Le Mag'

Petit panel d’expositions en vue du week end (et plus si affinités)

A peine rentrés de vacances, vous regrettez le temps du farniente sous votre couette ? Vous êtes déjà sollicités par vos multiples exposés, fiches de lecture et autres réjouissances ? La Péniche vous prescrit une sortie culturelle, remède à appliquer au plus vite ! Cette semaine, trois artistes sont mis à l’honneur : Dalí, Linder, et Chagall.

Votre choix ?

 

  • Dalí à Beaubourg : un retour ovationné.

 

La métamorphose de Narcisse,

 Huile sur toile

 50,8 × 78 3 cm,

 1937,  Tate Galllery, Londres

 

Si je vous disais « Courez, volez, ne réfléchissez pas, foncez », est-ce que cela suffirait à vous motiver ? Au contraire, l’excitation, au nom de Dalí, vous provoque des fourmis dans les jambes ? Vous n’êtes pas le seul. Tout Paris a décidé de se rendre au Centre Pompidou pour  voir les chefs-d’oeuvres du maître du surréalisme. Seulement deux rétrospectives sur Dalí y ont eu lieu ; la première lorsque l’artiste était encore vivant (1979), et la deuxième, de cette année, qui détient le record historique d’entrées, à l’échelle du musée.

S’y rendre en nocturne reste un bon plan si vous voulez éviter entre trois et quatre heures de queue… même si la foule est quand même abondante dans la salle de l’exposition. D’ailleurs, Beaubourg nous indique gentiment les créneaux de pointe, de préférence à bannir de notre planning culturel.

 

Horaires conseillés par le Centre Pompidou.

Ayant suivi ces quelques recommandations, votre ticket en main, votre imagination en ébullition, vous vous laissez maintenant porter par les escalators du musée, tout en admirant la nuit parisienne. Au bout de ce parcours initiatique (monter jusqu’au 5ème étage, c’est quand même long), vous pénétrez dans un monde nouveau. Certes, l’utérus que vous venez de traverser est un indice. Mais surtout, la myriade de peintures de Dalí qui envahit des murs hauts et blancs pousse vos yeux écarquillés dans leurs retranchements. La grandeur et la pureté de la salle contrastent avec les peintures déjantées de l’artiste. Vous commencez par vous approcher de petits tableaux biscornus, avant de lever les yeux vers de plus grands portraits, pour ensuite vous tourner vers des croquis, exemplaires de précision et de minutie. Vous retrouvez certains classiques, comme La persistance de la mémoire, ou bien La métamorphose de Narcisse. Mais vous découvrez aussi d’autres tableaux, évoquant la dangereuse domination féminine, ou bien la guerre civile en Espagne… Vous êtes même surpris d’avoir affaire à des documents plus ou moins décalés, comme des instantanés des conférences données par Dalí ou bien des écrits truffés de fautes d’orthographes (oui, un sacré chef-d’oeuvre).

La persistance de la mémoire

 Huile sur toile

 24 x 33 cm

 1931,  Museum of Modern Art, New York, USA.

 

Bref, grands connaisseurs de Dalí ou modestes amateurs, vous apprécierez ce panel de la prolifération du maître, qui sait émerveiller les petits comme les grands. N’hésitez donc pas à marquer votre rentrée d’une virée au coeur de l’oeuvre d’un des plus retentissants artistes de tous les temps… avant qu’elle ne finisse !

 

Exposition du 21 Novembre 2012 au 25 Mars 2013.

Centre Culturel Pompidou, 19 Rue Beaubourg,  75004 Paris

01 44 78 47 99

www.centrepompidou.fr

 

Clara Duchalet.

 

  • Linder et la femme au Musée d'Art Moderne :

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« Femme/objet », un intitulé provocant qui résume bien cette exposition étonnante où les conventions volent en éclat. Linder, au travers des arts visuels, de la mode et de la musique, livre sa vision de la femme. Critiquée, voire moquée, elle n’en demeure pas moins la star incontournable de cette rétrospective éclectique. Le Musée d’art Moderne de Paris accueille l’univers fantasque de cette féministe anglaise qui ne cesse de défendre ses convictions au travers de plus de 200 œuvres en tout genre. Femme nue à tête de rose ou de fer à repasser, bouches qui se superposent, patchworks de clichés érotiques ou encore robes comestibles, la femme instrumentalisée se mue peu à peu en objet et interroge acidement la vision qu’a la société de la figure féminine.

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Le scepticisme et la lucidité déconcertante de l’artiste luttent contre les stéréotypes sexistes, le collage comme une arme inspirée des artistes dada comme John Heartfield et Hannah Höch. Relatant l’évolution de la société depuis 1976 (date du début de la carrière de Linder Sterling), pochettes d’albums, photos-montages, œuvres sur papier, et performances déjantées nous font découvrir la richesse de cet univers artistique atypique, avec par exemple la retransmission de son concert de 1981 à Manchester devant un public médusé où, portant une robe de viande crue, elle avait affolé la presse bien avant Lady Gaga. Ces « auto-montages » comme l’artiste les nomme, rassemblent des clichés venant de revues automobiles, de magasines érotiques ou culinaires, et dénoncent l’aliénation de la femme, devenue un objet commercial, un sex-toy. L’indécence véhiculée par l’imagerie publicitaire est aussi mise en avant. L’image idéale de la beauté de la femme est déchirée, découpée en images transgressives ou en performances corporelles : le corps comme « outil » d’art et la femme comme muse.

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Exposition du 1er Février au 21 Avril 2013.

Musée d’Art Moderne, 11 avenue du Président Wilson, 75116 Paris

01 53 67 40 00

Tarif : 3€
Nocturne le jeudi jusqu’à 22h

www.mam.paris.fr

 

Anne-Charlotte Monneret.

 

  • Chagall, itinéraire d’un rêveur

 

La beauté de l’exposition Chagall, entre guerre et paix, qui est organisée depuis le 21 février 2013 au Musée du Luxembourg, ne tient pas tant, après réflexion, au grand nombre de tableaux qui s’y trouvent exposés, ou encore à leur ordonnancement, mais bien plutôt à la grande qualité des œuvres qu’il nous est permis d’admirer. En effet, son grand mérite réside bien dans le fait qu’elle arrive à nous retracer, à travers certains des tableaux les plus représentatifs de l’esthétique de l’artiste franco-russe, l’itinéraire artistique de ce peintre d’origine juive, né dans la petite ville de Vitebsk et qui se réfugie en France en 1922.

 

Ainsi, on pourra apprécier dans la première salle de l’exposition comment le jeune peintre des années 1910 ne peut s’empêcher de représenter certains évènements quotidiens rythmant alors sa vie de famille, et comment son trait de pinceau passe de lignes droites et abruptes, comme dans Les amoureux en vert, à des courbes rondes et généreuses, comme lorsqu’il représente Moïse recevant les tables de la loi.

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Les amoureux en vert

1917

Huile sur toile

69,7 x 49,5 cm
Musée national d’art moderne – Centre Georges Pompidou, Paris

 

C’est aussi cette évolution assez rapide vers la représentation d’événements ou de personnages religieux qui est très bien mise en valeur ici, puisqu’en effet, on passe de tableaux aux couleurs assez uniformes et sobres, comme dans le très élégant Portrait du rabbin de Vitebsk, à des tableaux aux couleurs beaucoup plus vive et aux références religieuses beaucoup plus frappantes, comme le magnifique tableau qu’il consacre au mythique Roi David.

 

Mais, on le devine à la vue de ses œuvres, si la peinture de Chagall est aussi portée sur l’aspect religieux, c’est sans doute moins du fait de sa ferveur de croyant que de la poésie qu’il y décèle. Toute la beauté de la souffrance qui émane de la passion du Christ ne peut pas être exprimée qu’en un seul tableau, et sa tentative d’en capter toute la terrible poésie nous offre l’un des clous de cette exposition à travers le triptyque : Résistance, Résurrection, Libération.

Le Roi David

Le Roi David
1951
Huile sur toile
1.98 x 1.33 m
Musée national d’Art moderne – Centre Georges Pompidou, Paris

 

C’est ce désir total de capter la poésie de chaque événement marquant qu’il a pu connaître qui le pousse sans doute à représenter le drame de la guerre, en y mêlant des éléments religieux comme dans l’Exode, qui ne font que souligner toute la profondeur de la douleur humaine qui en émane. Pourtant, malgré tous ces carnages, toutes ces destructions, il ne peut s’empêcher, comme dans son tableau Le Champs de Mars, de rêver de douceur et de garder espoir, un espoir qui sans doute, n’est jamais plus vif que dans le dernier tableau de l’exposition, La Danse.

 

Une expo qui vaut donc le coup de patienter un peu dans la file d’attente, afin de rêver nous aussi au Songe d’une nuit d’été.

 

Exposition du 21 Février au 21 Juillet 2013.

Musée du Luxembourg, 19 Rue de Vaugirard, 75006 Paris

01 40 13 62 00

www.museeduluxembourg.fr

 

Rodrigue Diaz-Romero.

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