivialité, où chacun s’appelle par son prénom mais surtout de dévotion à la gestion du budget considérable qui doit être alloué entre les différentes missions des Restos. En effet il s’élève à 110 millions d’euros, l’expertise de spécialistes de la comptabilité, de la gestion ou encore de la communication est primordiale. C’est pourquoi chaque poste fonctionne sur un binôme salarié/bénévole qui permet de lier le professionnalisme, et l’implication plus ponctuelle de spécialistes qui permettent à l’ensemble de l’association nationale d’être gérée.

Bernard voulait «continuer à utiliser ses acquis professionnels au service d’une cause intéressante». L’association Nationale, que tous trois ont intégré, agit comme support de gestion des 119 associations nationales. Le but de la cellule est de « gérer les structures des Restos, et d’essayer d’introduire de la rigueur dans la gestion». Cependant, c’est le réseau des 66 000 bénévoles, depuis les bureaux jusqu’au terrain qui permettent de mener à bien les missions : de la distribution alimentaire à l’insertion professionnelle. Les restos, c’est aussi un accompagnement personnel, des microcrédits…. Le but de l’association Nationale est alors d’agir en support et être à l’écoute des associations départementales pour optimiser leur fonctions et budgets. «Une très belle aventure, dans laquelle il faut constamment faire face à de nouveaux défis» comme le confie Catherine Dessesard. Finalement son poste de Responsable financier n’a pas de différence majeure avec celui occupé précédemment pour la multinationale Danone. «Les fondamentaux de la gestion financière sont toujours les mêmes : équilibre des flux». Mais ce qui renforce sa motivation d’implication est bien qu’elle n’est plus au service d un idéal et d’une finalité de profit mais son travail se fait au nom de la solidarité. C’est surement ce «besoin de rendre à la société, compenser ce fait d’avoir été gâté», d’avoir pu faire des études comme le formule sincèrement Catherine Dattez, qui justifient l’implication et la présence de nos trois scienpistes aux Restos du Coeur.

 

 

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