Vie du campus

Les Sciences Po, écofatigués avant même d’avoir agi ?

Sans_titre2.pngLe relais de Lighting a Billion Lives en France, projet collectif tenu par une poignée d’étudiants motivés, tente de lever des fonds et de sensibiliser les étudiants à la dette carbone.

Pendant son année d’échange à Delhi, Lucas a travaillé au sein de The Energy and Resources Institute (TERI). A son retour, il crée un relais en France pour l’association. Le TERI, peu enclin à laisser son image « utilisée » par des « antennes » à l’étranger, a peu de visibilité en dehors de l’Inde. Les fonds relèvent essentiellement du mécénat individuel et d’entreprise.

Le projet de cette association est d’équiper les villages indiens en lampes à énergie solaire via un réseau de distributeurs locaux. Un milliard d’Indiens éclairés à l’aide de lampes chargées en énergie solaire, c’est plus un objectif « de communication » qu’un chiffre réel, d’autant plus que le projet est en train de s’étendre en Birmanie et en Afrique.

Le relais en France table pour cette année sur un village entier, soit environ 1.500€ à récolter. Les collectivités locales devaient être sollicitées en premier lieu, mais leurs budget ne semble pas, surtout en ce moment, se prêter au financement de ce genre d’actions, entre mécénat et développement durable. Un acteur du cinéma en Ile de France, dont le budget de compensation carbone a déjà été voté sans être encore utilisé, devrait pourtant soutenir le projet. Les entreprises sont donc désormais une cible privilégiée pour LaBL et EDF est un candidat potentiel. Les membres du projet l’ont constaté, le volet social ou, selon le terme consacré et moins connoté « sociétal », semble intéresser davantage que l’aspect « développement environnemental » les entreprises sollicitées – même si d’aucuns défendront la corrélation entre les deux.

Ce qui semble être le véritable objet du projet, qui ne peut se permettre des objectifs de levée de fonds mirobolants en ces temps de crise, c’est de sensibiliser les étudiants. Il ne s’agit pas seulement de leur faire comprendre les enjeux de la dette carbone – « polluer c’est très mal, l’avion ça génère plein de carbone, vous devriez aller à NYC à la rame ». Non, le vrai défi c’est de leur faire sortir leur chéquier.

Sans_titre1.pngC’est là que ça se complique. D’abord parce que nous sommes largement habitués à ces associations/projets collectifs/cours/conférences pleins de bonne volonté mais surtout pleins de grandes idées. On lit les tracts, on opine du bonnet avec ferveur et on jette le jette – oui, mais dans la bonne poubelle, la verte avec un dessin de papier dessus. Pourquoi aurait-on besoin de donner de sa personne – comprendre, de son argent – pour le développement durable ? Ce n’est pas nécessaire pour se donner bonne conscience. On a tous un bon ami qui est impliqué d’une manière où d’une autre dans cette lutte, et de temps en temps on l’écoute avec une attention toute concernée. C’est bien suffisant pour la plupart d’entre nous.

La culpabilisation ne fonctionne donc pas si bien que cela. Calculer notre dette carbone liée à un Paris-Boston, à 20€ la tonne, c’est bien, mais la compensation consisterait à donner cet argent à l’association, qui s’en sert pour son projet. 300€ ont été récoltés de cette manière à Sciences Po directement auprès des étudiants, et si une partie des promesses de dons se concrétisent LaBL peut espérer atteindre 500€, soit un tiers de l’objectif de départ du projet. « Ce ne serait déjà pas mal ! »

Cependant la sensibilisation est difficile. La plupart de ceux qui donnent sont des personnes déjà informés et, bien souvent, sont déjà partis à l’étranger en échange. Cela explique peut-être l’échec du message récemment transmis par la DAIE à propos de l’association à l’ensemble des actuels étudiants de deuxième année. Bien évidemment, ils sont concernés en premier lieu en raison de la dette importante constituée par les voyages en avion. Le message a pourtant été mal accueilli : « culpabilisateur », « désagréable », les réactions ont fusé. Même s’il y a des exceptions et si sur le fond nombre d’entre eux sont d’accord avec le principe, les étudiants ne semblent « pas encore prêts » à agir.

Le plus évident pour la fin : même si en comparaison à un billet d’avion la compensation n’est pas si chère payée, demander à des étudiants qui n’ont pas nécessairement les moyens de faire un chèque a posteriori est quelque peu difficile à justifier – même si cela permet de payer des lampes à énergie solaire. La population étudiante n’est pas la cible idéale de cette récolte de fonds.

Le projet, qui se termine en mai/juin, devra donc se contenter d’informer et de sensibiliser progressivement les étudiants. Il faut ajouter à cela un contexte où même les entreprises sont peu incitées à s’engager, le marché des droits à polluer ayant actuellement de nombreuses limites. Le durée limitée du projet – une année académique – n’a d’ailleurs pas permis d’engager les procédures longues et techniques nécessaires à la certification permettant aux entreprises de déduire leur engagement dans l’association de leur propre dette sur le marché.

On ne sait pas encore si le projet sera repris l’année prochaine, ce qui semblerait souhaitable pour lui assurer un minimum de continuité. Car si le contexte ne permet qu’une action limitée, le projet est intéressant et ne peut que contribuer à établir les questions de développement durable au cœur même de la vie quotidienne des étudiants et non à l’occasion des nombreuses conférences organisées à Sciences Po. Que les étudiants aient payé ou non, du moins ils acquièrent une conscience un peu plus claire de leur impact personnel et quotidien sur l’environnement.

Propos recueillis auprès d’Alice Pastor, membre du projet collectif Lighting a Billion Lives, Relais en France.

Pour contacter le projet collectif : relaislablfrance@gmail.com

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