Vie du campus

Les Forums Télérama du Jeudi 27 mars : Télé, le big bang (2/2)

Retour sur le troisième forum de la journée des Forums Télérama, qui avait lieu à 15h dans l’amphithéâtre Jacques Chapsal.
Thème de la conférence : « Radio : public, privé, écoutez leurs différences ».

Pour cette troisième étape des « Grands forums Télérama », un plateau de premier choix était réuni sur la tribune de l’amphi Chapsal, pour discuter des différences entre radio publique et radio privée, question d’autant plus importante qu’elle n’est que rarement abordée malgré les 43 millions de Français qui, selon MédiaMétrie, écoutent la radio au moins une fois par semaine du lundi au vendredi. Des représentants de la radio publique, d’abord, avec Patrick Roger, directeur de France Info, et Jean-Paul Cluzel, président de Radio France. A droite de la tribune, Alain Weill, président du groupe NextRadioTV, qui dirige notamment RMC et BFM, et enfin, Axel Duroux, président de Radio France.

D’emblée, les deux grands axes du débat sont posés par la modératrice, rédactrice en chef adjointe de Télérama : les effets de la suppression de la publicité sur les radios publiques, et en particulier sur le contenu des programmes. Quand on aborde le premier point, J.-P. Cluzet se dit « serein » : si la pub constitue tout de même 8% des recettes de Radio France, soit 45 millions d’euros, il ne doute pas que l’Etat saura compenser cette perte issue de la décision de la commission Copé, décision qu’il approuve puisque l’absence de pub lui semble gage d’indépendance dans la programmation.

A. Duroux, lui, loue cette mesure susceptible de rééquilibrer la concurrence biaisée -même s’il prend garde à ne pas employer le terme- du secteur, d’autant plus que le gouvernement avait dans un temps pas si lointain envisagé d’étendre la pub dans l’audiovisuel public, ou plus précisément, comme le mentionne J.-P. Cluzel, d’élargir le nombre d’annonceurs. Mais aujourd’hui, difficile de prévoir l’effet sur les radios privées : peut-on envisager un report de la pub ? Si oui, vers le secteur privé, ou vers de nouveaux médias comme Internet ?

Quoiqu’il en soit, le système du parrainage –qui permet aux annonceurs de parrainer des programmes et ainsi de bénéficier d’un spot publicitaire avant leur diffusion à l’antenne- est conservé. P. Roger s’en félicite, lui qui est à la tête de France-Info où cette pratique est particulièrement usitée : il s’agit non seulement d’une « manne » financière, mais aussi d’un moyen de créer une « rythmique d’antenne ».

Puis vient la question de la dure concurrence entre les radios. A. Duroux, d’ailleurs, s’il rappelle qu’il y a aujourd’hui 54 radios à Paris et une vingtaine d’autres dans chaque région, souhaiterait certainement nuancer ce constat : pour lui tous ces messieurs sont « amis » et « s’entendent bien », du fait de leur désir commun de faire entendre la voix d’un média trop souvent oublié entre la presse écrite et la télévision. Pourtant, la modératrice fait valoir que la compétition est certes moins rude qu’à la télévision mais qu’elle reste très « sévère » et se joue essentiellement sur les contenus, qui doivent être aptes à identifier la station et à intéresser les auditeurs. Tous les intervenants l’approuvent. C’est en jouant sur ce créneau que RFM et RTL ont réussi à faire remonter considérablement leurs scores d’audience respectifs, et la radio publique n’est pas en reste : ainsi nous explique le président de Radio France que l’ « on peut faire de la qualité avec de bons résultats ». A titre d’exemple, l’audience de France Culture a presque doublé en six ans, et France Musique pourrait prendre le même chemin.

Puis vient le tour d’A. Duroux d’expliquer que le grand avantage de la radio par rapport aux autres médias, c’est la possibilité d’être totalement « propriétaires » des contenus, qui sont crées et non achetés là où les chaînes de télévision ne « possèdent » en moyenne que 30% de leurs programmes. La production en temps réel avec des équipes propres à la station est un gage de qualité, ajoute le président de Radio France. Alain Weill pointe alors du doigt la différence fondamentale qui oppose les secteurs public et privé : pour ce dernier, intégralement financé par la publicité, la contrainte financière est omniprésente, ce qui n’empêche par la radio privée de proposer des programmes de qualité grâce à de nombreux « talents » qui font d’ailleurs souvent la navette entre public et privé. Mais le secteur public bénéficie de sérieux avantages : un financement conséquent, un réseau d’émetteurs complet, une faiblesse et bientôt une absence de publicité qui contribue à fidéliser de nombreux auditeurs.

Comment, enfin, parler de l’avenir de la radio sans évoquer les transformations liées aux nouvelles technologies, aux premiers rangs desquelles l’écoute en différé sur Internet et la radio numérique ? Sur ce point, les deux représentants du service public sont d’accord : l’écoute de leurs stations en différé est en plein expansion et « fait partie de la modernité », néanmoins l’écoute directe a encore de beaux jours devant elle. Quant à la radio numérique, qui devrait être mise en place d’ici peu en France, elle permettra avant tout d’améliorer la qualité de l’audition et d’offrir aux auditeurs des « données associées » -par exemple, fiche biographique d’un auteur- mieux fournies et actualisées.

Le sujet est vaste mais l’on peut regretter, comme le fait une journaliste dans le public, que n’ait pas été abordée la question de la création, de l’originalité des programmes qui font aussi la qualité de la radio, conjointement à l’information sur laquelle on a tendance à se focaliser. Question que rendent tout à fait nécessaire les considérables scores d’audience réalisés par le secteur privé comme par le service public.

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