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Mike Pence, ce gouverneur que vous ne connaissez pas pourrait bien être le prochain président des Etats-Unis

Mike Pence

 Aux Etats-Unis, les élections de mi-mandat sont à peine terminées que les regards se tournent déjà vers la présidentielle 2016. Si, du côté des démocrates, Hillary Clinton est plébiscitée par plus de 75% des démocrates selon un sondage Washington Post- ABC News, le camp républicain se cherche toujours un candidat providentiel.

Mike Pence, gouverneur de l’Indiana, pourrait profiter de cette incertitude pour tirer son épingle de jeu et briguer la succession de Barack Obama. Inconnu en France, ce conservateur orthodoxe a en tout cas un CV plus que suffisant pour obtenir l’investiture du Parti Républicain : élu pendant douze ans à la Chambre des représants, il est “la personnalité qui a le plus de chances d’être le candidat républicain en 2016” aux yeux de l’éditorialiste Matthew Yglesias, chez Vox. Rien que ça.

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Un ancien Congressman apprécié du parti

Aucune des figures du GOP n’est en effet parvenue à s’imposer jusqu’à présent, à l’image de Jeb Bush, le frère de l’ancien président George W.Bush, du libertarien Rand Paul ou de l’ancien co-listier de Mitt Romney en 2012 Paul Ryan. “La seule certitude aujourd’hui est qu’il n’y a aucun favori parmi les Républicains. (…) Et ce champ de bataille très ouvert ne peut qu’encourager des candidats comme Mike Pence à entrer dans la course”  analyse ainsi Jennifer Rubin, journaliste au Washington Post.

Déjà en 2011, un comité s’était constitué pour appuyer une candidature Pence en vue des présidentielles 2012, et l’influent rassemblement conservateur du Values Voter Summit l’avait placé en tête d’un vote fictif, largement devant Mitt Romney.

Et en vue des primaires, être apprécié du parti comme l’est Pence est un atout indispensable. “L’important contrôle exercé par les acteurs du parti compte beaucoup plus que les discours passionnés ou la campagne physique lors des caucus : en réalité, à moins d’avoir une campagne très serrée comme en 2008 entre Obama et Clinton, c’est le parti qui décide” rappelle Matthew Yglesias.

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Un conservateur orthodoxe à même de faire la synthèse 

Et si Mike Pence a profité de ses douze années passées à Washigton pour soigner son image de “congressman” de poids, son principal avantage est sans doute d’avoir justement quitté un Congrès rendu très impopulaire par son inefficacité législative criante. Seuls 9% des Américains en ont une bonne opinion, d’après un sondage Gallup de novembre 2013. Celui qui a préféré devenir gouverneur de l’Indiana “n’est plus à Washington maintenant, et ça s’avère être un avantageexplique ainsi Gary Bauer, ancien candidat à la primaire républicaine en 2000, battu par George W.Bush.

Le poste de gouverneur de l’Indiana a non seulement permis à Mike Pence de prendre ses distances avec Washington et de renforcer sa crédibilité mais il lui a surtout offert l’occasion de surfer sur ses réalisations dans l’Indiana. Depuis qu’il a pris les rennes de l’Etat en 2013, le taux de chômage a chuté de 7.9 à 5.7% et le taux de croissance de 2,1% en 2013 est nettement plus élevé que celui des voisins de l’Indiana comme l’Illinois qui stagnait à 0,9%.

L’autre atout de Mike Pence, c’est son positionnement politique consensuel au sein d’un GOP profondément divisé entre son aile pro-establishement, business et la base plus radicalisée des  évangéliques ou du Tea Party. Conservateur orthodoxe farouchement opposé au mariage gay, lui-même un temps proche du Tea Party, Pence bénéficie d’une image pragmatique qui n’effraye pourtant pas l’aile plus modérée des républicains que peuvent incarner l’ancien gouverneur de la Floride Jeb Bush ou le gouverneur du New Jersey Chris Christie.

Pour Christophe Cloutier, chercheur à l’Observatoire sur les États-Unis de l’Université du Québec à Montréal (UQAM), “ Pence constitue une sorte d’hybride entre pragmatique et orthodoxe. S’il parvenait à rallier ces deux camps, il est clair qu’il pourrait enregistrer une bonne performance lors des primaires et peut-être même remporter l’investiture.

 

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Son meilleur atout, c’est de ne pas avoir le choix

Mike Pence commence d’ailleurs déjà à se positionner. En avril, il s’est rendu à Berlin en présidentiable assumé en prononçant un discours focalisé sur la politique étrangère de Barack Obama, lui reprochant l’échec de sa politique trop conciliante avec la Russie.

Et si le gouverneur n’a officiellement pas fait acte de candidature, tout laisse à penser qu’il sera de la partie. Pour John Krull, éditorialiste à Nuvo, un hebdomadaire d’Indiannapolis, capitale de l’Indiana, Mike Pence n’a en fait pas bien le choix. “Si jamais Pence refuse de se présenter en 2016 et de rester en Indiana, il aura du mal à conserver son poste de gouverneur. Il a gagné de justesse en 2013 et son adversaire démocrate a fait une remontée express en fin de campagne. Si l’élection avait eu lieu deux semaines après, Pence aurait très certainement perduassure John Krull.

Par ailleurs, pour Christophe Cloutier, sa candidature devra toutefois surmonter trois grands défis”, le premier étant celui de la notoriété puisque “malgré sa feuille de route impressionnante,  son nom demeure peu connu en dehors de l’Indiana”. Il devra aussi “se distinguer du gouverneur du Wisconsin Scott Walker, si celui-ci se présente également. Leurs profils sont semblables : tous deux sont des gouverneurs républicains dans des États-pivots du nord et tous deux sont des conservateurs pouvant rallier l’establishment et les pragmatiques.”.

Le parti républicain pourrait de plus être tenté de se tourner vers un autre profil que celui de Mike Pence: “face à la diversification croissante de l’électorat, le GOP pourrait chercher à présenter un candidat qui n’est pas un vieil homme blanc afin de rallier les jeunes, les femmes et les minorités culturelles qui appuient massivement le Parti démocrate”.

 

Il reste encore un an et demi avant le lancement des primaires dans l’Iowa, comme pour chaque élection, début janvier 2016 et Mike Pence reste pour le moment très avare en déclarations. Sa seule réaction à l’emballement médiatique autour de sa potentielle entrée en lice a simplement consisté à affirmer que “pour un gars d’une petite ville du sud de l’Indiana et qui a grandi dans un champ de maïs comme moi, c’est une chose très honorante d’être cité pour prendre la plus haute charge de l’Etat”. Pas vraiment le type de discours tenu par un homme qui ne veut pas se lancer dans la course : retenez bien le nom de ce cultivateur de maïs pour les mois à venir.

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