Vie du campus

Le lendemain

20081004-_MG_6974.jpgIl y a l’évènement et le lendemain de l’évènement. Rue Saint-Guillaume, la seule trace visible de la brève occupation d’hier soir est un A, symbole anarchiste, isolé sur la façade de Sciences Po. Les cartes d’étudiants, elles, sont toujours contrôlées et il n’y a sans doute plus aucun étudiant pour penser que cette mesure est destinée à limiter la recrudescence des vols.

« Tu y étais ? Tu y étais ? ». La question court sur toutes les lèvres. Entre les rumeurs déjà desséchées et les derniers informés, apprenant dans la journée, curieux ou sceptiques, les événements de la veille, les échanges sont nombreux. Micro-évènement dans un microcosme ou signal d’un durcissement de la mobilisation ? Point de rupture ou simple étape ? Chacun garde son hypothèse, sa version d’un événement qui s’enrichit d’anecdotes en dialogues et qui en acquiert presque une vie autonome. Le récit de l’évènement survit à ce qui l’a fait naître. Toutefois, dans une période où des troupes armées ont investi le palais présidentiel à Madagascar, la modestie de ce qui s’est passé hier appelle à ne pas trop en faire, et en tout cas, à ne pas donner à cet évènement une portée qu’il n’a pas. « Tu y étais ? ». La question traduirait alors la soif de sensationnel, l’envie du témoignage à tout prix, voire un plaisir certain pour tout ce qui change et amène une rupture dans le rythme du quotidien : Qui a vu la poubelle lancée par la fenêtre ? Les panneaux brandis ? Qui était là lors de l’instant, plus pathétique, des slogans contre d’autres, des cris de « salauds de bourgeois » contre « Cac 40« , de la réponse stupide contre la provocation gratuite ?

Au fil d’un doux après-midi, les places au soleil se raréfient dans le jardin. Sciences Po est calme. Au fond du jardin, vers 16 heures, un appariteur tente d’effacer un tag, « Rêve de solidarité » isolé sur le mur. Il frotte puis abandonne assez vite. Les étudiants internationaux sont surtout étonnés par cette occupation imprévue. A la veille d’une journée de mobilisation sociale, ils trouvent le climat en France assez dur, presque imprévisible. La présence policière aux environs de Sciences Po les a surpris. Un étudiant égyptien soulignait que même dans un Etat policier comme l’Egypte les universités demeurent un sanctuaire d’où la présence policière est bannie. D’autres s’interrogent sur ce patriotisme épidermique, qui consiste selon eux à utiliser La Marseillaise dans des circonstances improbables.

L’entrée de Sciences Po est alors toujours surveillée. L’occupation d’hier a été pensée comme celle d’un lieu symbolique et c’est ainsi qu’elle prend une dimension particulière pour les étudiants de Sciences Po. La violence des propos utilisés par les manifestants, l’agressivité des méthodes, les raccourcis des formules, les caricatures grossières n’ont certainement pas servi à lancer un quelconque débat. Reste que les contrôles à l’entrée ne surprennent plus. En fin d’après-midi, deux étudiants voulaient sortir de Sciences Po et, toujours à l’intérieur du bâtiment, présentèrent leur carte d’étudiant, par réflexe. Rires parmi des appariteurs, toujours énervés après les évènements de la veille. « Certains demandent pourquoi le contrôle des cartes a toujours lieu, ils font semblant de ne pas comprendre, et nous font perdre du temps« , s’étonne l’un d’entre eux. Et son collègue d’ajouter : « Ils ont le droit de ne pas être d’accord mais c’est une institution privée ici, qui a le droit de contrôler les entrées« . Le boulevard Saint-Germain a beau ne pas être coutumier des soubresauts, il semble avoir la digestion facile et paisible.

Photo : Antoine Genel

11 Comments

  • Consterné

    Je suis désolé, mais des étudiants (extérieurs il faut le rappeler, que font-ils la?) arrivant en amphi en appelant à la dissolution des IEP, en insultant les élèves, plusieurs totalement bourrés à deux doigts de frapper le premier « bourgeois » lui passant sous la main, des insultes et des pressions dès qu’une personne opposée au mouvement d’extrême gauche (car il faut appeler les choses telles qu’elles sont) ose parler, je n’appelle pas ça un mouvement pacifique et ordonné.

    La prise d’otage est peut être exagérée, mais pour avoir tout suivi du début à la fin, rien n’a jamais montré une quelconque volonté d’instaurer un dialogue de la part des occupants. Et les tags en Boutmy, dans les escaliers, dans le jardins et sur la façade, était-ce bien nécessaire?

    Et puis avancer comme argument « on veut pas d’élites car on veut pas d’Etat » (propos recueillis dans la bouche de plusieurs occupants), excuse moi mais plus bête tu meurs.

  • Lucas

    46,94% des français ont été pris en otage par 53,06% de leurs compatriotes…nous sommes tous des otages et la vie est dure.

    La seule solution est de vivre retiré dans une grotte en Mongolie…

  • fétiche

    Parce qu’on a là d’une part le déploiement d’une rhétorique d’exagération masturbatoire et autovictimisante, sur la métaphore de la prise d’otage, et d’autre part parce que Nicolas Sarkozy est spécialiste de la libération d’otages. Tout se tient.

  • Consterné

    Pourquoi associer immédiatement la volonté d’étudier sans être bloqué au fait que l’on soutienne N.Sarkozy?
    Je ne suis absolument pas un supporter de Sarkozy, et je trouve tout à fait normal de pouvoir étudier si on le désire. Ceux qui veulent manifester, pas de soucis, je respecte ce qu’ils font, mais qu’ils ne bloquent pas les autres.
    Je ne parle pas seulement de SciencesPo mais de toutes les universités, écoles, lycées … (je préfère le dire, car je vois venir gros comme une maison le coup de « tu veux être bien tranquille à ScPo mais les universités ça ne te fait rien)

  • Maxence

    @Fétiche : tu le sais très bien, ils sont nombreux les « pauvres choux » à préférer d’abord les études. Faut arrêter maintenant. Le débat, c’est bien. Mais partout, Sciences Po ou fac, il faut d’abord privilégier ses études, il faut d’abord privilégier son avenir. Le débat, oui, à côté des cours ! Après Duhamel !

  • Vincent B.

    Entièrement d’accord avec l’idée de l’article: beaucoup de bruits pour rien, si ce n’est peut-être rappeller aux étudiants romantico-révolutionnaires de Sciences Po q’un blocage n’est pas si « normal » ou « légitime ».

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