Vie du campus

L’association Coexister, pour un débat décomplexé entre les religions (2)

Pour célébrer la semaine des Associations, LaPéniche vous présente ses différents coups de cœur de cette année: autant de projets qui méritent d’être connus. Mais n’oubliez pas que votre journal lui-même a besoin d’être réélu, alors gardez bien votre deuxième voix pour nous !

Vous les avez peut-être aperçus à la journée d’intégration organisée par le BDE au début du mois de septembre, devant une nappe recouverte de pâtisseries orientales des plus alléchantes. L’équipe de Coexister Sciences Po n’avait pas lésiné sur les moyens pour attirer la gente sciencepiste affamée et en profiter pour leur parler d’une des nouvelles associations de cette rentrée. Alors Coexister qu’est-ce que c’est ? LaPéniche a voulu en savoir en peu plus et vous présente aujourd’hui ce nouveau-né du paysage associatif de Sciences Po : Clarisse Ouakrat, présidente, et Rafaella Scheer, du pôle sensibilisation expliquent leur ambitieux projet.

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Première particularité, l’association est affiliée à une structure nationale. Coexister est une association loi 1901 depuis septembre 2009 qui se définit comme « le mouvement interreligieux des jeunes ». Ils agissent dans cinq domaines : le dialogue, la solidarité, la sensibilisation, la formation et les voyages. A l’instar de la Sorbonne et de Centrale, s’ouvre cette année à SciencesPo un « campus » composé pour l’instant d’élèves de deuxième année. Comme nous l’explique Rafaella, « nous sommes affiliés à la structure nationale mais celle-ci est au service des différents campus et les responsables des pôles sont là pour nous aider. Nous devons les tenir au courant de nos projets auxquels ils peuvent parfois allouer des moyens financiers ». Affiliation et aide donc, mais la section de Sciences Po conserve son autonomie et une grande liberté dans les initiatives et la mise en oeuvre de ses projets.

A Sciences Po, selon les mots de la présidente, « l’association a pour but de faire vivre et promouvoir le dialogue interreligieux et interculturel chez les jeunes de l’école ». Sur le modèle de leur grande soeur, l’association intègre trois pôles : dialogue, solidarité et sensibilisation. L’équipe est aujourd’hui composée de chrétiens, de musulmans, de juifs mais aussi d’athées : en effet, le dialogue ne se veut pas exclusivement religieux mais plus large encore en incluant de nombreux domaines et thématiques. Ils veulent faire venir à Sciences Po quelque chose qui n’existe pas encore, un dialogue et « des débats sans tabous, sans langue de bois », en bref, pouvoir parler religion sans avoir à prendre systématiquement des pincettes. Et dans un contexte où parler de religion est parfois mal vu, et bien souvent délicat, c’est un projet audacieux.

Capture_d_ecran_2012-10-08_a_20.52.45.pngAlors bien sûr, l’initiative peut sembler très idéaliste, au risque de tomber dans un vaste étalage de poncifs et de mièvreries. Mais pour Rafaella, « toute part d’idéalisme n’est pas forcément naïveté ». Ce n’est pas parce que leur but est de faire de l’interreligieux que les origines culturelles sont niées : « nous n’avons pas l’intention de faire du prosélytisme, ni de la dissolution d’identité ». Le but n’est pas non plus d’exporter tel ou tel conflit : « nous savons bien que ce n’est pas à Paris ou à Sciences Po qu’on va instaurer la paix dans le monde, gommer les différences ou résoudre le conflit israélo-palestinien ». L’association ne prend d’ailleurs aucun positionnement commun dans ce genre de situations, et les membres sont tous dans une optique totalement laïque. Attachés à la liberté de religion, ils le sont aussi en ce qui concerne la neutralité de l’Etat. L’important pour eux, c’est de pouvoir s’exprimer et débattre, malgré leurs opinions très différentes.

Et quid du positionnement par rapport aux associations religieuses à SciencesPo ? Pour Clarisse, il est important de dire qu’ils ne remettent absolument pas en cause la légitimité de celles-ci, et que leur position n’est pas du tout en contradiction avec leur existence. Les trois principales, le Centre Saint-Guillaume, Salaam et l’UEJF (Union des Etudiants Juifs de France) ont déjà été ou seront d’ailleurs contactées pour une collaboration future.

Concrètement, si l’association est reconnue à SciencesPo, l’équipe souhaite organiser des conférences par pôle : certaines sur l’actualité, d’autres à thème plus politique, une conférence sur la religion et l’humour et peut-être une plus philosophique vers la fin de l’année. Mais rassurez-vous, l’action de l’association ne se résumera pas à quelques conférences en Leroy-Beaulieu aux heures tardives des longues soirées d’hiver. Coexister veut aussi organiser des buffets-débats (dont on sait bien que certains retiendront avant tout l’aspect buffet) à savoir des espaces de dialogue avec peut-être quelques intervenants mais dans un cadre informel pour donner l’occasion de se rencontrer sur un terrain neutre. L’association a également comme projet une étroite collaboration avec Cultur’aide, association qui a pour but « de contribuer au développement socio-culturel du Burkina Faso » et dont la présidente est au pôle Solidarité de Coexister SciencesPo. Les deux associations envisagent l’organisation de soirées pour collecter des fonds.

Un joli projet donc, même si l’on peut être sceptique quant à la possibilité d’un dialogue interreligieux sain et constructif dans le contexte actuel. Nous attendons donc de voir, mais l’association possède des bases solides, un projet louable, une équipe très motivée et mérite vraiment qu’on lui laisse sa chance. Pour définitivement vous convaincre, les membres de l’association se relaient au 13 rue de l’université les bras chargés d’arguments et ont diffusé récemment une vidéo de présentation. Reste plus qu’à savoir si les étudiants seront réceptifs à cette initiative.

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