Vie du campus

Martin de Nauricissier : « J’accuse, tout simplement » [Poisson d’avril]

Capturer_CLRA.JPGRencontre avec un étudiant de première année, au parcours atypique et engagé.

LaPeniche.net : Bonjour Martin. Tu souhaites nous parler de tes projets concernant l’Afrique mais avant cela, peux-tu te présenter ?

Martin : Bien sûr. Je suis entré à Sciences Po directement après le Bac. Au premier semestre je suis resté discret, je n’ai pas eu d’engagements associatifs. Ce n’est que petit à petit que j’ai commencé à m’intéresser à des enjeux politiques et à me tourner vers l’engagement. Je le précise : je ne suis pas encarté politiquement. Mon propos n’est donc pas commandé par tel ou tel parti !

LaPeniche.net : L’Afrique, le terme est un peu flou. En quoi consistes ton engagement envers ce continent ?

Martin : Je ne connaissais pas l’Afrique, autant vous le dire. C’est loin, après tout ! Au cours du mois de janvier, j’ai vu un documentaire à la télé et pour tout vous avouer, j’ai été assez secoué. Là-bas, des gens meurent de faim, l’accès au soin est difficile. J’ai par exemple vu une toute petite fille très maigre. La révolte a grandi en moi et il en est ressorti un cri, celui d’un constat terrifiant. J’accuse, tout simplement. J’accuse l’indifférence d’être criminelle. J’accuse le silence d’être complice. J’accuse tous les yeux fermés !

LaPeniche.net : Ce constat d’autres peuvent le faire mais toi, pour échapper à l’apathie, qu’as-tu fait ?

Martin : Pendant les dernières vacances, au lieu d’aller au ski avec l’AS, comme je l’avais envisagé, ou au lieu de me détendre loin de Paris comme chaque année, j’ai décidé de partir en Afrique. Bien sûr, j’aurai pu m’engager dans des associations qui défendent ce continent mais j’ai estimé que ce n’était pas assez. Ce n’était pas à la hauteur du choc que j’ai reçu. J’ai alors demandé à mon père de m’offrir un séjour de trois semaines dans plusieurs pays. Ce fut un marathon ! J’ai à peu près fait toutes les capitales des pays d’Afrique de l’Ouest. J’ai manqué la semaine de rentrée, bien sûr. Cela m’a piégé pour le choix des exposés (rires). Mais je le savais avant de partir : l’humanité est plus importante qu’un exposé !

LaPeniche.net : Même si tu n’as rien eu à payer, il y a des difficultés techniques à un tel séjour, les liaisons entre les villes, l’hébergement…

Martin : Ce ne fut pas difficile. Mon père, ancien diplomate travaillant désormais dans les affaires, m’a permis de rester dans ces capitales chez des amis. Bien entendu, je n’hésitais pas à marcher dans la rue tout seul, sans mon escorte. Il faut du courage pour trouver la vérité ! J’ai donc pu concilier un cadre privilégié avec des interlocuteurs informés et attentifs et une enquête de terrain. J’ai accumulé photos, témoignages et notes diverses. Mon premier projet est d’ailleurs bientôt prêt. Un ami tenant une gallérie finalise une exposition d’une quarantaine de mes clichés, grand tirage en noir et blanc, qui aura lieu dans le 4ème arrondissement. Je ferai un event Facebook pour prévenir les étudiants de Sciences Po. Je m’arrangerai pour que la file d’attente dehors ne soit pas trop longue et ce sera un temps fort du mois de mai.

LaPeniche.net : Et tes autres projets ensuite, quels sont-ils ? Tu n’en resteras pas là sans doute ?

Martin : Au-delà de l’envie de devenir une conscience de notre temps, qui nous anime tous, je pense partir en Afrique pour ma troisième année à l’étranger. J’espère aider les africains à grandir et à voir plus loin. Mon choix n’est pas encore certain. J’hésite encore avec Columbia ou Harvard car après tout, c’est mieux que l’Afrique sur un CV ! Si je pars en Afrique, à mon retour, j’écrirai un livre pour dénoncer l’indénonçable. Peut-être un film si j’en ai le temps ; un ou deux producteurs seraient déjà intéressés. Misère du monde, tremble, voici celui qui n’aura de cesse de te dénoncer !

LaPeniche.net : Souhaites-tu ajouter quelque chose ?

Martin : Et pourquoi pas ? Je déborde de projets ! Je vais organiser début juin une grande conférence à Sciences Po où j’inviterai quelques uns des interlocuteurs rencontrés lors de mon voyage pour débattre ; ils interviendront sur cette thèse qui est la leur, mais aussi la mienne, à savoir que l’aide pour les pays en développement est une illusion. Nous éviterons les sujets qui fâchent, comme la démocratie – et puis de toute façon, ce n’est pas notre priorité.

LaPeniche.net : Merci Martin !

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