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Leçon inaugurale d’Olivier Duhamel : « Être dans le monde, être à Sciences Po. »

Le 9 septembre dernier, Olivier Duhamel a prononcé la traditionnelle leçon inaugurale du Collège universitaire de Sciences Po, diffusée en direct sur Zoom et sur YouTube. Docteur en droit, diplômé de Sciences Po puis professeur de cette même institution, aujourd’hui président de la Fondation nationale des sciences politiques, il a partagé avec les élèves de l’IEP ses conseils pour l’année à venir.

Sous le soleil parisien, profitant de leurs derniers jours de vacances, les élèves ont tout d’abord écouté Monsieur Duhamel dresser un tableau relativement noir du contexte international de la rentrée 2020. Nouvelle décennie, pleine de promesses au 1er janvier, l’année 2020 s’est avérée être une année d’intenses bouleversements. Face à ceux qui manquent de chance, au Liban, en Biélorussie, en Russie, en Côte-d’Ivoire, nous sommes « chanceux.ses » d’habiter l’Union européenne, d’avoir été accepté.es à Sciences Po, et devons en avoir conscience. Mais la malchance nous rattrape aussi. Un monde violent, injuste, menacé, marqué par le racisme, l’individualisme et la défiance résume à peu près ce à quoi les étudiant.es de Sciences Po vont devoir faire face selon Olivier Duhamel.

Un tableau donc sinistre, triste et effrayant. Comment faire face à ce monde ? Comment entrer dans une vie d’adulte dont le contexte se définit par des mots aussi peu accueillants ? C’est alors que la chance d’intégrer Sciences Po entre en jeu. « Voir loin et large », élargir le champ des possibles, profiter de la pluridisciplinarité qui nous est proposée ; Monsieur Duhamel nous invite à nous inspirer de l’esprit de liberté (d’opinion, de pensée, d’expression, de débat) inculqué à Sciences Po.

Élèves de première, de deuxième ou de troisième année, cinq conseils vous sont donnés par Olivier Duhamel. Le premier concerne l’argumentation, il s’agit de « penser contre » : « si j’affirme, j’interroge encore ». Incertitude permanente ? Absence d’avis ? Plutôt une manière de laisser place à l’écoute dans l’affirmation, de laisser place au doute dans la conviction, ce qui nous mène au deuxième conseil : rester humble, modeste, accorder une place au doute lorsque l’on défend une idée. Le troisième conseil nous rappelle l’importance d’apprendre à écrire : prendre ses notes à la main. Si, peut-être effrayé.es par la vitesse des professeurs durant les cours magistraux, vous vous êtes résigné.es à prendre vos notes à l’ordinateur, il vous reste à honorer la deuxième recommandation de Monsieur Duhamel : conserver un vrai dictionnaire à portée de main, et le consulter. Son quatrième conseil reprend la citation de Nietzsche, « Devenez ce que vous êtes » : plus facile à dire qu’à faire, mais les professeurs sont là pour nous aider à devenir les personnes que nous sommes.

Enfin, last but not least, le cinquième conseil est de « faire l’amitié », expression classique et récurrente chez Monsieur Duhamel, ce qui ne la rend cependant pas moins importante. Créer des liens, que nous garderons pour certains toute notre vie, est une dimension importante de la vie des sciencespistes, via les associations notamment. L’injonction « faites l’amitié » nous incite aussi et surtout à parler avec les autres. Au-delà de la barrière des masques et de la distance sociale, il est nécessaire de continuer à discuter et à débattre. Et Olivier Duhamel de citer Hannah Arendt : « c’est seulement parce que je peux parler avec les autres que je peux également parler avec moi-même, c’est-à-dire penser ». Or « apprendre à penser par [n]ous-mêmes » est justement l’un des objectifs de l’enseignement que nous allons recevoir à Sciences Po.

L’apprentissage reçu par les élèves, au fur et à mesure des trois années qu’ils et elles passent au Collège universitaire, doit leur permettre d’acquérir les outils nécessaires pour faire face et se confronter au monde qui les entoure. Un apprentissage de la liberté, de la pensée, de l’esprit critique, « sèves sans lesquelles l’arbre de la démocratie dépérit, [qui] sont à Sciences Po des valeurs cardinales ». Le Collège universitaire se veut ainsi le lieu qui va aider les élèves à grandir pour être prêt.es, malgré les difficultés, à être les acteurs et actrices du monde dans lequel ils et elles se préparent à entrer.

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